‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 149 sur 177 · MUSCLE COURT PÉRONIER LATÉRAL · texte numérisé non relu

MUSCLE COURT PÉRONIER LATÉRAL

3° Siu' l'abducteur du petit doigt. — Vood a rencontré une expansion du court péronier latéral se dirigeant en bas et en avant et donnant naissance à un des faisceaux de l'abducteur du petit orteil.

4° Sur le cinquième métatarsien. • — J'ai Vil, SUr un nègre de

l'île Bourbon, les faisceaux charnus du court péronier latéral se jeter sur deux tendons distincts, l'un cylindrique, l'autre membraniforme et engainant le premier. L'un et l'autre se terminaient sur l'extrémité postérieure du cinquième métatarsien. Il n'existait pas sur ce sujet de prolongement tendineux pour le 5® orteil : évidemment le tendon antérieur représentait cette formation; au lieu d'aller jusqu'au petit orteil (disposition ordinaire) il s'était arrêté sur le métatarsien correspondant.

Chez Vaï (Meckel), le court péronier est double : l'un et l'autre se fixent sur la tubérosité du métatarsien externe. Est-ce là une disposition ordinaire? Il est permis d'en douter, car je ne la trouve nullement mentionnée dans le mémoire de Humphry sur la myologie de l'aï.

5° Sur le quatrième métatarsien et le quatrième espace interosseux. — Cette disposition est fréquente et ne mérite pas le titre d'anomalie. Cruveilhier fait insérer le court péronier latéral « à l'apophyse de l'extrémité postérieure du cinquième métatarsien, et même quelquefois par une expansion fibreuse au quatrième métatarsien >^ . D'autre part, Meckel donne du tendon du court péronier latéral la description suivante : « Vers la base du cinquième métatarsien, il se partage ordinairement en deux languettes, dont l'externe s'attache à la tubérosité de cet os, tandis que l'interne, plus longue, se subdivise ordinairement en trois portions, dont l'une se fixe à la partie moyenne de la face supérieure du corps de cet os, la seconde s'insère au bord externe du quatrième tendon du long extenseur commun des orteils, et la dernière se perd sur la face postérieure du quatrième muscle métatarsien externe. »

Le court péronier latéral du kangurou envoie, d'après Meckel, un tendon au i*^ orteil; une disposition analogue est signalée par Alix, chez Vaye-aye. Le court péronier latéral fournit éga-

lement des tendons au 4** et au 5" doigt chez V hippopotame, d'après Graliolet.

Bibliographie :

RiNGHOFFER. Vivchow's Atcli., vol. XIX, p. '28.

WoOD. Proc. of tJie Roy. Soc. of London, t. XIV, p. 382, et t. XVI, p. 519.

HUMPHRY. British mcd. journal, 1873, II, p. 109.

Meckel. Anato/nie dcscriftive, t. II, p. 222.

Cruveilhier. Traité d'Anat- descriptive, t. I, p. 757.

HuMPHRY. The Mijology of the limbs of the unau, tho aï, etc. (Journ. of

Anat. and Phys., Nov. 1869, p. 76).

Gratiolet. Rech. sur l'anatomie de ^hippopotame, publiées par Alix,

Meckel. Traité d'anatoinie comparée, t. VI, p. 413. Alix. Soc. Philomathique de Paris, 1878, p. 253.

ARTICLE IV

MUSCLES PÉRONIERS LATERAUX SURNUMERAIRES OU ACCESSOIRES. PÉRONIER DU 5*' ORTEIL.

