‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 51 sur 177 · CHAPITRE II Région sous hyoïdienne · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Région sous hyoïdienne

Située entre les deux muscles sterno-cléido-mastoïdiens, audessus de^la fourchette sternale et au-dessous de l'os hyoïde, la région sous-hyoïdienne renferme, à l'état normal, quatre muscles; ce sont : le sterno-cléido-hyoïdien, le ster no-thyroïdien, le thyro-hyoïdien et Vomo-hyoïdien. J'éludierai tout d'abord les variations morphologiques de ces muscles et décrirai ensuite, dans un article distinct, quelques faisceaux surnuméraires qui apparaissent de temps à autre dans cette région chez l'homme.

ARTICLE PREMIER

ANOMALIES DU MUSCLE STERNO-CLÉlDO-HYOIDIEN.

Le plijs superficiel des muscles de celte région, le sternohyoïdien est un ruban charnu de 15 à 25 millimètres de

MUSCLE STERNO-CLÉIDO-HYOIDIEN. 237

largeur, s'insérant en bas tanlôt sur l'extrémité interne de la clavicule, tantôt sur le sternum, le plus souvent sur l'un et l'autre de ces deux os, et venant s'attacher en haut sur le bord inférieur de l'os hyoïde, en dedans de l'omo-hyoïdien, en avant du thyro-hyoïdien. Contigus au niveau de leur extrémité supérieure, les deux muscles sterno-hyoïdiens s'écartent graduellement l'un de l'autre en gagnant la région sterno-claviculaire, de façon à circonscrire entre eux un espace triangulaire à base inférieure et dont la largeur varie, on le conçoit, avec l'étendue des insertions sternales.

§ I. — Variations des insertions inférieures. — II résulte de mes propres observations que l'insertion inférieure de ce muscle se fait le plus souvent, par le plus grand nombre des faisceaux, sur l'extrémité interne de la clavicule et du ligament sterno-claviculaire postérieur, par quelques faisceaux seulement, sur le sternum ou même le premier cartilage costal. Mais on le voit, dans quelques cas, étendre ses insertions sternales jusqu'à quelques millimètres seulement de la ligne médiane, comme aussi il peut se détacher uniquement de la clavicule : cette dernière disposition serait même assez commune pour que certains analomistes aient cru devoir substituer au terme classique de sterno-hyoïdien, la dénomination plus exacte, selon eux, de cléido-hyoïdien.

Mes propres recherches ne ra'e permettent pas d'adopter une pareille opinion : j'ai presque toujours vu les faisceaux internes du muscle descendre jusqu'au sternum; je suis d'accord en cela avec les observations de Schwegl qui n'a observé le cléidohyoïdien que trois fois sur 100 sujets [Sitzungsb. d. k. Akad. Vien., Bd XXXIV, p. 51). Quant au sterno-hyoïdien, c'est-àdire à un muscle s'insérant exclusivement sur le sternum, il n'a été rencontré que très rarement. Les dénominations de cléido-hyoïdien et de sterno-hyoïdien appliquées, en analomie normale, au muscle qui nous occupe, me paraissent donc également défectueuses et doivent être remplacées par le terme de sterno-cléido-hyoïdien , rappelant la double insertion

claviculaire el sternale et convenant au plus grand nombre de cas.

Les muscles sierno-hyoïdien et cléido-hyoïdien sont donc des anomalies : Kelch et après lui Relzius ont vu le cléido-hyoïdien prendre ses attaches jusque sur le tiers moyen de la clavicule. Macalister a vu le sterno-cléido-hyoïdien se détacher dans un cas du ligament sterno-claviculaire, et dans un autre s'insérer à la fois sur le même ligament et sur le premier cartilage costal.

Analomie comparée. — Ces diverses insertions se rencontrent à l'état normal dans la série des vertébrés; c'est ainsi que nous voyons ce muscle se détacher :

1° Du sternum seulement (sierno-hyoïdien) chez le fourmilier (Meckel) et chez la plupart des Edentés (Cuvietj, chez les Lémuriens (Milne-Edwards);

2" De la clavicule seulement (cléido-hyoïdien) chez les Chéloniens (Meckel, t. VTII, p. 101);

3° Du premier cartilage costal (chondro ou costo-hyoïdien) chez le chien (Meckel) et chez le chat (Strauss-Durckeim).

