MUSCLES CLAVICULAIF.ES SURNUMÉRAIRES
sterno-claviculaires, un véritable muscle digastrique, dont le tendon moyen correspond à la ligne médiane et dont les deux extrémités charnues s'attachent au bord antérieur de la clavicule. De là la dénominalion un peu longue, sous laquelle l'a désigné Gruber, de musculus interclavicularis anticus digastricus. Voyez pour cela la gravure insérée à la suite du mémoire de Gruber dans les Archives de Reichert et Du Bois-Reymond, 1865, p. 703, pl. XVIII, fig. ni. Gruber a signalé un nouveau cas de ce muscle en 1877 [Virchows Arch., vol, LXXII).
Le muscle sterno-claviculaire antérieur existerait cinq fois sur cent d'après Wood; Hyrtl l'a observé quatre fois sur quatre-vingt-trois sujets.
Analomie comparée. — Le muscle sterno-claviculaire antérieur se rencontre normalement chez quelques Rongeurs, notamment chez le lapin et le cochon d'Inde. Il prend un développement très considérable, d'après Sabatier, chez les mammifères fouisseurs ou volants, tels que la taupe et la chauve-souris. Dans ces deux dernières espèces, en effet, le muscle sternoclaviculaire prend de larges insertions sur la face antérieure du sternum et se prolonge sur la clavicule, jusqu'aux faisceaux antérieurs du deltoïde.
§ III. — Muscle sterno-claviculaire postérieur [M. retroclavicularis de Macalister). — Je n'en connais que deux faits : le premier, dû à Weber, est relatif à une petite bande musculaire qui s'étendait, en arrière de l'articulation sterno-claviculaire, de la première pièce du sternum à la face postérieure de l'extrémité interne de la clavicule (/ïandô., 1839, Bd I, p. 561). Le deuxième fait est rapporté par Lawson Tait, dans le journal d'anatomie anglais, 1870, t. IV, p. 2137. Le muscle anormal était ici plus long que le précédent; il naissait de la face postérieure du sternum et du bord interne de la première côte par deux tendons distincts; de là il gagnait le bord postérieur de la clavicule, et s'attachait à ce bord, au niveau des faisceaux antérieurs du trapèze.
Si ce dernier muscle avait eu quelques centimètres de plus de
longueur, il aurait pris ses points d'attache sur le bord supérieur du scapulum, et nous lui aurions changé, dans notre travail, sa place et son nom : il eût été un sterno-chondro-scapulaire.
Cette dernière considération renferme en elle-même la signification anatomique de ce muscle surnuméraire; c'est un sternoscapulaire incomplet qui s'est arrêté dans son évolution avant d'atteindre le point scapulaire où il s'attache à l'état normal, chez les mammifères qui le possèdent. (Voyez plus haut § T, M. sterno-chondro-scapulaire.)
§ IV. — Muscle scapulo-claviciilaire proprement dit. —
Décrit par Wood et par Gruber, le muscle scapulo-claviculaire s'étend du bord supérieur de l'omoplate ou du ligament coracoïdien, à la face inférieure ou au bord postérieur de la clavicule, en arrière du sterno-cléido-raastoïdien et en dehors de l'insertion externe du sous-clavier.
L'existence de ce muscle doit être fort rare, puisque Macalister déclare ne l'avoir jamais rencontré. J'ai été assez heureux pour en observer deux cas dans nos salles de dissection ; je les ai fait dessiner d'après nature et les publierai dans l'atlas que je compte ajouter dans ce livre.
Dans le premier cas, le muscle scapulo-claviculaire naissait, par des fibres tendineuses fort courtes, du tiers moyen du bord supérieur de l'omoplate et venait s'insérer à la face inférieure de la clavicule, à l'aide d'un tendon arrondi qui se confondait en partie avec l'extrémité claviculaire du nmscle sous-clavier.
Dans le second cas, le muscle scapulo-claviculaire se détachait de l'angle même de l'omoplate, à côté de l'angulaire, et venait s'insérer sur l'aponévrose d'enveloppe du muscle sousclavier, à trois centimètres en dehors de l'articulation sternoclaviculaire.