Les faisceaux charnus ou tendineux qui apparaissent, à l'état normal, dans la région des péroniers sont fort nombreux et souvent fort disparates. Les dénominations que leur ont données les anatomistes qui nous les ont fait connaître, sont malheureusement tout aussi nombreuses, plus nombreuses peutêtre que les variétés auxquelles elles s'appliquent. De là, une confusion regrettable que cet article fera disparaître, je l'espère. Pour moi, comme je l'ai déjà dit plus haut, tous les faisceaux surnuméraires que va nous présenter la région des péroniers, ne sont que des formes complètes ou incomplètes d'un muscle qui entre, avec la valeur d'un organe type, dans la constitution anatomique d'un grand nombre de Mammifères. Ce muscle que j'appellerai avec Huxley péronier du 5® oiHeil (peroneus quinti digiti), je vais tout d'abord le décrire avec quelques détails; il nous sera plus facile ensuite, l'organe type

MOSCLES PÉRONIERS LATÉRAUX SURNUMÉRAIRES. 745

connu, d'étudier ses divers modes de réapparition chez l'homme, c'est à dire de reconnaître, dans la région qui en est le siège, et les faisceaux qui le reproduisent intégralement, et les faisceaux qui n'en sont que des débris.

§ T. — Le péronier du 5" orteil chez les 3Iammifères. —

Parmi les Carnassiers, Vours et le chat sont d'excellents sujets d'étude. VUrsus americanus m'a présenté trois péroniers distincts: 1° le long péronier latéral, détaché de la moitié supérieure de la face externe du péroné, glissait derrière la malléole externe et venait se terminer en partie sur l'extrémité postérieure du 5® métatarsien; 2° le court 'péronier latéral prenait naissance au-dessous du précédent, jusque dans le voisinage de la malléole; son tendon terminal se fixait, comme chez l'homme, sur l'extrémité postérieure du cinquième métatarsien ; 3° entre les deux muscles précédents, et sur un plan un peu postérieur, naissait un troisième muscle, confondu en apparence avec le court péronier latéral, mais complètement isolable par la dissection. Un peu plus petit que le court péronier latéral, il affectait une forme triangulaire, la base correspondant à son insertion sur le péronier. Son sommet se continuait par un tendon cylindrique, lequel contournait la malléole, glissait sur la face dorsale du cinquième métatarsien et finalement venait se terminer sur la première phalange du 5® orteil. C'est le péronier du 5*" orteil.

Meckel signale également chez Vours la présence de deux courts péroniers : Vinférieur, se rendant au cinquième métatarsien et envoyant une languette tendineuse au tendon le plus externe de l'extenseur commun des orteils, c'est le court péronier latéral classique ; le supérieur gagnant les deux premières phalanges du S*' orteil, c'est notre péronier du '5" orteil. Il est très nettement spécifié dans la description de Meckel qu'il naît au-dessus du précédent, entre lui et le long péronier latéral par conséquent. Dans une dissection récente et postérieure à la nôtre, le professeur Shepherd a rencontré, lui aussi, chez VUrsus americanus un peroneus brevis et un peroneus quinti

digiti; mais je ne comprends pas pourquoi, prenant l'un pour l'autre, il a appelé peroneus brevis celui qui se rend au 5" orteil, et peroneus quinti digiti celui qui s'arrête à la base du cinquième métatarsien.

Le chat m'a offert un péronier du 5= orteil, toujours très distinct des autres péroniers latéraux. Voici la description qu'en donne Strauss-Durckeim sous le nom de fibulinus : « C'est un muscle fusiforme placé en dedans du fibulœus (long péronier latéral) et en dehors du péronier (court péronier latéral). Il fixe ses fibres charnues à la moitié supérieure de la face externe du péroné qu'il embrasse, et d'autres viennent de la cloison fibreuse qui le sépare en haut du perodactyliis (long fléchisseur commun des orteils)... De là les fibres se portent en dessons, les antérieures obliquement en arrière et les postérieures obliquement en avant, sur les deux bords d'un long tendon qui longe le milieu de la face externe. Au quart inférieur du péroné, ce tendon devient libre, continue à longer cet os, entre celui du fibulœus placé en avant, et celui du péronier placé en arrière, et se réfléchit en bas, avec ce dernier, derrière la malléole externe qui leur forme une poulie de renvoi. Ainsi délourné de sa direction primitive, il se porte en dessous, longe la face anléro-externe du pied pour aller gagner la partie latérale de la phalangeole du hullux (5*^ orteil), où il se recourbe une seconde fois en avant, passe obliquement sur cette phalange, et s'unit au côté externe du tendon du cnémodadyle de cet orteil (long extenseur commun) pour concourir avec lui à former la calotte fibreuse qui recouvre l'articulation phalangéo-phalanginienne. »

Le même muscle se détache chez la civette, d'après les dissections d'Young, en arrière du court péronier latéral et se fusionne avec le tendon -que l'extenseur commun envoie au 5^ orteil.

