ANOMALIES DU GRAND DENTELÉ
Le muscle grand dentelé {serratus magnus d'Albinus, costoscapulaire de Chaussier) réunit le bord spinal de l'omoplate aux neuf ou dix premières côtes. Sa portion supérieure se détache de l'angle supérieur du scapulum, pour venir se fixer, par deux digitations, sur la première et sur la seconde côte. La portion moyenne plus large, mais aussi plus mince, naît de toute la hauteur du bord spinal, et s'insère par trois digitations sur le bord inférieur el la face externe des 2^, 3^ et 4* côtes. Quant à la portion inférieure, elle part de la face interne de l'angle inférieur, et, s'épanouissant en éventail, elle vient s'attacher aux côtes suivantes par cinq ou six digitations, qui s'entre-croisent avec les digitations supérieures du grand oblique.
La direction descendante de ses faisceaux plutôt qu'une ligne celluleuse, souvent absente, sépare cette dernière portion de la précédente.
§ L — Variations numériques des dig:itations costales. —
Je n'ai jamais vu le grand dentelé dépasser la 10** côte; mais je l'ai vu bien des fois s'arrêter à la S*'. Sur un jeune sujet, que j'ai disséqué l'année dernière, la digitation inférieure s'arrêtait des deux côtés au bord supérieur de la 7^ côte. Deux digitations au moins faisaient défaut. Si l'absence de ces digitations porte sur la portion moyenne du muscle grand dentelé, ce, muscle paraîtra constitué par deux portions distinctes, et la largeur de l'interstice séparatif sera en rapport avec le nombre des faisceaux non développés.
Anatomie comparée. — Dans la série des Mammifères, le grand dentelé descend dans la plupart des cas, comme nous le verrons plus loin, jusqu'à la 8'^ ou 9*^ côte. Je l'ai vu descendre jusqu'à la lO*^ côte chez le Macacus sinicus, chez le chat et' chez
l'ours. Chez le gorille, il descend jusqu'à la 10^ côte, d'après Macalister, jusqu'à la ll*^, d'après Bischoff. Il est cependant des espèces où il s'arrête aux premières côtes sternales ; il naît des 4 premières côtes seulement chez les Ornithodelphes (Sabalier) ; de la seconde et de la troisième, tout au plus des 4 premières chez les Cétacés (Meckel). Macalister signale l'absence chez l'homme du faisceau qui part de la première côte. Young a vu le même faisceau manquer chez la civelte; mais ce n'est là probablement qu'une disposition anormale. Devis qui a étudié lui aussi la myologie de la civette ne signale pas cette absence de la première digitation costale. [Journ. of. Anat., 1868, p. m).
§ II. — Division du muscle en portions distinctes. — La
division du muscle grand dentelé en trois portions complètement distinctes observée par quelques analomistes, Macalister entre autres, ne me paraît pas avoir une bien grande importance. A l'élat normal, chaque digitation est séparée de la digitation voisine par un interstice, que l'on peut suivre plus ou moins loin en se dirigeant des côtes vers le scapulum. Il suffit, on le conçoit, d'une atrophie ou d'un arrêt de développement portant sur deux digitations voisines, pour agrandir l'interstice qui les sépare, et créer ainsi des portions distinctes.
§ III. — Faisceaux surajoutés au g:rand dentelé normal. —
MM. Beaunis et Bouchard signalent des faisceaux profonds surnuméraires naissant des premièi-es côtes et un faisceau profond naissant de la deuxième côte, pour aller rejoindre l'attache de l'angulaire. Theile {Encyclopédie anatomique, trad. Jourdan, p. 206) a trouvé, derrière le faisceau ordinaire de la deuxième côte, un large faisceau charnu, naissant de cette côte, passant derrière le grand dentelé dont il demeurait distinct jusqu'à son insertion, se dirigeant vers l'omoplate en augmentant toujours de largeur et s'attachant à la base de cet os depuis l'origine de l'épine jusqu'à l'angle. J'ai observé moi-même, une fois seulement, un faisceau musculaire qui, se détachant de la première
fi4 LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.
côte, au-dessous de la digitation supérieure du grand dentelé, rejoignait cette dernière au niveau de l'angle supérieur du scapulum. Gratiolet et Alix ont observé chez le Troglodytes Aubryi une disposition similaire : un deuxième plan musculaire qui naissait exclusivement du bord coracoïdien de l'omoplate, doublait les faisceaux supérieurs du premier plan, et se portait aux trois premières côtes.