§ II. — Duplicité du muscle. — Sous ce titre, je distinguerai deux ordres de faits :

1° Dans un premier groupe, on voit en dehors d'un sternocléido-hyoïdien normal ou un peu diminué de volume, un deuxième muscle aplati et l'ubanné, se détachant du tiers moyen de la clavicule et rejoignant, pour se confondre avec lui, le muscle normal. Du reste la réunion des deux muscles s'opère suivant deux modes différents : tantôt le faisceau surnuméraire, marchant obliquement en haut et en dedans à la rencontre du muscle normal, atteint ce dernier à la hauteur de son tiers supérieur et se confond graduellement avec lui; tantôt, suivant un trajet plus direct, il aborde le sterno-cléido-hyoïdien à la hauteur de son tiers moyen, et se réunit à lui au niveau d'une intersection aponévrotique qui existe presque toujours dans ce cas. Dans l'un et l'autre de ces deux modes d'union, le muscle sterno-cléido-hyoïdien et son faisceau de renforcement circons-

MUSCLE STERNO-CLÉIDO-HYOIDIEN. 2l39

crivent entre eux un espace Iriangulaire dont le sommet dirigé en haut est plus ou moins aigu.

Bien que le faisceau accessoire puisse exister (j'en ai observé deux cas) sans troubler en rien la morphologie générale de l'omo-hyoïdien, il remplace parfois ce dernier muscle (j'en ai observé deux cas). Ce dernier fait nous démontre assez nettement que cette première forme du cléido-hyoïdien accessoire appartient tout autant à l'omo-hyoïdien qu'au sterno-cléido-hyoïdien. Une pareille assertion paraîtrait toute naturelle si le sterno-cléidohyoïdien et l'omo-hyoïdien qui sont réunis en haut, n'étaient pas séparés en bas par un large triangle que remplit l'aponévrose cervicale moyenne, si l'un et l'autre n'étaient que deux faisceaux divergents d'un même système. C'est ce que nous démontrerons dans l'article IV de ce chapitre (voyez oniohyoïdien) en établissant, à l'aide de l'anatomie comparée, que le sterno-cléido-hyoïdien et l'omo-hyoïdien sont l'un et l'autre les restes d'une lame musculaire unique qui, complète chez certains vertébrés, a perdu chez l'homme ses faisceaux moyens; dans ce cas, on le conçoit, le cléido-hyoïdien accessoire n'est qu'un retour, qu'une reproduction de ces faisceaux moyens atrophiés.

Si" Dans un deuxième groupe de faits, je comprendrai les cas oii le sterno-cléido-hyoïdien est réellement constitué par deux faisceaux parallèles, séparés l'un de l'autre non par un triangle aponévrotique, mais bien par une ligne celluleuse plus ou moins marquée. J'ai rencontré deux fois, pour ma part, une pareille disposition.

a) — Dans le premier cas (février 1882), j'ai observé du côté droit du cou, en dehors du sterno-cléido-hyoïdien cjui était normal, un petit ruban musculaire large de 14 millimètres, ayant la même direction que ce dernier muscle; il s'insérait en bas sur le bord postérieur de la clavicule, à l'aide de fibres tendineuses excessivement courtes, en haut sur le bord inférieur de l'os hyoïde; un interstice celluleux le séparait du sternocléido-hyoïdien dans toute sa hauteur.

|5j — Dans le deuxième cas (avril 1881), le muscle surnuméraire ressemblait au précédent quant à sa forme et à sa

situation; il était cependant un peu plus large et se subdivisait à la hauteur des premiers anneaux de la trachée, en deux faisceaux distincts : l'un se portait sur l'os hyoïde et se fusionnait avec l'omo-hyoïdien et le sterno-cléido-hyoïdien ; l'autre s'arrêtait au bord postérieur du cartilage thyroïde et s'y insérait, en se confondant en partie avec les fibres inférieures du constricteur inférieur.