Chez \e phoque (Humphry), l'extenseur du 5« orteil paraît être encore distinct des autres péroniers et se fixe au côté externe de la première phalange. La roussette d'Edwards, si bien étudiée par Alix, nous présente, au lieu et place du court péronier latéral de l'homme, deux faisceaux distincts : un fais-

ceau supérieur qui vient se fixer à l'aide d'un long tendon sur le côté externe de la première phalange du 5'' orteil, et un faisceau placé plus bas, qui se fixe au cinquième métatarsien; mais pourquoi M. Alix donne-t-il au premier de ces faisceaux le nom de court péronier latéral? C'est pour le deuxième faisceau ou faisceau inférieur qu'il convient, ce me semble, de réserver ce nom ; le premier est un véritable peroneus quinti cligili.

Dans la sous-classe des Didelphes, le kangurou possède bien un péronier du 5^ orteil, mais il est en partie fusionné avec le court péronier latéral. Il est représenté par un simple tendon qui émane du tendon de ce dernier muscle et vient s'attacher sur la première phalange, non du 5** orteil, mais du 4% d'après Meckel. Même disposition chez le fourmilier, avec cette variante toutefois que le tendon digital du court péronier latéral se porte au 5^ orteil où il se termine, soit sur la première phalange, comme l'enseigne Meckel, soit sur le tendon de l'extenseur commun, comme l'a vu Humphry.

Je pourrais citer bien des Mammifères encore qui possèdent le péronier du 5" orteil avec une disposition analogue à celle que je viens de décrire; mais j'ai hâte d'arriver à l'ordre des Primates. Les Singes inférieurs, le Cercopithecus sabœus, le Macacus cynomoJgus, le Pithecia hirsuta, le Cynocephahis maimon (Bischoff), le Cynocephahis anubis (Champneys), etc., présentent tous, en général, le péronier du 5^ orteil ; mais si, dans le plus grand nombre d'entre eux, ce muscle est facilement isolable dans toute son étendue, il est quelques sujets, sinon quelques espèces, qui présentent un cerlain degré de fusion entre lui et les autres péroniers latéraux, le court péronier latéral principalement. C'est ainsi que j'ai vu, deux fois au moins, chez le cercopithèque, le tendon du peroneus quinti digiti faire suite à un corps charnu, lequel se confondait entièrement avec le court péronier latéral avant d'atteindre la surface d'implantation osseuse. Il existait, dans ce cas, un court péronier latéral d'abord unique, puis divisé en deux corps charnus qui allaient se fixer, à l'aide de tendons distincts, le premier aux phalanges du petit orteil, le second au cinquième métatarsien.

Je dissèque actuellement un Cercopithecus fuliginosus dont le péronier du orteil, situé sur un plan postérieur par rapport aux deux autres péroniers, affecte la forme d'un triangle dont les faisceaux supérieurs se confondent avec le long péronier latéral et les faisceaux inférieurs sont fusionnés également avec le court péronier latéral. Du reste, son tendon fort grêle suit le trajet de ce dernier muscle et vient se fixer sur le côté externe de la première phalange du 5^ orteil.

Quant aux Anthroipoïdes, ils possèdent presque tous un rudiment du péronier du 5^ orteil, et c'est à tort que Bischoff, dans son tableau de myologie comparée des Singes (1870, Anatomie du gibbon), signale l'absence de ce muscle chez le gorille, Vorangouta7ig,\e chimpanzé elle gibbon. Le corps musculaire a disparu, en tant qu'organe nettement différencié, cela est incontestable; mais il en reste encore des vestiges non moins incontestables. Je veux parler d'un tendon, souvent très volumineux, qui, se détachant du tendon du court péronier latéral unique, glisse le long de la face dorsale du cinquième métatarsien, pour venir se terminer soit dans le voisinage du 5" orteil (extrémité antérieure du métatarsien, tissu fibreux de V articulation métatarso-phalangienne) , soit sur les phalanges elles-mêmes (directement ou par ïintermédiaire de V extenseur commun). Nous désignerons désormais ce tendon, avec S. Pozzi, sous le nom de prolongement digitalon prolongement phalangien du court péronier latéral; on ne saurait trouver une expression à la fois plus simple et plus nette.