Mac Whinnie, Hallet, Luschka ont signalé des muscles analogues.
Anatomie comparée. — Comme le précédent, ce muscle n'est qu'une forme incomplète du sterno-scapulaire. Il suffirait en effet de le prolonger de quelques centimètres en dedans, pour
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transformer son insertion claviculaire en insertion sternale ou costale et aboutir ainsi à une forme complète de ce muscle.
Du reste, nous trouvons celle formation musculaire à l'état de développement imparfait, telle que nous l'avons observé chez l'homme, chez un grand nombre de mammifères claviculés, de telle sorte que les homologies de notre muscle anormal avec le scapulo-claviculaire des mammifères ne sont pas douteuses. Wood a trouvé ce muscle très nettement marqué chez le Mus decuinanus, chez le cochon d'Inde et chez le lapin. Cuvier et Laurillard l'ont figuré dans leur atlas, sous le nom de scapuloclavien chez le ral-taupe du Gap et chez la sarigue (pl. 195 et 216).
il faut peut-être rattacher au muscle scapulo-claviçulaire la bandelette musculaire décrite par Kraûse, sous le nom de muscle coraco-cervicalis et qui, naissant de la base de l'apophyse coracoïde et du bord supérieur du scapulum, s'insérait sur l'aponévrose cervicale, non loin de la clavicule.
§ V. — Muscle coraeo-claviculaire. — Ce muscle, qui n'est qu'une variété de l'anomalie précédente et qui doit recevoir la même interprétation, a été décrit par Calori en 1866. C'est un petit muscle aplati en forme de membrane, épais de quatre millimètres environ, situé au-dessous et en arrière de la clavicule, en dehors du sous-clavier, entièrement couvert par la portion claviculaire du trapèze. 11 naît par un tendon très court de la base de l'apophyse coracoïde, immédiatement en avant du ligament coracoïdien, se porte obliquement en dedans, en recouvrant une partie du ligament trapézoïde, et vient s'insérer sur la face inférieure et le bord postérieur de la clavicule. Ses fibres les plus internes atteignent le tiers interne de cet os. (Voir le dessin de Calori, Memorie dell" Accademia di Bologna, série II, t. VI, pl. I, fig. i.)
Un muscle à peu près analogue est décrit par Koster dans les Archives néerlandaises de 1864. J'en ai trouvé un troisième cas dans les Guys Hospital Reports de 1870, signalé par Pye-Smith, Howse et D. Colley; mais dans ce dernier fait, le
muscle coraco-claviculaire partait du sommet de l'apophyse coracoïde pour s'attacher un peu au-dessous du bord antérieur de la clavicule.
Nous devrions donc scinder les muscles anormaux coracoclaviculaires en deux groupes, comme nous l'avons déjà fait pour les muscles sterno-claviculaires, et admettre : des muscles coraco-claviculaires antérieurs et des muscles coraco-claviculaires postérieurs.
§ VI, — Muscle acromio-claviculaire. — Je n'en connais qu'un fait dû à W. Gruber [Reicherfs Arch., 1865, p. 714). C'est une petite bande musculaire se détachant du sommet de l'acrômion et passant au-dessus du deltoïde pour venir s'attacher au tiers externe de la clavicule.
§ VII, — Muscle cléido-aponévrotique ascendant; tenseur de Taponévrose cervicale (Syn. : prœclavicularis subcutaneus de Gruber, supraclavicularis de Luschka), — C'est un faisceau musculaire ansiforme, partant de l'extrémité interne de la clavicule, en avant des attaches de la portion claviculairc du sternocléido- mastoïdien et s'attachant en dehors sur l'extrémité acromiale du même os, entre le trapèze et le deltoïde. Ce muscle, tendineux à ses deux extrémités, charnu à sa partie moyenne, décrit une courbe à concavité inférieure; il est contenu dans un dédoublement de l'aponévrose cervicale superficielle qu'il doit tendre toutes les fois qu'il se contracte, d'où le nom de tensor fasciœ colli qu'on lui donne quelquefois, Gruber en a signalé deux cas, l'un en 1865 dans les Arch. de Reichert, p. 703, l'autre, en 1877, dans les Arch. de Virchoiv, vol. LXXII, p. 496.