Dans le Troglodytes niger, je n'ai pas observé cette division en deux plans de la portion supérieure du grand dentelé; par contre, j'ai noté un petit faisceau cylindrique que le grand dentelé envoyait en arrière à la face supérieure de la première côte, au niveau .du point où elle s'attachait à l'apophyse transverse de la 1'" vertèbre dorsale; de telle sorte que sur mon sujet, comme sur celui de Gratiolet et AHx, le grand dentelé prenait sur la première côte deux origines distinctes.
Sur un sujet observé par Wood [Proc, t. XVI, p. 515), deux larges bandes musculaires complètement distinctes du grand dentelé se détachaient à droite de la 9*^ et de la 10'^ côte et venaient s'insérer sur l'angle inférieur du scapulum, avec les fibres inférieures du grand dentelé qui ne dépassait pas sur ce sujet la 7^ côte. La même anomalie se répétait à gauche avec cette variante que le faisceau surajouté partait de la 8p côte seulement. Cette portion différenciée du grand dentelé est l'homologue du muscle depressor scapulœ observé chez les Oiseaux (Wood). Lss Oiseaux possèdent en effet, indépendamment du grand dentelé, un deuxième muscle situé plus en arrière, très développé chez \e ping oin, le héron et surtout chez les oiseaux de proie, et partant du scapulum pour se porter à la face externe des côtes.
Le muscle grand dentelé se compose également dans la chauve-souris (Vespertilio murinus) de deux portions bien distinctes et assez bien isolées l'une de l'autre, pour que Maisonneuve ait cru devoir les décrire comme deux muscles différents (le grand dentelé supérieur et le grand dentelé inférieur).
Peut-être devrait-on signaler ici comme une disposition homologue du double dentelé des Oiseaux et des Chéiroptères,
l'anomalie suivante observée chez l'homme par Meckel et signalée, dans leur nomenclature, par Beaunis et Bouchard et par Quain : «Absence de la portion moyenne du grand dentelé et division de ce muscle en deux portions distinctes. » L'esprit se laisserait facilement entraîner à une telle conclusion; mais malheureusement, nous ne possédons sur ces faits qu'une mention sommaire, et, faute de renseignements suffisants, nous estimons qu'il est plus sage de réserver le cas.
§ IV. — Fusion plus ou moins complète avec Tangiulaire.
— Le muscle grand dentelé et l'angulaire de l'omoplate, que l'on peut considérer comme un faisceau divergent ou cervical du premier, sont séparés l'un de l'autre par un espace triangulaire dont l'un des sommets correspond à l'angle de l'omoplate, et dont les trois côtés sont constitués, en dehors, par le bord inférieur de l'angulaire, en bas par la première digitation du grand dentelé, en dedans par une ligne fictive réunissant l'apophyse transverse de la 4® cervicale à l'extrémité costale de cette première digitation. Une nappe celluleuse, acquérant bien souvent l'épaisseur et la résistance d'une véritable aponévrose, comble à l'état normal chez l'homme cet espace intermusculaire, réunissant ainsi, dans toute leur étendue, deux muscles déjà confondus à leur origine.
Il n'est pas rare de voir l'angulaire envoyer une ou deux digitations surnuméraires sur les apophyses transverses des 5® et 6® cervicales. Ces faisceaux surnuméraires se développent au sein du feuillet celhileux ou aponévrotique que j'ai signalé, et diminuent d'autant l'aire du triangle qui sépare le grand dentelé de l'angulaire; j'ai observé plusieurs fois cette disposition. Qu'on suppose une nouvelle digitation se rendant à la 7'' cervicale, et cet espace n'existera plus; le grand dentelé et l'angulaire formeront une seule nappe musculaire non interrompue qui, partant du bord spinal de l'omoplate (ligne d'insertion scapulaire) s'épanouira en éventail en se portant en avant et viendra s'insérer, par ses digitations inférieures et moyennes sur les côtes, par ses digitations supérieures sur les
apophyses transverses des vertèbres cervicales (lig7ie d'insertion vertébro-coslale) . Des faits de cette nature sont signalés par Henle (cité par Macalister) et par Sabatier.