Ce prolongement digital du court péronier a été constaté chez le chimpanzé par Bruhl, Macalister, Champneys, Gratiolet et Alix et par Bischoff lui-même, quelques années après la publication du mémoire précité. Sur mon Troglodytes niger, il affectait la forme d'un tendon très grêle, presque filiforme, qui se séparait du tendon du court péronier au moment où celui-ci sortait de sa gaine, et venait se perdre dans le tissu fibreux qui recouvre en haut l'articulation métatarso-phalangienne. Le peroneus quinti, réduit de même à un tendon, a été constaté chez le gibbon par Ghudzinski. Macalister l'a signalé chez le gorille; mais il n'en existait aucun vestige sur les sujets dissé-

qués par Duvernoy et par BischofF. Même disposition chez Vorang : Lange a bien rencontré, chez cet anthropoïde, un faisceau grêle qui, du quart supérieur du péroné se fixait à la base du cinquième raélalarsien, après avoir contourné hi malléole avec les autres péroniers; mais il s'agissait là, très probablement, d'une formation anormale, car ni le sujet de Duvernoy ni le mien n'ont présenté ce faisceau, même à l'état rudimentaire. Le long péronier latéral et le court péronier latéral existaient seuls, exclusivement insérés, comme chez l'homme, l'un sur le premier métatarsien, l'autre sur le cinquième.

Si nous essayons maintenant de résumer en quelques mots les lignes qui précèdent, nous voyons que le péronier du 5^ orteil peut affecter, dans son existence et ses rapports avec les autres péroniers, quatre modalités principales basées, depuis la première jusqu'à la dernière, sur le degré plus ou moins avancé de différenciation de cette formation musculaire :

y*"" degré . Indépendance anatomique complète du péronier du 5* orteil (ours, chat, civette).

3^ degré : Absorption partielle de son corps musculaire par le muscle court péronier latéral (quelques singes inférieurs).

5^ degré : Absorption totale de son corps musculaire et absorption partielle de son tendon, par le même muscle (chimpanzé).

4^ degré : Absorption totale de son corps musculaire et de son tendon par le même court péronier latéral ; disparition absolue du péronier du 5® orteil (gorille, orang, homme).

§ IL — Reproduction chez riiomme du péronier du o" orteil; formes complètes et incomplètes [Peroneus quinti digiti de Huxley, Peroneus quinti de Macalisler, Eœtensor proprius quinti digili de Devis, Peroneus médius de Cuvier, Peroiieus tertius et Adductor digiti quinti tongus de Burdach, Eootensor brevis digiti quinti de Ruge, Peroneus parvus de Bischoff, Peroneus accessorius de Henle, Peroneus quartus d'Otto, Peroneus sextus de Macalister). — Toutes les modalilés, précédemment indiquées, du péronier du 5'^ orteil se reproduisent chez l'homme.