Bardeleben en a observé un nouveau cas, en 1876 {Silz. d. Jenaischen Gessellsch. f. Md. u. Naturwiss., 1877, Marz). Dans un quatrième cas que nous devons à Knott [Journ. of Anal, and Phys., t. XV, p, 139), le muscle cléido-aponévrotique ascendant s'insérait à la fois par son extrémité externe sur la clavicule et sur le trapèze.
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Nous signalerons enfin le muscle ansiforine-sus-claviculaire, décrit par Dubar en 1880, qui se rapproche de tous points des muscles précédents. Comme dans les cas de Gruber et de Knott, en effet, ce muscle décrivait, au-dessus de la clavicule, une anse à concavité inférieure, s'insérait par ses deux extrémités sur les deux extrémités de la clavicule et se trouvait contenu dans une gaine aponévrotique dépendantde l'aponévrose cervicale superficielle.
§ VIII. — Muscles cléido-aponévrotiqiies descendants, tenseurs de Taponévrose sous-elaviculaire. — Bardeleben décrit, sous le nom iV infra-clavicularis, un muscle partant du bord antérieur de la clavicule gauche et se terminant sur l'aponévrose du grand pectoral, jusqu'au niveau du bord antérieur du deltoïde. Il était situé sous le peaucier du cou et mesurait 11 centimètres de long sur 13 de large; ce muscle devait apparemment tendre l'aponévrose pectorale superficielle.
Dans le mémoire déjà cité de Kôlliker, on trouve la mention d'un muscle analogue qui partait du bord antérieur de la clavicule, à 2 centimètres de l'articulation sterno-claviculaire, et s'étendait jusqu'à l'aponévrose deltoïdienne.
Déjà en 18421, Ibsen de Copenhague avait décrit un faisceau musculaire, allant de l'extrémité sternale de la clavicule à raponévros3 delloïdienne. Zuckerkandl,en 1880, a signalé un nouveau muscle prenant naissance sur la clavicule et se perdant sur l'aponévrose de la fosse sous-claviculaire.
Il faut vraisemblablement rattacher au muscle cléido-aponévrotique descendant, les faisceaux musculaires observés par Macalister entre l'extrémilé acromiale de la clavicule et l'aponévrose delloïdienne; et aussi le muscle décrit par Gantzer, qui, s'atlachant d'une part sur cette même région deltoïdienne, ven;iit se fixer par son autre extrémité sur la clavicule.
Il me parait fort difficile, dans l'état actuel de nos connaissances, de rattacher à un système musculaire connu ces faisceaux claviculaires tenseurs, soit de l'aponévrose cervicale, soil de l'aponévrose thoracique ou deltoïdienne. Prenant des points
d'attache sur une surface osseuse, placés souvent comme dans le cas de Dubar et autres dans un dédoublement de l'aponévrose superficielle, ils ne sauraient être regardés comme des dépendances du peaucier du cou qui est manifestement sus-aponévrotique et glisse sur la clavicule sans s'y attacher. Je préférerais pour ma part rapprocher quelques-unes de ces formations singulières au muscle présternal, que nous étudierons dans un prochain article, muscle qui s'étend entre le grand pectoral et le peaucier, tout comme les muscles cléido-aponévrotiques descendants. Si cette assertion pouvait être justifiée, ces faisceaux surnuméraires, que nous venons de décrire, ne seraient que des débris de la vaste lame musculaire latérale qui occupe, dans quelques espèces animales, tout le côté du tronc et que désorganise, chez la plupart des vertébrés, l'apparition des membres Ihoraciques (Voyez muscle présternal) .
Nous devons reconnaître cependant que les faisceaux ansiformes qui apparaissent dans la région sus-claviculaire, inséi'és par leurs deux extrémités sur la clavicule elle-même, ne sauraient s'accorder facilement avec une pareille horaologie. Pour eux, bien plus encore que pour les cléido-aponévrotiques sous-claviculaires, il faut redouter les conclusions prématurées et attendre que des recherches ultérieures nous aient apporté les éléments d'une interprétation irréprochable.
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