‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 11 sur 158 · Ad. et T., I, fil · texte numérisé non relu

Ad. et T., I, fil

ne l'ayons jHMidant que nous l'avons. El ce n'est autre chose à dire en ee sens là : Je respire, donc jo suis, sinon : Je pense, lonc je suis. Et si l'on y prend garde, on trouvera que toutes les autres propositions desquelles nous pouvons ainsi conelure notre e.xistence reviennent à eela même » ^ — Constale.-t-on maintenant chez Saint-Augustin une conscience aussi nette de ^1 nécessité de s'ap{>uyer uniquement sur le fait de la pensée, -eule imj)liquée dans le doute initial ? Le texte du De libero (irbitrio donnerait le droit de le contester, mais il y a des passages plus explicites.

Dans le De Ciritate Dei, il s'agit de réfuter en bloc lou? les irguments des sceptiques, et cela suppose assurément l'hypothèse préalable d'un doute étendu à toutes les affirmation.^ d'existence, par conséquent à toutes les opérations réelles autres que l'acte même de la pensée. De plus, si l'on se demsnde quelle est la nature de cette connaissance indépendante des sens, de la mémoire et de l'imagination, dont la réalité nous est révélée dans ce texte, et qui seule résiste à l'épreuve de la critique sceptique, on s'aperçoit que pour Saint-Augustin ••Ile se confond vraiment avec la connaissance inférieure, psy- ' hologique, de notre être spirituel, envisagé en tant que se pensant et en tant que s'aimant lui-même. Pourtant, il faut l'avouer, la manière de passer de la réalité du doute ou de l'erreur à l'affirmation de l'existence prête ici beaucoup trop à l'équivoque. Le passage est direct, Immédiat, sans arrêt nettement marqué à la notion intermédiaire de la conscience du doute ou de l'erreur. « Quid si falleris ? Si enim fallor, snm. .Sam qui non est, utique nec falli potest, ac per hoc sum, si

I. Lettre lie Mars 16.38, Ad. et T., II, 37-38. — Cf. Principia Philosojihiae, pars prima, art. IX (Ad. et T., VIII, i, p. 7-8) : « Nam si dicani : •co video vel ego ambulo, epo sum, et lioc intellipam fin visione, aut imhulatione, quae corpore peragitur, conclusio non est absoliite certa, quia, ut saepe fit in somnis, po.'ssum putare me videre, vel ambulare, ijuamvis oculos non aperiam, et loco non movear, atque etiam forte, (juamvis nullum habeam corpus. Sed si inlelligam de ipso .«sensu sive eon.scientia videndi aut ambulandi, fjuia tune refertur ad mentem, quae sola sentit sive cogitai se videre aut ambulare, est plane certa ». — Voir «ussi : Quintae Hesponsiones, Ad. et T., VII, 352 : « Cum enim ais me idem i)otiiis.«c ex «juavis alia mea actione colligere, etc. ».

38 LA COMPARAISON Df:S TEXTES

fallor » ^ Lorsqu'à raffirmation de l'être Saint-Augustin ajoute celle de la pensée, il ne paraît pas apercevoir suffisamment à quel point la première est renforcée par la seconde. Parce que nous nous trompons, nous savons que nous existons, et de plus nous savons que nous avons cette connaissance de notre existence, mais la certitude que nous avons de connaître ou, d'une manière générale, de penser, ne possède pas le privilège exclusif de nous procurer la preuve de notre être. Elle le partage avec le fait que nous nous trompons, préalablement admis. Elle le partage même avec le fait que nous nous aimons nousmêmes et que nous aimons la connaissance de notre être. Enfia la démonstration fondée sur l'existence de cet amour nous est présentée comme aussi décisive et digne d'être placée sur le même plan que la preuve par la connaissance, bien qu'elle repose non pas sur la pensée de l'amour, mais sur ce fait que l'existence de l'amour, comparée à l'existence de la connaissance, est aussi indépendante que celle-ci de la vérité ou de la fausseté de son objet. « Neqne enim fallor amare }ne, cum in his quae arno non fallar ; quanquam etsi illa falsa essent, falsa me amare verum esset. Nam quo pacto recte reprehenderer et recte prohiherer ah amore falsorum, si me illa amare falsum esset ? Cum vero illa vera atque certa siyit, quis dubitet quin eorum quae amantur, et ipse amor verus et certus est^? » — Pris dans sa signification globale, l'argument de Saint-Augustin n'atteint donc pas ici la profondeur du Cogito cartésien. La primauté du fait et de l'être de la pensée n'y est affirmée que d'une manière très enveloppée et sous une forme encore indécise. Aurait-elle échappée à la pénétration du penseur qui dans d'autres ouvrages, devançant les psychologues modernes, a pressenti le rôle joué par l'activité autonome et créatrice de l'esprit non seulement dans la mémoire, dont il admirait l'ampleur et la profondeur à l'égal des montagnes, de la mer, et du ciel étoile, mais encore, sous la forme de l'attention, dans les plus humbles opérations de la connaissance ?

Le texte que nous venons d'analyser a pour but principal, ne l'oublions pas, de trouver dans la nature de l'homme une

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