Anatomie comparée. — Chez le Troglodijtes Aubryi, disséqué par Graliolet et Alix, le sterno-cléido-hyoïdien présentait une intersection aponévrotique un peu au-dessous du cartilage cricoïde; la partie du muscle sous-jacent à cette intersection pouvait facilement se diviser en deux portions qui s'attachaient l'une et l'autre au sternum.

Le sterno-hyoïdien de mon chimpanzé (Trogl. niger) était constitué également par deux bandes musculaires un peu moins aplaties que le muscle sterno-cléido-hyoïdien de l'homme. Elles s'inséraient en bas, à côté l'une de l'autre, sur la face postérieure du sternum; elles se portaient ensuite en haut, restaient contiguës, quoique distinctes, jusqu'à % centimètres au-dessus de la fourchette sternale et s'écartaient ensuite l'une de l'autre pour gagner l'os hyoïde, au niveau duquel elles se trouvaient séparées par un espace de 121 millimètres. De ces deux faisceaux musculaires, l'interne s'attachait à l'os hyoïde, l'externe à la grande corne.

Des cas de double sterno-cléido-hyoïdien sont signalés par Oribasius,, par Sœmmering, par Gruber, par Schwegl, par Schraidlmuller. Dans le cas rapporté par ce dernier auteur, le cléido-hyoïdien surnuméraire remplaçait l'omo-h-yoïdien absent. Dans un cas fort curieux observé sur un nègre où le muscle sterno-cléido-hyoïdien recevait un cléido-hyoïdien accessoire, M. Ghudzinski a vu le premier muscle se transformer en aponévrose au-dessous du pornt de réunion des deux faisceaux.

§ III. — Intersections aponévrotiques sur le trajet du muscle. — La présence d'une intersection à la réunion du tiers inférieur avec le tiers moyen est très fréquente. Elle

MUSCLE STERNO-CLÉIDO-HYOIDIEN. Slil

coupe la totalité ou une partie seulement des faisceaux consti- , tutifs du muscle. Elle est transversale ou oblique, et dans ce dernier cas, elle est généralement, toujours peut-être, dirigée de dehors en dedans et de haut en bas. Macalistcr signale, mais comme se rencontrant très rarement, une deuxième intersection au niveau du point où le^sterno- thyroïdien se continue avec le thyro-hyoïdien.

J'ai retrouvé ces intersections chez des sujets nègres ainsi que sur un chimipamé. Elles sont signalées chez les Solipèdes par Meckel et par Chauveau. Je me suis étendu assez longuement sur leur signification en Anatomie générale, pour n'avoir pas besoin d'y revenir ici.

§ IV. — Union du sterno-cléido-hyoïdien avec son semblable du côté opposé. — Cette union peut se faire de deux façons : 1° par un faisceau anastomotique se portant d'un muscle à l'autre ; 2° par la disparition, sur une longueur plus ou moins considérable, de l'interstice qui, à l'état normal, sépare les deux muscles. La première disposition a été trouvée dans le laboratoire de KôUiker, par son prosecteur Max Flesch; la deuxième a été notée par Macalister et par moi-même. Le 23 décembre 1880, j'ai vu les deux sterno-cléido-hyoïdiens se confondre par leurs insertions sternales et rester ainsi intimement fusionnés, jusqu'à trois centimètres au-dessus de la fourchette. Changeant sa disposition ordinaire, le triangle séparatif des deux muscles avait sa base en haut.

Anatomie comparée. — Les deux sterno-cléido-hyoïdiens se trouvent réunis à l'état normal chez le cheval (Chauveau et Arloing).

Chez le gorille, Bischofî a vu les sterno- hyoïdiens, avant d'atteindre le sternum, devenir aponévrotiques par leur côté interne, et se confondre à ce niveau dans une étendue de deux centimètres. Une pareille fusion des deux muscles symétriques est signalée chez la chauve-souris par M. Maisonneuve : « Le droit et le gauche, dit-il, sont réunis sur la ligne médiane, assez intimement en certains endroits, pour faire croire au premier abord à un seul muscle impair. »

2l42 LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.

