‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 113 sur 158 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Comparaison des Buts

Le but de l'effort philosophique de Descartes est non seulement de reconstruire tout l'édifice des sciences sur des bases plus solides que celles de la physique scolastique, mais encore, nous l'avons vu, de satisfaire, par une systématisation nouvelle des vérités religieuses et des vérités scientifiques, en même temps aux besoins de la foi et aux exigences croissantes de la raison naturelle, manifestées par les attaques des libertins et auxquelles ne répondaient plus les anciennes conceptions métaphysiques de la Providence, de l'âme, de la connaissance, et surtout de la matière. C'est probablement vers 1628 que l'ami de Mersenne, disciple du cardinal De Bérulle, se décide à orienter sa pensée, pour quelques années au moins, dans cette direction. La philosophie de Campanella pouvait-elle alors, grâce à une adaptation aux mêmes fins théoriques et pratiques, le mettre sur la voie des solutions qu'il cherchait ?

Depuis le complot de Calabre en 1599 jusqu'à la rédaction de VApologia pro Galilaeo en 1616, et depuis VApologia jusqu'à l'intervention de son auteur en 1632 en faveur du savant, accusé d'hérésie par les Inquisiteurs romains du Saint-Office, on peut dire que toute la vie de Campanella fut une lutte perpétuelle en vue de faire triompher, d'abord sans l'Eglise et en dehors d'elle, ensuite dans l'Eglise même, avec les principes d'une religion naturelle, liés à ceux d'une physique nouvelle, une conception des rapports entre la science et la foi qui, en retranchant du dogme catholique toutes les affirmations d'ordre théorique contraires à la raison et à l'expérience, assure à jamais la liberté des recherches et des spéculations scientifiques.

LA i:(»MPAHAISON PF.S BLTS 243

Comme Descaries ' doiu-, avant Pascal ', Campanella proclame, à l'exemple de Giordano Bruno', la supériorité des modernes sur les anciens en matière de connaissances jiositives. Son siècle, dit-il, a plus d'histoire en cent ans que le monde entier en quatre mille, il a vu paraître plus de livres que les cinquante siècles qui l'ont précédé. Il a fait plus de dé<'ouvertes qu'eux dans le domaine de la géographie, des teduiiques pratiques, et de la science proprement dite *. — Respecter aveuglément les idées et les croyances des anciens, c'est ne pas comprendre que ceux-ci sont des enfants au regard des modernes* qui, héritant du savoir accumulé par leyrs devanciers, ne cessent d'en accroître l'étendue, la richesse et la précision, et en outre profitent de l'expérience acquise pour en combler les lacunes, pour le rectifier et pour en corriger les imperfections.

Aucun principe suivant Campanella n'est donc plus funeste au progrès de la connaissance humaine que le principe d'autorité qui. en inspirant une aveugle fidélité aux enseignements d'un maître, étouffe l'esprit d'invention, hébète l'intelligence, borne de toutes parts la vue des savants et l'emprisonne à jamais dans les erreurs consacrées par le temps *. La juridiction de ce principe ne doit s'étendre qu'aux matières proprement théologiques et morales, et encore faut -il voir dans cette concession de Campanella aux idées de l'époque tantôt une précaution Intéressée du prisonnier de l'Inquisition, soucieux de démontrer à ses juges l'orthodoxie de sa doctrine, tantôt l'expression sincère des idées politiques du réformateur qui ne tolérerait dans sa cité idéale, une fois assuré le triomphe de ses conceptions religieuses personnelles, aucune dissidence néfaste à l'union des esprits et des cœurs et par

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