Entretien de Descart<>s avec Burman, Ad. et T., V
2. Lettre de Doscartes à Mersenne du 10 octobre 1039, Ad. et T., II, p. .*i96, 597, rm. — Descartes lit Tt-dition française du Dp Veritate (1639), postérieure à l'édition de Londres publiée en latin ("1033) et h la première édition épalement latine (Paris, 1024) : De Veritate, prout distinguitur a revelatione, a verisimili, a possibili et a falso.
Rien de plus instructif pour nous que ces éloges. La religion de lord Herbert de Cherbury, c'est en effet la religion même de Campanella, identique à l'instinct naturel dont l'objet propre et adéquat est, sans que l'homme s'en rende toujours compte, l'éternelle béatitude ^ Entre les deux conceptions, envisagées dans leurs traits principaux, l'accord est complet : même opinion sur la subordination des vérités dites révélées aux notions communes, même espoir de mettre fm aux querelles religieuses par l'adhésion de tous les esprits à ces croyances innées et le renoncement à ces inutiles ou absurdes complications des dogmes ou des pratiques qui créent la désunion entre les diverses confessions, même conception de la grâce, assimilée par les deux penseurs à un secours que la Providence ne peut et même n'a pu, avant l'établissement du christianisme, refuser en aucun pays à aucun être doué de raison, même défiance vis-à-vis des miracles et en général des affirmations dogmatiques indémontrables ou contraires à l'ordre des choses, même désir de voir reconnu par les Eglises dans certains cas le droit d'examiner et d'interpréter librement les Ecritures. Lord Herbert semble avoir puisé à pleines mains dans les écrits de Campanella. Faut-il voir une preuve de la reconnaissance que le disciple veut témoigner à son maître dans le soin qu'il prend de soumettre à son approbation, par l'entremise d'Elie Diodati et de Peiresc, l'édition de 1633 de son De Veritate ? ^. — Quoi qu'il en soit de cette conjecture,
1. Voir l'ouvrage de Ch. de Rémusat : Lord Herbert de Cherbury, sa vie et ses œuvres, Paris, Didier et C^", 1874 ; — p. 154-185, 189, 123. — Voir aussi notre livre : Campanella, Conclusion, IV : La fortune de l'idée de religion naturelle, etc.
2. Peiresc écrit à Campanella au sujet du livre de lord Herbert de Cherbury le 4 octobre 1633 : (( Dovera andare con la présente un libro d'un Signore desiderosissimo che sia esaminato da un par suo, et che passi per la sua censura, che egli stimo molto più di ogni altra non senza grandissima ragione, havendo ella conquistata tanta fama per tutta l'Europa per opère tanto squisite et pensieri tanto sublimi a comparatione di ciô, che sin hora s'andava professando per tutto ». (Luigi Amabile, Fra Tommaso Campanella ne' Castelli di Napoli, in Roma ed in Parigi, Napoli, 1887, t. II, partie documentaire, doc. 313, p. 248-249). — Voir aussi, sur la même démarche, 1° les lettres de Peiresc à Dupuy du 26 septembre et du 3 octobre 1633 (Lettres de Peiresc aux frères Dupuy, publiées par Philippe Tamizey de Larroque, t. II, Paris, 1890, Imprimerie
il est mainU'iianl établi qiit» la ronrejttion df» la roli;^ion naturolle impliquée dans la doctrine du sens interne et de l'intuition de soi. loin de détourner Descartes de la philosophie de Campanella. devait au contraire l'inciter fortement à y rechercher, pour l'élaboration de son système, des suggestions et des inspirations.
Nationale, p. 607 et 011) ; 2° la lettre de Peiresc à Gassendi du 8 octobre 1633 (Lettres de Peiresc, publiées par Philippe Tamizey de Larroque, Paris, 1893, Imprimerie Nationale, t. IV, p. .366-367).