§ V. — Union du muscle sterno-cléido -hyoïdien avec quelques muscles voisins. — On a vu le muscle sterno-cléidohyoïclien réuni plus ou moins intimement :

a) — Avec l'omo-hyoïdien. — A l'état normal, les deux muscles se confondent généralement au niveau de leurs insertions hyoïdiennes; la disposition dite anormale ne serait donc que l'exagération de l'état normal. Nous verrons plus loin que le sterno-cléido-hyoïdien et l'omo-hyoïdien sont réunis, en un muscle unique, chez quelques espèces animales. (Voyez omohyoïdicn.)

13) — Avec le myio-hyoïdien. — Mac Whinnie a VU un faisceau aberrant du sterno-cléido-hyoïdien franchir l'os hyoïde et se perdre dans le mylo-hyoïdien.

Analomie comparée. — L'insertion du sterno-hyoïdien à l'os hyoïde est assez constante dans la série animale; il existe cependant quelques espèces chez lesquelles le muscle ne fait que glisser sur l'os hyoïde pour se porter dans la région hyoniaxillaire. Chez le pangolin, ou encore chez le Dasypus et chez le fourmilier, le sterno-hyoïdien franchit les limites de l'os hyoïde sans lui abandonner aucun faisceau et vient se perdre dans les muscles de la base de la langue. Je t-ais bien que Cuvier fait de ce muscle sterno-glosse un muscle à part et décrit au-dessous de lui, comme représentant le sterno-hyoïdien de l'homme, un deuxième faisceau musculaire se rendant du sternum à l'os hyoïde; mais Meckel a démontré que ce dernier muscle ne se rend qu'au cartilage thyroïde, qu'il n'est, en conséquence, qu'un sterno-lhyroïdien, tandis que le premier constitue, en réalité, un sterno-hyoïdien dont l'insertion supérieure a été déplacée.

y) — Avec le sterno-thyroïdien. — Cette union du Sterno-hyoï-

dien et du sterno-thyroïdien a été notée par Albinus et par quelques analomistes modernes, Macalister entre autres.

Anatomie comparée. — C'est encore la reproduction d'une disposition que l'on rencontre chez un grand nombre de Mammifères. Chez les Ruminants, chez les Monotrèmes, chez la plupart des Carnassiers (Meckel), l'abaisseur de l'os hyoïde et

MUSCLE STERNO-CHONDRO-THYROIDIEN. 243

l'abaisseur du larynx sont confondus dans leur portion inférieure d'une façon plus ou moins intime. Chez les Solipèdes (Chauveau), les deux muscles ne se séparent qu'au niveau de l'intersection aponévrotique ; une disposition analogue est décrite, chez le chat, par Strauss-Durckeim. J'ai trouvé les deux muscles également confondus chez Vours jusqu'à 3 centimètres au-dessous du larynx. Chez Y ornithorynque enfin, cette fusion est tellement intime qu'on a pu rejeter, dans cette espèce, la présence d'un slerno-hyoïdien et considérer comme tel « des faisceaux se détachant du sterno-thyroïdien pour s'avancer jusqu'à l'os hyoïde ». .

Sœmmkring. Loc. cit., p. 115.

Kelch. Path. anat. (loc. cit.).

Oribasius. Opéra, p. 202.

SCHWEGL. Sitzungsb. d. k. Akad. Vien, Bd XXXIV, p. 51. Meckel. Anat, comparée, t. VI et VIII.

Steauss-Durckeim. Anat. du chat, t. II.

CuviER. Leçons d'Anatonie comparée, t. IV.

Grubek. Bull, de l'Acad. imp. de Saint-Pétersbourg, 1873, col. 154-157. ScHMiDTMULLER, cité par Gruber. Loc. cit. Chudzinski. Reoue d'Anthrop., t. III, p. 408.

Maisonneuve. Ostéologie et myologie du Vespertilio murinus, 1878, p. 210.

Macalister. Transact. of Roy. Ir. Acad., 1871.

Mac Whinnie, cité par Macalister. Loc. cit.

WoOD. Proced. of Roy. Soc. of London, t. XVI, p. 490.