Anatomie comparée. — Cette fusion de l'angulaire et du grand dentelé, anormale dans l'espèce humaine, est la règle dans un grand nombre d'espèces appartenant à la classe des Mammifères. Je l'ai notée pour ma part chez la guenon, le bonnet chinois, le chat, Y ours, le rat, etc. Voici du reste la disposition qu'olîre ce muscle trachélo-costo-scapulairQ dans les espèces les mieux connues :
Il part, chez la guenon, des 5 dernières cervicales et des 10 premières côtes (Testut).
— le bonnet chinois (Macacus sinicus), des 5 dernières cer-
vicales et des 10 premières côtes (Testut),
— le cynophale (Cyn. sphinx), des 7 dernières cervicales
et des 10 premières côtes (Broca).
— le magot, des 5 dernières cervicales et des 9 premières
côtes (Meckel).
- — les Lémuriens, des 4 ou 5 dernières cervicales et des 7 premières côtes (Milne-Edwards).
— le coaïta, des 6 dernières cervicales et des 10 premières
côtes (Meckel).
— le chat, des 3 dernières cervicales et des 9 ou 10 pre-
mières côtes (Strauss-Durckeim).
— le chat, des 3 dernières cervicales et des 10 premières
côtes (Testut).
— la marte, des 5 dernières cervicales et des 8 premières
côtes (Meckel).
— . l'hyène, des 6 dernières cervicales et des 8 premières
s côtes (Meckel).
' — le coati, de toutes les vertèbres cervicales et des 8 premières côtes (Meckel).
— l'ours blanc, des 5 dernières cervicales et des 10 pre-
mières côtes (Meckel)
— l'ours d'Amérique, des 6 dernières cervicales et des
10 premières côtes (Testut).
— l'aï, des dernières cervicales et des 7 premières côtes
(Meckel).
— le cochon, des 5 dernières cervicales et des 6 premières
côtes (Testut).
Il part, chez le daman, des 5 dernières cervicales et des 14 premières côtes (Meckel).
— le cheval, des 3 dernières cervicales et des 9 premières
côtes (Meckel).
— le mouton, des 5 dernières cervicales et des 8 premières
côtes (Meckel).
— ■ le porc-épic, des 3 dernières cervicales et des9 premières côtes (Meckel),
— la taupe, de la plupart des dernières cervicales et des
9 premières côtes (Meckel).
— le rat, des dernières vertèbres cervicales et des 8 pre-
mières côtes (Testut).
— le Siphneus, de l'occipital, de toutes les vertèbres cervi-
caleset des 10 premières côtes (Milne-Edwards).
— la civette (Viverra civetta), des 6 dernières cervicales,
dorsale et des 8 premières côtes, la 1'''' exceptée (Young).
— la civette (Viverra civelta), des 5 dernières cervicales et
des 8 premières côtes (Devis).
Au-dessous de la classe des Mammifères, nous voyons encore le grand dentelé et l'angulaire former une nappe musculaire non interrompue dans beaucoup d'espèces, entre autres chez les Lacertiliens, où Lannegrâce l'a décrit sous le nom de muscle trachélo-costo-épiscapulaire.
Bibliographie :
Macalister. Transact. of the Royal Irish Academy, 1871.
Young. Journ. of Anat. a. Phys., 1868, p. 210.
BiscHOFF. Beitrœge .zur Anatomie des Gorilla, Mûnchen, 1880.
Gratiolet et Alix. Recherches anatomiques sur le Troglodytes Aubryi
{Nouvelles Archives du Muséum, 1866).
Theile. Encycl. anat., t. III, p. 206.
WoOD. Proceed. of Roy. Soc. of London, t. XVI, p. 515. Maisonneuve. Ostéologie et Myologie du Vespertilio murinus, 1878, p. 181. Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres, 1880, p. 132. Testut. Recherches sur l'appareil locomoteur de l'Ursus americanus,
(en préparation).
Milne-Edwards. Myologie du Siphneus, 1868 (loc. cit.). Broca. L'ordre des Primates, in Bull. Soc. d'Anthr., 2« série^ t. IV, 1870.
ARTICLE V
(Synon. : siipracoslalis anterior de Bochdaleck, reclus thoracis, reclus slernalis de Turner, surcoslal antérieur de Broca).