La conception que nous avons appelé le Cogito de Campanella est-elle antérieure au « Je pense, donc je suis » ? Estelle exposée dans des ouvrages que Descartes a pu se procurer et qu'il a effectivement lus ? Tels sont les deux faits qui doivent être établis d'abord pour rendre vraisemblable l'hypothèse d'une influence exercée par celle-ci sur la formation ou le développement de la pensée cartésienne.
L'Universalis Philosophia ou Métaphysique est l'ouvrage où Campanella a exposé sa doctrine de l'intuition de soi avec le plus d'ampleur, de la manière la plus approfondie et en y rattachant plus systématiquement que dans ses autres livres sa théorie de la connaissance, sa métaphysique et sa philosophie religieuse. Or, la publication de l'œuvre se plaçant à la fin du mois de juillet 1638, un an par conséquent après le Discours de la Méthode, il semble qu'il ne puisse être question d'accorder à son auteur le titre de précurseur de Descartes. Seulement, aussi bien pour ce traité important que pour tous les autres écrits du philosophe qui, par suite de sa longue réclusion et de l'hostilité des censeurs romains, notamment du maître du Sacré-Palais, n'obtint jamais avant sa venue à Paris la pleine liberté de publier ses livres, ce n'est pas tant la date de l'impression qu'il faut considérer que celle de la rédaction.
Reportons-nous donc à l'époque où Campanella, au fond de son cachot de Naples, écrivait sa Métaphysique. Des documents qui ne laissent place à aucun doute, et notamment des lettres échangées entre l'auteur et ses nombreux correspondants et diverses autres pièces relatives à de multiples incidents de la vie du prisonnier établissent que l'ouvrage, commencé en langue italienne en 1602, et continué au commen-
cemenl do l'aimét^ 1(>03, mah volé pur un doinosliquc du marquis df Luvello, qui en avait re^u If manusoiil, fut recommencé en lai in à la fin de 1609 el continué pendant les quatre premiers mois de KilO, saisi par le Nonce pontifical de Naples nn mai IGIO, el à nouveau recommencé en latin tout de suite après cette confiscation. Terminé avant le mois de janvier 10 11 ', il était envoyé dans le courant de l'année à Gaspard Schopp pour être communiqué avec d'autres écrits à l'archiduc P>rdinand de Styrie, le futur empereur d'Allemagne ^. — A son tour Tobias Adami, le fidèle ami du prisonnier et le premier éditeur de ses œuvres, en recevait de ses propres mains à Naples un manuscrit en octobre 1613, et, en quittant cette ville, l'emportait avec beaucoup d'autres pour le confier à l'imprimeur dès son retour en Allemagne, où il ne devait pas réussir du reste à le publier ^.
Quant à la copie conservée par Campanella et par lui confiée à son disciple Failla, elle fut remise au libraire Bruggiolti de Rome qui la garda par devers lui sans la faire imprimer. L'auteur ne put la recouvrer qu'en 1635, à une date où il se trouvait déjà à Paris ; et c'est peu de temps après, le 15 octobre 1635, que l'œuvre fut approuvée par la Sorbonne *. — Nous avons donc toutes les raisons de penser que la conception du Cogito, amplement développée dans l'ouvrage, n'y a pas été ajoutée après 1637, date de la publication du Discours de la Méthode. Si elle y occupe une plus grande place que dans les livres publiés antérieurement par Campanella, le fait s'explique suffisamment, tant par les dimensions de ce gros traité in-folio que par son sujet, qui est pour la première fois la métaphysique proprement dite, et l'on peut
1. Campanella écrit en effet à Galilée le 13 janvier 1611, au sujet du Sidercus .\imcius : a Displlcet mihi libellum tuum non vidisse, antequam Mctaphysicos abaolverem ». (Le Opère di Galileo Galilei, ediz. nazionale, f. XI, p. 22).
2. Luigi Amabile, Fra Tommaso Campanella ne' Castelli di ?iapoli, in lUjma ed in Pariyi, A'apo/i", Cav. Antonio Morano, edilore, 188*7, t. I, p. 148-1 4'i.