‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 110 sur 158 · Troisième Méditation, Ad. et T., IX, i, p · texte numérisé non relu

Troisième Méditation, Ad. et T., IX, i, p

2. Met., pars III, p. 127, lib. XIII, cap. III, art. I : Est enim ille [Intellectus primus] in nobis, sed nos minime advertimus. Nam neque seipsam novit anima, nisi abdita notitia, ut dictum est.

.3. Met., pars III, p. 206, lib. XVI, cap. III, art. II ; — pars II, p. 149- 151, lib. VII, cap. VI, art. II ; — pars III, p. 141, lib. XIV, cap. IV, art. II. 4. Voir notre livre : Campanella, Deuxième Partie, chapitre II : L'influence exercée par Télésio sur la formation de la pensée de Campanella.

fipales idées de Télésio semblent bien proeéder dans sa philosophie d'un certain pressentiment de l'idéalisme. S'il soutient que la perception sensible n'est pas dans son essence une passion, c'est non seulement parce que cette explication, en plaçant le sujet sous la dépendance absolue de l'objet, et en l'aliénant pour ainsi dire de soi, ruinerait la distinction des substances, mais c'est encore parce que la sensation consécutive à la passion, n'étant dans sa vraie nature qu'une modification de l'être qui connaît, ne saurait à aucun degré représenter telle qu'elle est en soi la nature de la chose connue et ne correspond en réalité qu'à une affection interne et subjective de l'âme.

Un des faits qui caractérisent le mieux cette nouvelle orientation de la philosophie de Campanella, c'est le contenu de sa réponse aux objections dirigées par les sceptiques contre la valeur de la connaissance sensible. Celle-ci, il le reconnaît, n'est nullement objective et absolue, mais subjective et relative '. La perception des sens ne nous représente pas les choses extérieures telles qu'elles sont, mais seulement la manière dont celles-ci nous affectent, et s'il y a en elle quelque vérité, c'est parce que ces affections correspondent aux relations qui s'établissent entre les choses et nos organes, conformément aux lois de notre constitution physique et psychologique, et parce que la connaissance de ces rapports nous renseigne au moins sur la bienfaisance ou la nocivité, sur l'intérêt vital des actions exercées sur notre corps par les objets ainsi que sur la nature des réactions à leur opposer '. — C'est de la même manière que Des-

1. Met., lib. I, cap. I, art. III, pars I, p. 11 : Diibitatio tertia : Quo<1 non datur scire ex eo quod non prout sunt sapinnt, quae sapere nobis liicuntur. Nullus enim sensiis sentit res sicuti est, sed sicuti afficitur, et alii aliter. — Met., pars I, p. G8, lib. I, cap. IX, Responsio ad tertium articulum : Ad tertiam recte dubitatum esse dicinuis... Putant enim bruta res esse quales illis apparent : nos autem sentimus non ita esse, sed aliter nobis atque illis pro module essendi atque sentiendi cuique sno.

2. Met., jiars I, p. fiO, lib. I, cap. IX, Responsio ad tertium articulum : Ipitur distantia, et organum, et médium, et objecti varietas causant accidentalem fallaciam non per se, sed propt/T pradum essendi et sentiendi aptum ita sentire ad siii utilitatem, ut ({uicunque alius modus indurat iuutilitatem. — Campanella (loc. cit., p. 68) distingue deux sortes de connaissance : « ...scientia quae competit homini ad tuendam

cartes, dans la sixième Méditation, justifiera Dieu de nous avoir donné des phénomènes corporels non pas des représentations objectives, mais des impressions purement affectives, incomparablement plus utiles à notre vie, parce qu'elles constituent des informations qui portent moins sur la nature essentielle des faits en question que sur le caractère bon ou mauvais de leurs effets organiques ^

Mais ce n'est pas seulement la vérité des sensations qui est relative à nos besoins et à notre constitution organique et mentale. Toutes les théories que les mathématiciens et les astronomes construisent sur les données de la perception pour les enchaîner entre elles et pour les expliquer participent nécessairement à la relativité de la connaissance d'où elles tirent leur origine. Puisque le choix des unités de mesure qu'ils emploient, le langage symbolique dont ils usent, aussi bien que le contenu de leurs observations, se réfèrent en dernière analyse à des sensations qui ont servi à les constituer où à les enregistrer, — puisque d'autre part leurs raisonnements n'ajou tent à ces données primitives qu'une chaîne plus ou moins longue d'analogies sensibles, — il serait illusoire d'attribuer à leurs hypothèses, même lorsqu'elles rendent très exactement compte des phénomènes et réussissent le mieux à les prévoir, une valeur absolue et une objectivité par laquelle elles dépasseraient les perceptions sensibles d'où elles dérivent. Par ces théories, nous connaissons les choses non pas telles qu'elles sont, mais telles qu'elles peuvent être connues par nous en raison de notre structure organique et mentale ^. Sur le genre de vérité que présentent l'astronomie de Ptolémée et celle de Galilée, l'opinion de Campanella ne diffère pas sensiblement de celle qu'exprimerait de nos jours un Ernest Mach ^. — Pour-

vitam » et : « ...scientia simpliciter rerum prout sunt in se, et ad alla entia, 'nedum nobis ad nos, quoniam rêvera omnes patiuntur aliter et aliter ».

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