On a confondu sous ces noms génériques des bandelettes musculaires fort variables dans leur forme, leur étendue, leur signification anatomique, et réunies par un seul caractère commun, celui de reposer directement sur les côtes, dans la région anléro-latérale du thorax. En tenant compte avant tout des horaologies de ces muscles anormaux, je crois qu'il convient de les diviser en trois groupes distincts et d'admettre : 1° des M. supra-costaux, provenant de l'extension aux premières côtes du muscle grand droit de l'abdomen, disposition fréquente chez beaucoup de mammifères; 2° des M. supra-costaux, reproduisant chez l'homme le petit muscle sterno-costal (surcostal antérieur) (Broca) des mammifères; 3° des M. supra-costaux, se rattachant manifestement au système des muscles scalènes.
§ I. — 3Iuscles supra-costaux provenant de rextension aux premières côtes du muscle g:rand droit de l'abdomen. — Les
anomalies musculaires se rattachant à ce groupe trouveront leur place naturelle à l'article consacré au muscle grand droit de l'abdomen (Voir chap. IV, art. i).
§ II. — Muscles supra-costaux reproduisant chez Thomme le muscle sterno-costal ou supra-costal des mammifères. —
Wood a fait connaître la première variété de ce muscle en 1865 : c'était un muscle mince, plat, rubanné, situé sur la face externe des quatre premières côtes, entre lesdigilations du grand dentelé et celles du petit pectoral; son extrémité supérieure, charnue, s'insérait sur la première côte un peu en dehors du cartilage; de là, les fibres musculaires se portaient en bas et prenaient successivement des points d'attache sur la face externe des S'',
3^ et 4" côtes. Cette bandelette musculaire était entièrement distincte des intercostaux dont la séparait une forte aponévrose.
Le même auteur a signalé, en 1867, un fait analogue, avec cette circonstance particulière qu'il ne descendait que jusqu'à la 3^ côte et qu'en s'insérant en haut sur la première, il présentait des connexions très nettes avec l'aponévrose cervicale et le scalène antérieur.
Dans les deux faits qui précèdent et aussi dans un troisième, que Wood a signalé depuis, l'anomalie était bilatérale.
Le muscle supra-costal a été rencontré plusieurs fois par Macalister. Le savant professeur de zoologie de l'Université de Dublin fait remarquer que ce muscle est habituellement plus étroit et plus épais à droite qu'à gauche. Du reste, dans ses observations, il a vu l'extrémité supérieure du supra-costal partir, comme dans le cas de Wood, d'un point voisin de l'extrémité inférieure du scalène et s'attacher à l'aponévrose cervicale tout aussi bien qu'à la côte.
Le professeur Turner a rencontré deux fois le muscle supracostal : une fois des deux côtés, une fois du côté droit seulement. Dans le second cas, le muscle s'étendait de la l""*^ côte à la 4". Dans le premier, il se détachait de la 5*= côte en dedans de la digitation correspondante du grand dentelé, se portait en haut et un peu en dedans, recevait des 4*= et 3" côtes un faisceau de renforcement et venait s'attacher, par une extrémité relativement étroite, sur la face externe delà 1''^ côte, entre l'insertion du sous-clavier et l'insertion du scalène (Voir dessin de ce muscle Journ. of Anat. and Phys., mai 1868, p. 393).
Depuis la publication du mémoire de Turner, Roberts, Boch- / daleck, Pye-Smith et Shepherd, ont observé chacun un cas de supra-costal étendu de la 1'''' côte à la 4®.
Je n'ai rencontré qu'une fois, depuis trois ans, le muscle supra-costal de Wood, sur le côté gauche, et sur un homme d'une quarantaine d'années. Comme il ne diffère sur aucun point essentiel des cas que j'ai analysés, je me contente de le signaler ici, me réservant d'en publier le dessin dans mon Atlas.
Anatomie comparée. — Cherchant à déterminer la signification anatoinique du supra-costal, ïurner considère ce muscle comme étant l'homologue du redus stenialis hruiormn, c'est-àdire de la portion Ihoracique du grand droit de l'abdomen qui, dans plusieurs espèces, s'étend jusqu'aux premières côtes. Cette opinion ne paraîtra guère admissible, si l'on songe que le supra-costal n'atteint jamais le grand droit et que, d'autre part, il est plus éloigné du plan médian que le reclus thoracis des mammifères.
La théorie des intersections fibreuses, invoquée par Turner pour expliquer la non-continuité du grand droit et du supracostal, ne saurait infirmer notre opinion, attendu que les deux portions, que le savant anatomiste d'Edimbourg voudrait réunir, ne sont pas situées sur la même ligne droite et offrent même parfois une direction sensiblement divergente.