Et d'abord, la disparilion complète de ce muscle par absorption totale de ses éléments anatoniiques dans la masse des autres péroniers constitue chez nous la disposition normale, comme le prouvent les chiffres suivants: Wood a rencontré, 5 fois seulement, sur 32 sujets, le prolongement digital du court péronier latéral. Pozzi, qui a publié, en 1872, une très intéressante étude sur cette disposition anatomique, déclare ne l'avoir rencontrée que 4 fois sur 28 sujets. Il résulte de ces deux statistiques, très concordantes comme on le voit, que le prolongement tendineux, envoyé par le court péronier latéral au orteil, se rencontrerait une fois sur 6 ou 7 sujets. Ce rapport est bien évidemment trop faible, si l'on tient compte de tous les cas où un tendon surnuméraire se détache du tendon du court péronier latéral pour se terminer sur n'importe quel point delà région tarso-métatarsienne ; mais il doit se rapprocher beaucoup de la vérité, s'il ne s'applique qu'aux formes complètes de ce tendon, c'est à dire aux tendons bien développés -et se portant sans interruption du court péronier latéral au 5^ orteil. Dans une nouvelle statistique, plus récente et plus complète, Wood donne les chiffres suivants : sur 68 hommes, 18 lui ont présenlé un tendon complet, 5 des vestiges seulement de ce tendon ; de même sur 34 femmes, 5 possédaient un tendon complet, 8 n'en avaient que des vestiges. Au total, sur 102 sujets, le prolongement phalangien du court péronier latéral existait 36 fois : 23 fois à l'état complet, 13 fois à l'état de vestiges; sa fréquence me paraît donc devoir être représentée par la fraction 1/3.

Il résulte ainsi des chiffres qui précèdent, que la présence de deux faisceaux seulement dans la région externe de la jambe, insérés exclusivement l'un au cinquième métatarsien, l'autre au premier, constitue la règle chez l'homme, et que tous les autres faisceaux, charnus ou tendineux, qu'on rencontre dans cette région, y compris le prolongement digital du court péronier, sont des formations surajoutées, devant prendre place parmi les anomalies comme des reproductions d'un muscle digparu, le péronier du S*" orteil.

Ces formations réversives sont complètes ou incomplètes :

i\o — Formations complètes. — Sous le litre de formations complètes, je comprends tous les faisceaux, charnus ou tendineux, qui, émanant du péroné, se portent directement ou indirectement sur les phalanges du petit orteil. Elles comportent trois variétés correspondant exactement aux trois premiers degrés de différenciation du muscle chez les Mammifères.

■/'■^ Variété : tendon pJialangien fourni par un muscle distinct du court péronier latéral. — Un fait de cette nature est rapporté par Macalister : « J'ai vu, dit-il, un muscle complètement séparé se détacher du quart inférieur du péroné au-dessous du court péronier latéral, ghsser avec lui dans la gouttière rétro-malléolaire et se porter sur l'aponévrose d'extension qui recouvre le 5*^ orteil. » Voilà bien un faisceau musculaire qui reproduit intégralement le cinquième péronier des Mammifères, de l'ours par exemple, de la civette et de quelques singes inférieurs.

^® Variété : tendon phalangien fourni par U7i muscle fusionné avec le court péronier latéral. — J'ai vu dans un cas, sur le côté gauche d'un sujet, un tendon très grêle longer le bord antérieur du tendon du court péronier latéral, contourner avec lui la malléole et se jeter sur un petit corps charnu, de 18 millimètres de longueur seulement, lequel se fusionnait entièrement avec les faisceaux inférieurs du court péronier, avant d'atteindre l'os. Où se terminait en bas ce tendon? Allait-il au ^à^ orteil? C'est probable, mais je ne saurais l'affirmer; le pied sur lequel j'ai eu l'occasign de Tobserver avait subi l'amputation tarso-métatarsienne, et je n'ai pu le suivre au delà du cuboïde.

Sur un deuxième sujet, j'ai rencontré un péronier du 3'= orteil dont le corps charnu, relativement très développé, se fusionnait avec la portion sous-malléolaire du tendon du court péronier latéral; ce muscle avait été préparé par l'un de mes élèves, M. Capdeville. Je transcris textuellement la note qu'il m'a remise a ce sujet : A sa partie supérieure, le court péronier latéral ne présente rien de particulier. Après avoir contourné la malléole externe et presque immédiatement au-dessous de

cette malléole, son tendon donne naissance, le long de son bord antérieur et dans une étendue de 1 centimètre et demi, à un muscle surnuméraire qui présente les dimensions suivantes : longueur 35 millimètres, épaisseur 10 millimètres. Ce petit muscle se jette, un peu en arrière du cinquième métatarsien, sur un tendon aplati et grêle qui vient aboutir, à la façon d'un tendon du pédieux, sur le bord externe du tendon que l'extenseur commun envoie au 5® orteil. Cette fusion se fait au niveau de la première phalange. Dans son trajet, le tendon surnuméraire précité passe dans un canal de 3 millimètres de longueur, constitué par la partie postérieure du tendon terminal du péronier antérieur. Sur ce même sujet, le faisceau interne du pédieux, destiné au gros orteil, était plus volumineux que d'ordinaire et se trouvait complètement séparé du reste du muscle.