M. Flesch. Varietœten Beobachtungen, etc., Wiirzburg, 1879.

ARTICLE II

ANOMALIES DU STERNO-CHONDRO-THYROÏDIEN.

Recouvert en partie par le précédent, le muscle sternochondro-thyroïdien se détache, en bas, de la face postérieure de la poignée sternale et du premier cartilage costal. Se portant ensuite en haut et légèrement en dehors, il atteint la face externe du cartilage thyroïde où il se fixe sur une corde ligamenteuse qui unit les deux tubercules de cette face externe.

2i44 LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.

Conligus ou même fusionnés au niveau de leur insertion sternale, les deux sterno-chondro-thyroïdiens sont séparés, à la hauteur du cartilage thyroïde, par un espace de plusieurs millimètres, d'où la formation entre ces deux muscles d'un intervalle triangulaire à base supérieure. Les anomalies que peut présenter ce muscle sont pour la plupart peu importantes, je les étudierai dans l'ordre suivant :

§ I. — Variations des insertions inférieures. — Elles se réduisent à l'absence de faisceaux chondraux (M. sternothyrdïdien) ou à l'addition de quelques faisceaux provenant de la clavicule (M. sterno-déido-thyroidien). Cruveilhier mentionne cette dernière disposition.

Duvernoy a vu le sterno-thyroïdien de son gorille se détacher uniquement du sternum; j'ai trouvé moi-môme chez le chimpanzé les faisceaux externes du même muscle prenant naissance sur la clavicule.

§ II. — Absence du muscle. — Je ne connais qu'un fait d'absence du muscle sterno-chondro-thyroïdien ; il est signalé par Macalister cjui l'attribue à Otto. Est-ce que, dans ce cas, le nuiscle sterno-chondro-thyroïdien n'était pas fusionné, avec le sterno-cléido-hyoïdien, comme on l'observe chez quelques IMammifères?

Walsham a signalé l'absence de la portion moyenne de ce même muscle sur le côté gauche d'un sujet qu'il a disséqué à

Bartholomews Hospital en 1879. Le muscle, plus étroit qu'à l'ordinaire, se détachait en bas du sternum et se terminait, à la hauteur des premiers anneaux de la trachée, sur la gaîne des vaisseaux carotidiens (^) ; d'autre part, la portion supérieure de ce muscle descendait de l'os hyoïde sur le lobe gauche du corps thyroïde; un intervalle de plusieurs centimètres séparait à ce niveau les deux portions charnues. L'anatomiste

(') Macalister et Hans Vircliow ont également noté des faisceaux du sterno-thyroïdiea qui partaient de la gaîne des vaisseaux carotidiens ou s'y terminaient.

MUSCLE STERNO-CHONDRO-THYROIDIEN. ^45

anglais rappelle à ce propos la présence, sur le trajet de ce muscle, d'intersections aponévrotiques, l'aspect du muscle abaisseur de l'os hyoïde, chez les animaux à long cou, la girafe par exemple, où il est constitué par une série de segments alternativement charnus et tendineux, et explique l'anomalie qu'il a observée par un arrêt de développement, portant sur un des segments du sterno-chondro-thyroïdien.

§ III. — Duplicité du muscle. — Des faisceaux additionnels ou accessoires du sterno-chondro-thyroïdien ont été observés par Gunz, Kelch, Tarin, Hallet, Wood, Macalister, Gurnow, Cruveilhier et moi-même. Ces faisceaux, fort variables en dimension, varient aussi beaucoup quant à leur origine et leur situation; placés le long du bord interne du muscle normal, comme dans le cas de Gurnow, ils se détachent du sternum; placés au contraire en dehors, ils prennent naissance soit sur le premier cartilage costal (Cruveilhier), soit sur la clavicule (Walshamj. Dans un cas, Wood a vu le faisceau claviculaire partir du bord postérieur du tiers moyen de la clavicule.

D'autre part, les faisceaux de renforcement du sterno-chondro-thyroïdien peuvent rejoindre ce dernier muscle à des hauteurs variables ou rester distincts dans toute leur étendue.

