‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 100 sur 158 · I.A l'UnUrTF DK t.A CONSCIENCE DE SOI · texte numérisé non relu

I.A l'UnUrTF DK t.A CONSCIENCE DE SOI

au moyen d'uno jKTcoption surajoiiléc, pondant qu'il porçoit sa propre opi^ralion » •.

Jusqu'à présent pourtant, les raisons poui- lesquelles le jugement atteindrait l'être des choses nous écliapjteid encore. Rien plus, cette priorité de la conscience de soi, si nettement affirmée par Campanella, semble condamner la connaissance des objets extérieurs à une subjectivité radicale, en enfermant le sujet dans la perception interne des modifications produites en lui par l'action des choses. — Le problème posé par la dixième raison de douter est pour ainsi dire retourné : ce n'est plus la connaissance de l'âme par elle-même qui demande une explication, c'est le savoir empirique. Comment l'esprit peut-i! sortir de soi pour saisir la réalité des choses extérieures à lui ? Telle est la question qui, dans le système de Campanella comme dans celui de Descartes, se pose devant la réflexion philosophique dès que le Coffito a réussi à établir l'inébranlable certitude de l'existence du sujet pensant.

Pour que la connaissance empirique atteigne l'être et non l'apparence, il faut assurément que, procédant de la conscience de soi, elle i(artici[)e dans une certaine mesure des caractères de ce savoir qui, de l'être, est précisément l'immédiate possession |>ar une sorte de présence immanente à l'intérieur de l'àme [lensanle. I^ar suite, elle doit remplir à son tour les conditions qui, réalisées dans celte science originelle, lui permettent de saisir l'essence de l'objet connu. Quelles sont ces conditions ?

Savoir, c'est connaître les choses telles qu'elles sont. Paisuite, l'esprit qui connaît n'atteint l'être que dans la mesure où il réussit à être véritablement ce qu'il connaît. S'il ne l'est pas, il doit le devenir. T^ar une modification qu'il reçoit passivement de l'objet, il doit se transforniei- partiellement dans la nature de la chose connue, se confondre avec elle, être cette chose. S'ensuit-il (jue le devenir et la passion soient les causes véritables du savoir i' Non pas. L'erreur de Télésio a consisté justement à n'avoir pas vu que la passion et le devenir ne contribuent à rac(iuisition de la connaissance cfue fiar leur

l. Mel., piii.-< I, p. 73, lih. I. rap. I.\', art. IX.

204 LA PRIMArXÉ DE LA CONSCIENCE DE SOI

résultat final : l'intime fusion qu'ils réalisent entre l'être du sujet qui connaît et l'être de la chose connue, et que leur présence est inutile là où ce résultat est donné préalablement et en dehors de leur influence. Ce n'est pas au devenir que se réfère le connaître, mais à l'être ^ ; et, par exemple, la modification passive que je reçois du feu qui me réchauffe ne me procure pas la connaissance de ce feu en tant qu'elle est un changement, mais bien en tant qu'elle aboutit à un état relativement stable qui transforme mon être dans l'être du feu qui l'échauffé. Pour autant que la connaissance sensible atteint une partie du réel, un aspect des choses, un être relatif et contingent, elle n'est donc connaissance que dans la mesure où se confondent en elle l'être du sujet et celui de l'objet.

A plus forte raison cela est-il vrai de l'intuition originelle de soi. Celle-ci échappe même à cette condition de devenir la chose connue qui s'impose au savoir empirique. Pourquoi aurait-elle besoin de se transformer dans l'objet de sa connaissance ? Cet objet, elle l'est déjà, non pas partiellement, accidentellement et momentanément, mais totalement, essentiellement et d'une manière permanente ^. Au-dessus de l'action, de la passion et du discours, elle représente un savoir intuitif dont la perfection tient à ce que rien ne le distingue de l'être de la chose sue. Pour le comprendre, on peut le comparer au savoir acquis et empirique, considéré dans sa forme la plus parfaite, celle qui résulte de l'habitude. Le joueur de cithare n'a plus besoin de regarder les cordes ni de réfléchir au mouvement de ses doigts ; il s'est incorporé son art, qui maintenant fait partie de sa personne. « Si cette science acquise, deve-

1. Met., pars II, p. G2 sq., lib. VI, cap. VIII ; — pars II, p. 60, lib. VI, cap. IX, art. I.

2. Met., pars II, p. 36, lib. VI, cap. VI, art. IX : Ut autem intelligat se intellectus, non indiget pati a se, nec fieri ipsemet : est enim, quod autem est non fit : ergo seipsum novit pcr essentiam, et notio et intellectio est sua essentia. — Met., pars II, p. 59, lib. VI, cap. VIII, art. I : Quapropter videtur Telesio esse perceptio passionis omnis cognitio. Nos autem aliter sapimus, videlicet sensum seu sapientiam pertinere ad ipsura esse rerum, et sentiri et cognosci unumquodque, quia est ipsa natura cognoscens. Nam cum sensatio sit assimilatio, et omnis cognitio fiat propterea quod ipsa essentia cognoscitiva fit ipsum cognoscibile, perfecte illud cognoscit, qtioniam jaih est illud : ergo cognoscere est esse.

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