Hallet, Macalister et Wood ont signalé des faits analogues : dans le fait de Wood (voir dessin in Proc. of roy. Soc. of London, XVI, p. 52l0), le péronier du 5*^ orteil affectait une disposition fusiforme et se trouvait compris entre deux tendons : un tendon d'origine qui se réunissait au-dessus de la malléole avec le tendon du court péronier latéral, un tendon terminal qui venait s'insérer, comme sur mon sujet, sur le tendon externe du long extenseur.

5^ Variété : tendon phalangien fourni directement, sans interposition de faisceaux charnus^ par le tendon du court péronier latéral. — C'est là la disposition la plus ordinaire. Signalé par la plupart des anatoinistes, observé à coup sûr par tous ceux qui ont suivi pendant quelque temps les salles de dissection, le prolongement digital du court péronier latéral a été particulièrement bien décrit, en France, et interprété comme il méritait de l'être par Samuel Pozzi. Il résulte des observations connues que ce tendon, très variable en volume, est fort variable aussi dans son mode d'origine et son mode d'insertion : il peut naître, en effet, sur n'importe quel point du tendon du court péronier latéral, depuis sa portion rétro-malléolaire jusqu'à son extrémité métatarsienne; quant à sa terminaison, elle

peut se faire, dans le territoire du 5*-' orteil bien entendu, sur la phalange, sur le tendon que l'extenseur commun envoie au 5^ orteil, sur l'expansion fibreuse de ce tendon, sur l'articulation métatarso-phalangienne. Du reste, l'anomalie peut être symétrique (disposition ordinaire), ou ne siéger que d'un seul côté (disposition plus rare).

Il n'est pas très rare que le péronier antérieur fasse défaut sur un pied où se rencontre déjà un prolongement digital très développé. La coexistence de ces deux anomalies sur le même sujet donne à la région un aspect qui rappelle de tous points la disposition présentée par les Singes anthropoïdes.

Dans un mémoire qui date déjà de vingt ans (1863), le professeur Hyrtl a établi que le prolongement phalangien du court péronier latéral perfore toujours le tendon terminal du péronier antérieur, et, dans les cas où ce tendon s'insère au quatrième métatarsien, passe à travers un ligament (ligamentum intra-metatarseum dorsale) qui réunit l'extrémité postérieure des deux métatarsiens externes.

%° Formations incomplètes. — Je désigne SOUS ce titre tous les faisceaux surajoutés qui émanent bien, comme dans les cas précédents, de la face externe du péroné, mais qui n'atteignent pas le 5® orteil et prennent une insertion secondaire (on connaît le sens que j'attache à ce mot) sur l'un des os qui constituent le bord externe du tarso-métatarsien. Cette insertion reculée du péronier du orteil peut se faire sur le cinquième métatarsien, sur le cuboïde, sur le calcanéum et jusque sur la malléole externe ; de là quatre variétés qu'on me permettra de désigner par les dénominations très nettes de péronéo-métatarsienne, péronéo-cuboïdienne, péronéo-calcanéenne, péronéo-malléolaire .

Variété : faisceau péronéo-métatarsien. — Laissant de côté son origine, qui peut parcourir toutes les modalités cidessus décrites pour les formations complètes, ce faisceau peut se terminer sur l'extrémité antérieure du premier métatarsien, sur son extrémité postérieure, sur sa partie moyenne, avec ou sans expansion pour le premier espace interosseux; j'ai observé pour ma part toutes ces dispositions.