A propos d'un chef distinct d'origine claviculaire venant grossir le muscle sterno-chondro-thyroïdien, le professeur Humphry fait remarquer l'homologie d'une pareille disposition avec celle qu'on observe sur le sterno-thyroïdien du lézard.

Le sterno-thyroïdien serait double également chez le yorc, d'après Chauveau.

§ IV. — Intersections aponévrotiques. — On rencontre très fréquemment, sur le trajet du muscle sterno-cléido-thyroïdien, une intersection tendineuse transversale située, dans la plupart des cas, au niveau de la fourchette sternaîe ou un peu audessus. D'après M. Sappey, cette intersection serait constante, inégalement brisée et ne s'étendrait pas généralement à toute la largeur du muscle. Il peut exister, au-dessus de cette pre-

2li6 LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'HOMME.

mière intersection, une deuxième présentant la même direction et les mêmes caractères. Nous connaissons, pour l'avoir établie plusieurs fois déjà, la signification de ces coupures transversales des muscles.

J'ai constaté ces mêmes intersections chez le chimpanzé et chez Vorang; d'après M. Chudzinski, elles ne manqueraient jamais chez les Primates.

§ V. — Union du muscle avec son similaire du côté opposé. — Celte union peut se faire suivant trois modes différents : 1° par juxtaposition des deux muscles et disparition complète de l'interstice celluleux séparatif ; 2° par entre-croisement des faisceaux charnus, sur la ligne médiane ; 3° par l'existence de faisceaux anastomotiques, allant d'un muscle à l'autre.

J'ai observé deux fois la première disposition : l'interstice celluleux ne commençait à apparaître qu'à 3 ou 4 centimètres au-dessus de la fourchette sternale. D'après Cruveilhier, il ne serait pas rare de voir «les deux sterno-thyroïdiens unis entre eux par une intersection en forme de V, ouvert supérieurement et répondant à la fourchette sternale.»

L'existence de faisceaux anastomotiques se portant obliquement d'un muscle à l'autre, a été signalée par Girardi, par Wood, par Macalister, par Cruveilhier, etc.

L'entre-croisement des deux muscles sur la ligne médiane n'est qu'un degré plus avancé du cas précédent; il peut s'étendre plus ou moins haut et porter sur un nombre plus ou moins considérable de faisceaux charnus. Dans un cas fort intéressant, observé par Walsham, la moitié environ des faisceaux du muscle slerno-chondro-thyroïdien du côté droit franchissaient la ligne médiane pour aller s'attacher du côté opposé sur le sternum et le premier cartilage costal; le muscle du côté gauche, malheureusement atrophié, restait de son côté et se confondait entièrement avec celui du côté droit. Supposons-lui un développement et une direction identiques au développement et à la direction de son homologue, et nous aurons un entre-croisement fort remarquable.

MUSCLE STEimO-CHONDRO-THVROIDlEN. 2!4-7

Tous les Traités classiques signalent l'entre-croisement des faisceaux internes du sterno-chondro-thyroïdien au niveau de leur origine sternale, ceux du côté gauche se portant dans le muscle droit et vice versa; de telle sorte qu'ici encore l'anomalie ne doit être considérée que comme' l'exagération de l'état normal. Du reste l'entre-croisement des deux sterno-thyroïdiens est noté par R. Owen chez le fourmilier; cet entre-croisement a lieu en arrière du sternum, le muscle sterno-thyroïdien descendant, dans cette espèce, jusqu'à la 8^ pièce de cet os.

§ VI. — Union du muscle sterno-chondro-thyroïdien avec quelques muscles voisins. — On a vu le muscle sterno-chondrothyroïdien s'unir plus ou moins intimement :

a) — Avec le sterno-hyoïdien. (Voyez ce dernier muscle.)

(S) — Avec l'omo-hyoïdien et l'hyo-glosse (Walsham). — NouS avons

déjà vu, dans l'article précédent, le muscle sterno-hyoïdien, qui fait évidemment partie du même système que le sterno-thyroïdien, présenter ces mêmes connexions anormales. Comme le fait remarquer Walsham, le passage de quelques faisceaux du sternothyroïdien dans la langue rappelle la disposition de ce même muscle chez le fourmilier où il se porte du sternum à la langue.

