‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 154 sur 177 · ESSAI DE CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

ESSAI DE CLASSIFICATION

a) — L'insertion ordinaire étant conservée, il peut s'en ajouter une Q.\i\,ve (insertion surajoutée). Tels sont : le faisceau sternomaxillaire du sterno-cléido-mastoïdien ; le faisceau tendineux envoyé par l'extenseur propre de l'index aux plialanges du médius, etc. , etc. Ces insertions surajoutées peuvent être luulliples.

(i) — L'insertion normale peut être diminuée ou augmentée en étendue. L'insertion du scalène postérieur à la 1'''* côte seulement, l'insertion du petit pectoral limitée à deux côtes nous offrent des exemples de la première modalité; la deuxième nous est fournie par l'extension du grand droit de l'abdomen à la et à la 5^ côte, par l'insertion du petit pectoral soit sur la 2^, soit sur la 6^ côte.

y) — L'insertion peut être déplacée, c'est à dire se faire sur une surface osseuse, voisine de celle où elle a lieu d'habitude. Tel est le petit pectoral qui, au lieu de s'arrêter sur l'apophyse coracoïde, son point d'insertion normal, s'étend jusqu'à l'acromion ou même l'humérus; tel est encore l'omo-hyoïdien qui, au lieu de prendre naissance sur le bord supérieur du scapulum, se détache de la base de l'apophyse caracoïde, du ligament coracoïdien ou même de la clavicule.

à) — Enfin une insertion peut être supprimée; j'entends par là qu'un muscle, au lieu de s'étendre jusqu'à la surface osseuse qui lui donne naissance ou sur laquelle il se termine, s'arrête en route, plus ou moins dégénéré, et se perd soit sur une aponévrose, soit sur une gaine tendineuse, soit sur un tendon ou même dans le tissu cellulaire. Une pareille disposition, assez rare quand il s'agit des muscles existant normalement chez l'homme, nous est fréquemment offerte par les faisceaux surnuméraires, dont le développement est souvent fort incomplet. Je rappellerai ici tous les faisceaux surnuméraires du cou des régions antérieure et postérieure de la jambe, qui se perdent sur les aponévroses et que nous avons appelés parfois des tenseurs aponévrotiques .

Toutes les modalités d'anatomie anormale que je viens de décrire se trouvent résumées, succinctement et dans le même ordre, dans le tableau suivant :

La grande majorité des anomalies observées trouveront place dans le tableau qui précède. Il en est quelques-unes assurément qu'il serait difficile d'y faire entrer, mais elles sont peu nombreuses, etne s'observent que fort rarement; il ne me paraît pas utile de créer pour elles de nouveaux groupes et de compliquer encore ce tableau déjà si complexe.

ARTICLE V

Les variations anatoraiques des muscles de l'homme n'étant le plus souvent que des retours à un type inférieur, que l'on retrouve encore dans quelques espèces placées au-dessous de lui dans la série zoologique, il me paraît tout naturel de penser que les animaux doivent présenter également des variations de leur système musculaire, tendant à reproduire de même des formes qui sont normales chez d'autres animaux. Cette conception à priori se trouve grandement légitimée par les travaux de dissection. J'ai rencontré, pour ma part, des variations nombreuses chez les chiens et les chats, que l'on peut se procurer le plus facilement et que, pour cette raison, on dissèque toujours en plus grand nombre. J'ai disséqué plusieurs cercopithèques du Sénégal et je serais très embarrassé s'il me fallait, pour certains muscles, indiquer quel est l'état normal. J'ai disséqué de même deux renards, et il s'en faut de beaucoup que la même description convienne aux muscles de même nom.

Mes conclusions sur ce point se trouvent confirmées par les recherches de plusieurs anatomistes. Nous avons déjà eu l'occasion de relever un grand nombre de dissemblances entre les muscles de même nom des chimpanzés disséqués par Vrolik, Gratiolet et Alix, MacaHster, Humphry, Bischoff, Champneys, etc. Mûrie et Mivart, qui nous ont donné de la myologie des Lémuriens une description si complète, ont

noté, dans plusieurs muscles de ces animaux, un grand nombre de variations. La description des muscles de la civette, qui nous a été donnée par Young en 1880, ne ressemble pas toujours à la description des mêmes muscles qui avait été faite, douze ans auparavant par Devis. Le phoque étudié par Humphry difTère sur certains points du phoque disséqué par Duvernoy. J'ai disséqué avec le plus grand soin, en 1881, un jeune Ursus americanus; ma description des muscles difîère, sur bien des points, de la myologie de Vours, telle qu'elle a été écrite autrefois par Meckel, telle qu'elle vient d'être faite, il y a quelques mois à peine, par le professeur Schepherd, de Montréal.

Je pourrais multiplier ces exemples, mais je crois avoir suffisamment établi, par les faits qui précèdent, la variabilité des muscles chez les animaux. Une question complémentaire des plus intéressantes serait de rechercher le sens dans lequel s'effectuent ces variations; je veux dire si les anomalies musculaires des animaux reproduisent un type normal chez des animaux inférieurs (anomalies réversives), ou bien se rapprochent d'une disposition caractérisant des espèces plus élevées dans la série (anomalies "progressives) . La présence d'anomalies réversives chez les animaux n'est pas douteuse, et Humphry fait remarquer, à ce sujet, qu'un animal «est vraisemblablement plus porté à varier dans la direction d'un animal rapproché de lui dans l'échelle zoologique et lui ressemblant, que dans la direction d'un animal plus éloigné et lui étant dissemblable». Mais existe-t-il de même des anomalies progressives? Trouve-t-on chez les animaux des anomalies musculaires tendant à reproduire des dispositions appartenant à des animaux supérieurs? Peut-on notamment rencontrer, dans le système musculaire des singes anthropoïdes, des dispositions humaines? Les matériaux que nous possédons sur ce sujet sont notoirement insuffisants pour résoudre la question. Je dois me borner à en signaler l importance, et à appeler sur elle l'attention de tous leszootomistes, des anatomistes vétérinaires en particulier, qui, par la nature de leurs travaux, dissèquent chaque année un grand nombre d'espèces semblables.

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