Avec M. Wood, nous préférons rattacher le muscle supra-costal de l'homme à une formation musculaire que l'on rencontre fréquemment dans la série zoologique et qui a été décrite par Cuvier sous le nom de muscle sterno-coslal, par Broca sous la dénomination plus exacte de muscle surcostal antérieur. Ce muscle, qui peut varier dans son développement, mais qui ne varie pas au point de vue de sa situation et de son insertion supérieure, se détache de la première côte, en avant de l'extrémité inférieure du scalène antérieur; il descend sur la côte ou les côtes suivantes, et vient se terminer, suivant les espèces, sur le bord correspondant du sternum, sur les côtes sous-jacentes ou même sur le bord latéral de l'aponévrose du reclus thoracis. Il est toujours situé au-dessous des pectoraux, en dedans du grand dentelé, en dehors du grand droit et de son prolongement thoracique. C'est, comme on le voit, la répétition de notre muscle supra-costal.
La description succincte de ce muscle dans quelques espèces confirmera cette manière de voir : chez le chien, il s'insère par son extrémité inférieure, non pas au sternum, mais sur les deuxièmes et sur les troisièmes cartilages costaux. La même disposition s'observe chez le blaireau. Chez le lapin, le muscle
est court, mais large, et s'étend de la première côte, au deuxième cartilage costal, jusqu'au sternum. Il existe encore chez le rat de Norwège et Vécurevil, où il prend insertion sur la première côte, entre le sous-clavier et le scalène antérieur, et, franchissant le rectus thoracis, vient rejoindre sur le sternum les fibres profondes du grand pectoral (Wood).
Dans l'ordre des Primates, je l'ai rencontré chez le honjiet chinois, sous la forme d'un petit muscle qui se détachait de la première côte en avant du scalène et venait s'attacher, à la hauteur du 3® espace intercostal, sur le bord latéral du tendon supérieur du muscle grand droit, qui atteint dans cet espace la l""® côte. Broca l'a observé avec une disposition semblable chez le cynocéphale sphynx. Je l'ai retrouvé et décrit chez la guenon. Cuvier et Laurillard l'ont représenté, dans leur atlas, chez le magot, le porc-épic et Vagouti.
Chez le pécari, il est constitué par deux larges digitations qui ne ressemblent nullement à un prolongement thoracique du muscle grand droit de l'abdomen ; chez le cochon, les fibres antérieures du muscle intercostal croisent le 2*' cartilage costal, pour s'insérer au sternum au-dessous de ce cartilage, constituant ainsi un premier degré de développement d'un muscle supracostal. Chez Vâne, le muscle existe aussi, constitué par une seule digitalion (Wood).
Le fourmilier didactyle nous présente à cet égard une disposition bien instructive: nous voyons chez cet animal, sur la face antérieure du thorax, un long muscle qui part de la l''" côte et vient s'insérer sur la face externe des 9", 10^ et 11* côtes. Avec Wood nous n'hésitons pas à voir dans ce long muscle l'image agrandie du supra-costal, plutôt qu'une dépendance du rectus thoracis qui coexiste en dedans de lui, chez le même animal, bien développé et bien distinct (*).
Le muscle supra-costal . disparaît chez les singes anthropo-
(<) Ces deux muscles ne sauraient être confondus; chez quelques mammifères, chez le i^at entre autres, on voit le sterno-costal croiser le grand droit pour se rendre au sternum et former avec ce dernier deux plans fort distincts, reposant l'un sur l'autre. (Voir la gravure de Wood, Trans., pl. XI, âg. 26.)
morphes. Je n'en ai trouvé aucune menlion dans les mémoires si complets de Gratiolet et d'Alix, sur les Troglodytes Auhryi, de Bischofî, sur le gibbon cendré et sur le gorille, de Vrolik, sur le chimpanzé, etc.; je n'en ai constaté moi-même aucune trace sur le Troglodytes niger que j'ai disséqué.
§ III. — Muscles supra-costaux se rattachant manifestement au système des scalènes. — Lawson Tait a vu un muscle supra-costal s'étendre des quatre premières côtes à la colonne cervicale. Il naissait sur le bord supérieur des et i*' côtes, sur le bord inférieur des %^ et 3®, se dirigeait en haut, entre le scalène antérieur et le scalène moyen et se résolvait à ce niveau en une série de languettes musculo-tendineuses, qui venaient s'attacher aux apophyses transverses des six dernières vertèbres cervicales.
