VIII PRÉFACE
dres variations individuelles qui, transmises par hérédité, développées et fixées par la sélection naturelle aussi bien que par la sélection artificielle, se développent de manière à devenir des caractères de variétés, de races, enfin d'espèces. Sous l'influence modificatrice du milieu extérieur, surtout lorsque cette influence s'exerce pendant les phases embryonnaires, ou bien par l'eftèt de l'usage ou du défaut d'usage des parties, tel individu présente un caractère qui le différencie, parfois à un degré presque imperceptible, d'avec ses procréateurs et d'avec ses frères. Si ce caractère différentiel constitue pour lui un avantage dans la lutte pour l'existence, il procurera ce même avantage à ceux de ses descendants auxquels il aura été transmis, et, se fixant et s'accentuant chez ceux-ci en vertu des lois de l'hérédité et de la sélection, il deviendra, de simple variation à l'origine, caractère distinctif d'une race puis d'une espèce nouvelle. Ainsi, ce qui était primitivement anomalie, variation individuelle, est devenu la forme dominante, la règle, la caractéristique.
Mais n'oublions pas que cette caractéristique a été lentement acquise; or, les phases successives de cette acquisition phylogénique, la nature les reproduit pendant le développement ontogénique de chacun des individus qui seront pourvus du caractère en question; c'est qu'en effet, par la génération, le produit n'hérite pas purement et simplement de telle particularité transmise par ses parents, mais l'étude des faits d'hérédité montre que ce que les parents transmettent au produit c'est la faculté de passer graduellement, et d'une manière plus ou moins abrégée, par les phases successives qui ont abouti, chez les ancêtres, à l'acquisition de la particularité eiï question. Dans ces conditions, il est facile de concevoir qu'un