2'^ Variété : faisceau 'péronéo-cuhoïdien . — C'est ce faisceau qu'on décrit généralement sous le nom de péronier accessoire, accessoire des péroniers {peroneus accessorius de Henle), dénomination qui est véritablement Irop vague et qu'il convient d'abandonner. Le faisceau péronéo-cuboïdien peut n'être qu'un petit tendon provenant de la bifurcation du tendon du court péronier latéral et inséré sur le cuboïde. Je possède dans mes notes un cas très net de celte disposition. Mais il n'est pas très rare de rencontrer cette production anormale, sous la forme d'un muscle complètement distinct dans toute ou presque toute son étendue. Il est généralement fort grêle et toujours situé profondément, relativement aux autres péroniers. Son point d'origine sur la face externe du péroné peut être très rapproché de la malléole, comme aussi il peut être situé à 10 et même 15 centimètres (cas de Ghudzinski) au-dessus de cette saillie osseuse. Je n'ai rencontré que trois cas bien nets du petit muscle péronéo-cuboïdien. Les deux premiers, complètement différenciés, prenaient naissance, en arrière du court péronier latéral, sur la partie moyenne du péroné; quant au troisième, il se détachait, dans le tiers inférieur de la jambe, à la fois du court péronier latéral (face postérieure) et de la cloison fibreuse qui sépare les péroniers des fléchisseurs des orteils.

Le mode de terminaison de ce muscle présente lui-même quelques variétés : il peut s'insérer soit sur le cuboïde lui-même, soit sur le tendon du long péronier latéral. Dans ce dernier cas, c'est principalement avec le renflement sous-cuboïdien de ce tendon que se fait la fusion.

On pourra m'objecter peut-être qu'un faisceau qui accompagne le tendon du long péronier latéral ne saurait être assimilé au faisceau précédent, qui accompagne le court péronier latéral et se porte sur le cinquième métatarsien. Cette objection est pour moi sans valeur, car j'ai vu, deux fois au moins, ce tendon de renforcement du tendon du long péronier latéral se détacher, au-dessous de la malléole, du tendon lui-même du court péronier latéral, dans des conditions anatomiques identiques à celles que nous observons pour l'origine du prolongement phalangien à

l'état parfait. Je suis heureux de m'appuyer ici sur l'autorité incontestable de M. Chudzinski, qui décrit sous une même dénomination : 1° les faisceaux péroniers surnuméraires qui s'attachent au cinquième métatarsien; %° ceux qui vont renforcer, dans la gouttière cuboïdienne, le tendon du long péronier latéral; et, enfin, 3° ceux qui s'arrêtent au calcanéum. Ces derniers constituent la variété suivante.

3^ Variété : faisceau péronéo-calcanéen externe. — J'ajoute à la dénomination donnée à ce faisceau le mot d'externe, pour distinguer cette formation anormale du peroneo-calcaneus internus, que nous avons déjà décrit et qui possède en effet une signification tout autre. C'est \e peroneus quartus d'Otto, le peroneus sextus de Macalister. On voit combien ces dénominations, basées sur un numéro de série, sont défectueuses. Le péronéo-calcanéen externe, identique au précédent par ses insertions d'origine, n'en diffère que par son mode de terminaison. Cette terminaison se fait, dans la majorité des cas, à l'aide d'un tendon plus ou moins grêle, sur le tubercule de la face externe du calcanéum.

Des observations de faisceaux péronéo-calcanéens externes sont rapportées par Otto, ïheile, Wood, Macalister, Chudzinzki, Curnow, Knott, Besw^ick Perrin, etc. Je n'en ai jamais observé qu'un seul cas dans mes salles de dissection (février 1883) ; mais le muscle était relativement très développé. Il était cylindrique et mesurait 10 centimètres de longueur. Il s'insérait en haut en partie sur une bandelette aponévrotique qui le séparait du court péronier latéral, en partie sur une bandelette analogue qui le séparait en arrière du fléchisseur propre du gros orteil. De là, ses faisceaux d'origine se portaient verticalement en bas et constituaient un corps charnu de 7 à 8 millimètres d'épaisseur, qui donnait naissance, par sa face profonde, à un tendon de 3 millimètres de largeur seulement. Ce tendon, continuant le trajet descendant du muscle, venait se fixer à la partie la plus postérieure du tubercule externe du calcanéum.