Il faut vraisemblablement considérer, comme un fait de même ordre, le cas rapporté dans les Guy's Hospital Reports de 1868 (p. 437), où un faisceau du muscle sterno-thyroïdien franchissait l'os hyoïde pour venir s'insérer sur l'aponévrose de la région sous-hyoïdienne.

y) — Avec les constricteurs inférieurs du pharynx (faits de Wood,

Walsham, M. Fiesch). — J'ai obscrvé uuo disposition analogue chez le chimpanzé; le sterno-cléido-thyroïdien parli de la clavicule se divisait, à la hauteur du cartilage cricoïde, en trois groupes de faisceaux; les faisceaux internes s'inséraient sur le bord postérieur et un peu sur la face externe du cartilage thyroïde; les faisceaux moyens, plus longs, venaient se fixer aux grandes cornes de l'os hyoïde ; quant aux faisceaux externes^ ils s'inclinaient en dehors et en arrière pour se confondre avec le constricteur inférieur du pharynx.

d) — Avec le iiiyro-iiyoïdien. — « Il n'est pas rare de voir quelques-unes des fibres du sterno- thyroïdien se continuer avec celles du thyro-hyoïdien » (Sappey) ; celte disposition, que j'ai observée plusieurs fois, a été notée, à titre d'anomalie, par quelques anatomisles, notamment par Pye-Smith, par Walsham, par M. Flesch. Dans ce cas, on le conçoit, le faisceau anormal, qui franchit la corde ligamenteuse du cartilage thyroïde, va s'insérer directement à l'os hyoïde.

Celte dernière anomalie nous fournit une transition naturelle à la suivante, en même temps qu'elle nous en fait connaître la vraie signification.

§ VIII. — Insertion du muscle sterno-thyroïdien à Tes hyoïde. — Macalister, Wood, Walsham ont décrit des faisceaux plus ou moins larges, se détachant du sterno-thyroïdien pour venir s'insérer sur l'os hyoïde. Dans le cas de Walsham, le faisceau anormal recevait un petit filet nerveux de la branche que l'hypoglosse envoie au muscle thyro-hyoïdien.

Cette, anomalie ne doit pas être séparée de la précédente : l'une et l'autre sont constituées par la disparition, sur une étendue transversale plus ou moins grande, de la corde ligamenteuse thyroïdienne, qui, pour nous, n'est qu'une intersection aponévrotique plus marquée que les intersections sous-jacentes. Le sterno-thyroïdien et le thyro-hyoïdien ne sont qu'un seul et même muscle, séparé en deux ventres par cette intersection, tout comme l'omo-hyoïdien et, dans certains cas, le sternohyoïdien lui-même. Dans ce même ordre d'idées, on peut considérer le grand droit de l'abdomen comme une réunion de 4 ou o muscles.

Supprimons par la pensée cette intersection séparative du sterno-thyroïdien et du thyro-hyoïdien, nous verrons ces deux muscles se confondre entièrement et constituer, au-dessous du slerno-hyoïdien, un deuxième ruban musculaire allant, comme ce dernier, du sternum à l'os hyoïde. Cette disposition se trouve réalisée dans une observation consignée par Pye-Smith, Howse et D. Colley, dans les Guy's Hospital Reports de 1870,

MUSCLE THYRO-HYOIDIEN.

et l'on comprendra facilement maintenant les deux lignes par lesquelles le professeur Turner rend compte de celte observation dans sa revue analomique de mai 1871, «un cas dans lequel le muscle thyro-hyoïdien faisait défaut et le muscle îsterno-lhyroïdien se prolongeait jusqu'à l'os hyoïde. »

Tarin. Myographie, Paris, 1753, p. 59.

Cruveilhier. Anat. descript.j t. I.

Walsham. Anatomical variations [S*- Bartholoineio's Hospital Reports ^

t. XVI, 1880, et t. XVII, 1881).

H. ViRCHOW. Varictœtcn Bcohaclitungen, etc., Wûrzburg, 1879. GuNZ. Mém. de l'Acad. des Sciences, vol. I, p. 286.

CuRNOW. Notes on some muscular irrcgularities {Journ. of Anat. and

PhysioL, t. VIII, p. 378).

