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LA CRITIQUE DES THÉORIES SCOLASTIQUES

autres cas d'influences exercées par un èlr»' sur son contraire qualitatif, semble j)Iacer l'esprit sous la domination absolue fl»' la chose et absorbe pour ainsi dire la connaissance dans le devenir sensible. Nous allons voir cependant qu'en modifiant sa doctrine sur un point important, tout en reproduisant, en complétant et en amplifiant les critiques qu'il avait dirigées contre les diverses explications du savoir inspirées du péripatétisme, son disciple, tant dans le De sensu reruni et magiâ que dans la Realis Philosophin cpUogisùcn, réussissait à engager la pensée philosoj)hique dans une voix qui conduisait déjà, assez directement, au Cogito et à l'innéisme cartésien.

.A.ristote, quelles que soient les objections qu'il oppose au principe suivant lequel le semblable est connu par le semblable, admis par les anciens physiciens, notamment par Empédocle, et dont il veut reconnaître des applications jusque chez Platon, se montre néanmoins impuissant à expliquer la connaissance sans faire appel à une conception encore très réaliste des relations qui dans la sensation et rinlellection s'établissent entre le sujet et l'objet. En définissant la première de ces deux opérations l'acte commun du sensible et de la faculté de sentir, et la seconde l'acte commun de l'intelligible et de l'intelligence ^ il attribue assurément à l'activité de l'esprit dans la formation du savoir un rôle dont on ne saurait contester l'importance, mais sa doctrine réussit-elle à le distinguer absolument de l'hypothèse d'une sorte de transport dans la conscience d'un double de l'objet, soit matériel, soit intelligible ? Et la condamnation qu'il prononce contre les sIomko. de Démocrite suffit-elle pour lui éviter le reproche d'avoir soutenu une conception st-mblable en admettant la communiration à la sensibilité de la forme sensible et à l'intelligence de la forme intelligible ? Il serait bien téméraire de l'affirmer. Suivant sa théorie sans doute, la forme qui pénètre dans l'esprit, ce n'est pas l'objet même des sens, c'est cet obiet dépouillé de sa matière, et l'intelligible que l'intelligence saisit, ce n'est pas l'intelligible pur, dont la possession absolue par l'âme est le privilège de « l'intellect actif » pour qui l'acte de connaître est moins une synthèse de deux termes

1. .\iistote, De Anima, lib. II, cap. II, V cl XII ; — lib. III, cap. IV et V.

272 l'influence négative :

distincts qu'une parfaite identité, une fusion intime du sujet et de l'objet ^'. — Il reste cependant que, soit empirique, soit intellectuelle, la connaissance est conçue par Aristote comme la communication à l'esprit d'une réalité extérieure qui, en représentant pour lui la chose connue, lui garantit, par sa similitude avec cette chose, la vérité du savoir acquis dans l'acte de connaître.

Cela est si vrai que, dans les diverses interprétations et adaptations scolastiques de la doctrine, la réception de la forme sensible par la faculté de percevoir finit par ressembler tout à fait à une opération passive, qui a pour résultat de déposer en celle-ci quelque chose de l'objet, et que, malgré les efforts des philosophes du moyen-âge pour concilier le fait avec l'intervention certaine de la pensée dans cette opération, ainsi qu'avec le caractère intérieur et mental qui demeure le sien, la « species sensibilis », telle qu'ils la conçoivent, suggère invinciblement l'idée d'une petite « image voltigeante par l'air » ^, proche parente des sl'BwXa de Démocrite et des épicuriens. — Originellement sans doute, l'acte de la sensation avait été défini l'acte commun de deux puissances opposées : celle du sensible et celle de la faculté de sentir ; par lui se réalisait l'identification de deux contraires dans une même forme ; mais maintenant ce que l'on voit dans l'espèce sensible, c'est plutôt la forme de l'objet perçu que celle du sujet percevant, comme si avant toute perception elle existait déjà par ellemême.

Or, une telle conséquence, qui, à cause de l'obscurité même de cette notion de forme commune à l'objet et à la faculté de sentir, devait être dégagée nécessairement, tôt ou tard, de la théorie du Stagirite, imposait à la philosophie du moyen-âge la solution de très grosses difficultés que la doctrine chrétienne de la dualité des substances venait encore aggraver. Si c'est la forme de la chose sensible qui se communique au sujet «entant, comment réussit-il à conserver sa propre nature, au lieu de revêtir entièrement celle de l'objet connu ? Ce qu'on appelle la forme, n'est-ce pas le principe qui confère à toute réalité

1. Aristote, Métaphysique, lib. XII ; — De Anima, lib. III, cap. V.

2. Descartes, Dioptrique, discours premier, Ad. et T., t. VI, p. 85.

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