C'est à tort, selon moi, que Curnow considère ce muscle péronéo-calcanéen externe comme l'homologue probable au

membre inférieur du muscle radio-carpien de Fano. Une pareille assimilation est en désaccord avec les idées généralement admises aujourd'hui sur les homologies des membres. Le faisceau homologue du radio-carpien devrait s'insérer en elîet non pas sur le péroné, mais sur le tibia, qui est l'homologue du radius; il devrait, d'autre part, se différencier dans la masse des fléchisseurs et non dans la masse des extenseurs; et enfin il devrait se terminer sur le bord interne du pied et non sur le bord externe. Nous avons déjà vu (p. 502) que le radio-carpien de Fano a pour homologue au membre inférieur un muscle constant, le tibial postérieur.

4-° Variété : faisceau péronéo-malléolaire. — Je donne ce nom à un faisceau observé par Budge, qui se portait de la masse des péroniers à la malléole, et dont le faisceau signalé par Macalisler et inséré sur le ligament latéral externe n'est vraisemblablement qu'une variété. Le faisceau péronéo-malléolaire appartient encore aux formes incomplètes du peroneus quiiiti digiti; moins développé que la variété précédente, il ne descend pas même sur le tarse.

Résumons en terminant les principaux faits énoncés dans cet article : il existe dans la série des Mammifères, indépendamment du long péronier latéral et du court péronier latéral, un troisième muscle qui se détache également de la face externe du péroné et se rend au 5^ orteil. Il se rattache au système du court extenseur ou pédieux qui, comme on le sait, limite sa zone d'action aux quatre doigts internes. Très développé chez quelques Carnassiers, notamment chez Yours et chez le chat, le muscle péronier du 5*^ orîeil se retrouve encore à l'état indépendant chez la plupart des Singes inférieurs; chez quelques anthropoides, le chimpanzé par exemple, il se fusionne presque en totalité avec les autres péroniers et n'y existe plus que sous la forme d'un tendon plus ou moins grêle, qui se rend bien au 5® orteil, mais ne s'individualise qu'au métatarse, en se détachant du tendon du court péronier latéral. Chez quelques autres, le gorille elVoi^ang, ce tendon minuscule, dernier vertige

du péronier du 5^ orteil, n'existe même plus dans la majorité des cas : le péronier du 5^ orteil tout entier a été absorbé par les autres péroniers. Il en est de même chez l'homme, où le muscle disparu ne se reproduit qu'à l'état d'anomalie et sous les formes les plus diverses : tantôt ce sont des faisceaux soit distincts, soit plus ou moins fusionnés avec la masse des péroniers qui se détachent du péroné et se rendent, sans interruption aucune, jusqu'aux phalanges du doigt externe (formes complètes); tantôt ce sont des faisceaux plus courts (formes incomplètes) qui se détachent bien du péroné, comme dans le cas précédent, mais qui s'arrêtent en route, dans leur trajet vers le 5^ orteil, et se terminent sur l'un des os avec lesquels ils se trouvent en rapport, le cinquième métatarsien, le cuboïde, le calcanéum et même la malléole péronière. Il est naturel de penser, pour expliquer ces derniers faits, que dans le développement ontogénique, la portion inférieure du péronier du S*' orteil ne s'est pas différenciée ou organisée, ou bien a pris, sur l'un des points ci-dessus indiqués de la région tarso-métatarsienn-e, une insertion insolite, entraînant après elle la disparition de toute la portion du muscle (corps charnu ou tendon) située au delà. Telle est en effet la destinée de certains muscles en passant d'un groupe zoologique à l'autre : nous les voyons ou s'y reproduire avec tous leurs caractères ou disparaître entièrement, absorbés en totalité dans ces derniers cas par les masses musculaires voisines; et entre ces deux termes extrêmes du développement organique, différenciation complète et disparition absolue, nous retrouvons toutes les formes intermédiaires.

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