HUMPHRY. British médical Journal, vol. I, 1873, p. 195. Chauveau. Anatomie comparée des animaux domestiques, p. 215. GiRARDi. De re anatomicd oralio, Parmâ, 1781, p. 36. Pye-Smith, Howse et Colley. Guy's Hospital Reports, 1870. WoOD. Proccd. of Roy. Soc. of London, t. XVI, p. 490. Chudzinski. Revue d'Antrop., 1882, p. 127.

ARTICLE III

ANOMALIES DU MUSCLE THYRO-HYOÏDIEN.

Le muscle thyro-hyoïdien, de forme quadrilatère, s'insère en bas sur les deux tubercules thyroïdiens et sur la corde ligamenteuse qui les réunit l'un à l'autre. De cette ligne d'insertion, oblique en bas et en dedans, les faisceaux du muscle se portent parallèlement en haut, et viennent s'insérer sur le bord inférieur du corps et de la grande corne de l'os hyoïde. Ce muscle, comme je l'ai déjà fait remarquer, n'est au point de vue théorique, que la continuation du sterno-chondro-hyoïdien, dont il est séparé uniquement par une intersection aponévrotique. Ses variations se ressentent naturellement d'une pareille parenté anatomique et nous sont déjà connues pour la plupart; aussi les énoncerai-je d'une façon très sommaire.

§ I. — Absence du muscle. — Je signalerai ici les cas de Pye-Smith, Howse et Davies-Colley, par disparition de la corde ligamenteuse et fusion intime du sterno-thyroïdien et du thyrohyoïdien. (Voy. plus haut, p. 248.)

§ II. — Fusion intime avec le muscle sterno-tliyroïdien. —

(Voyez plus haut : Insertion du sterno-thyroïdien à l'os hyo'ïàe, art. II, p. 248.)

§ III. — Division du muscle en deux faisceaux distincts. —

L'exagération d'un interstice celluleux entre les faisceaux parallèles de ce muscle suffît pour amener celte anomalie ; elle a été notée par plusieurs anatomistes, notamment par Macalister. Duvernoy a également trouvé, chez le gorille, un thyrohyoïdien double : l'un se délachait de la corne hyoïdienne, l'autre du corps même de l'os hyoïde; les deux faisceaux «ne tardaient pas à se réunir en se portant vers le cartilage thyroïde oii le muscle se divisait en deux plans : l'un superficiel qui se réunissait au sterno-thyroïdien, l'autre profond qui se terminait au cartilage thyroïde. »

Nous devons signaler, ici, comme étant vraisemblablement des faits de même ordre : 1° le faisceau surnuméraire thijro-hyoidien supérieur, naissant du bord supérieur du cartilage thyroïde, pour so porter, à côté du thyro-hyoïdien normal, sur l'os hyoïde. Ce petit muscle, qui est généralement juxtaposé à la ligne médiane, a été mentionné par Sœmmering, par Weber, par Morgagni, par Luschka; 2° le faisceau surnuméraire thyrohydidien latéral (Gruber), allant de la pointe de la grande corne de l'os hyoïde au sommet de la grande corne du cartilage thyroïde.

§ IV. — Union de quelques faisceaux du thyro-hyoïdien avec les constricteurs du pharynx. — Chez le chat, d'après Strauss-Durckeim, quelques faisceaux du thyro-hyoïdien passent directement dans le constricteur moyen du pharynx. J'ai observé une fois cette disposition chez l'homme.

MUSCLE OMO-HYOIDIEN.

DuvERNOY. Les grands singes pseudo-anthropomorphes, p. 199. Sœmmbring. Loc. cit., p. 117.

Weber. Handbuch, p. 358.

MoRGAGNi. Epistol. anat., p. 383.

LuscHKA. Anat. des Menschlichen Halses, Tiibingen, 1862, p. 275. Gruber. Reichert's u. Du Bois-Reymond Arch., 1868. Pye-Smith, Howse et D. Colley. Guy's Hospital Reports, 1870.

ARTICLE IV

Page 1