Dans un fait analogue, observé par Curnow, le muscle supracostal se détachait du bord supérieur de la 3® côte, au niveau des digitations du grand dentelé ; il croisait les vaisseaux sousclaviers et les cordons nerveux du plexus brachial, et, après avoir donné quelques filets anastomotiques au scalène moyen, il se jetait sur un tendon long et grêle, lequel rejoignait le scalène antérieur au niveau de son insertion à la cervicale. D'après Curnow, M. Pye-Smith a signalé dans les Guy's Hospital Reports de 1871, un troisième fait où se trouve nettement consignée l'union du supra-costal avec le scalène moyen.
Evidemment, ces derniers faisceaux doivent être rattachés au système des scalènes, et nous aurons à les signaler de nouveau en étudiant les anomalies de ces derniers muscles. Ils se séparent ainsi nettement des formations anormales décrites dans le groupe précédent; j'estime toutefois que les variétés des muscles supra-costaux qui s'attachent à l'aponévrose cervicale doivent être considérées comme des intermédiaires entre les deux groupes, unissant de cette façon ceux qui s'arrêtent à la première côte, et ceux qui s'élèvent, avec les scalènes, jusqu'aux apophyses transverses de la colonne cervicale.
Peut-être pourrions-nous, dans cette voie essentiellement
synthétique, nous laisser entraîner plus loin, et devrions-nous réunir, en un groupe unique, les deux groupes précédemment décrits. Il faudrait, on le conçoit, pour qu'une pareille conclusion fût légitime, que le supra-costal des mammifères ne fût qu'une dépendance du scalène antérieur. Nous ne pouvons fournir pour le moment la démonstration de ce fait, mais en considérant les rapports intimes de ces deux muscles sur la l""® côte, en voyant le scalène antérieur se terminer exactement là où le supra-costal commence, en voyant le premier continuer à la région cervicale la direction que le second présente sur le thorax, nous avons de fortes présomptions pour croire que ces deux muscles n'en forment en réalité qu'un seul. Et ceci n'est pas seulement une vue théorique ; des faits d'anatomie comparée nous autorisent à le penser et à l'écrire : chez la panthère, on voit, d'après Wood, un faisceau musculaire se détacher des scalènes et aller renforcer le supra-costal. Chez le phoque, le professeur Humphry a vu des faisceaux musculaires, émanant du muscle sterno-costal, se rendre directement dans la masse du scalène antérieur. Dans le Bradypus iridaclylus, il existe, au dessous des scalènes, un faisceau musculaire que Wood considère comme le supra-costal des mammifères, et Cuvier, comme la partie inférieure du scalène antérieur.
Cette fusion en un groupe unique, des faits décrits à part dans ce paragraphe et dans le précédent, facilite singulièrement l'étude des muscles supra-costaux au point de vue particulier qui nous occupe : la détermination de leur signification et de leurs homologies dans la classe des mammifères. Il ne nous reste plus en effet que deux groupes de muscles anormaux; des muscles supra-costaux qui se rattachent au grand droit de l'abdomen [reclus thorncis de Turner) et des muscles supra-costaux qui dépendent des scalènes (muscle supra-costalis de Wood); ou, en des termes plus explicites :
1^ Des muscles supra-costaux qui sont le prolongement sur thorax du muscle grand droit de l'abdomen ;
2° Des muscles supra-costaux qui sont le prolongement sur le thorax du scalène antérieur ou du scalène moyen.
Bibliographie :
WooD. Proc. of. Roy. Society of London, 1865 et 1867.
TuKNER. Journ. of Anat. a. Phys., may 1868, p. 393.
ROBERTS. Livcrpool ined. and surg. Reports^, 1867.
BocHDALECK. Vij-c/ioiv's Arck.j uov. 1867.
Pye-Smith. Virchow's Arch., t. XLIII, p. 142.
Shepherd. Journ. of Anat. and physiol., t. XV, p. 294.
WooD. Transact. of Roy. Soc. of London, 1869.
Lawson Tait. Journ. of Anat. and Phys., 1870, p. 378.
HuMPHRY. Mémoire sur la myologie de Tantéater du Cap et du phoque.
CuviER et Laurillard. Planches de myologie comparée.
ARTICLE VI