L INFLUENCE NÉGATIVE
nella : c'est que la perception n'a pas lieu si la faculté de percevoir n'est pas affectée d'une certaine ressemblance avec l'objet sensible. Mais quoi de plus absurde ici que l'hypothèse d'une communication de la forme ? Privé de celle-ci et devenu pure matière (materia nuda), l'objet serait détruit, détruite aussi la puissance de sentir, ou transformée dans la nature de l8 chose perçue ^ ; dans ce second cas, l'esprit qui perçoit deviendrait par exemple le soleil, le froid, une pierre, une table ^. — La perception ne doit donc pas résulter d'une « information » de l'âme, mais d'une très légère modification de sa nature qui consiste en un changement corporel : c'est un mouvement imprimé à l'esprit vital (spiritus) par la force physique qui agit sur lui '.
Concevoir autrement la relation qui, par l'acte de la connaissance sensible, s'établit entre les choses et l'esprit, c'est admettre que cet acte est pour les choses la perte de leur être propre. Echappera-t-on à cette conséquence, ruineuse pour la théorie, si on subtilise en quelque sorte, en les rendant immatériels, les simulacres transmis aux sens par les objets ? Il faudra alors, avec les scolastiques, professer que les espèces sensibles sont reçues par une faculté incorporelle suivant leur être « intentionnel » et non réel. Mais qu'est-ce que cette « intention » ? Comment la concevoir ■* Dans la nature il n'y a que des choses réelles, qui meuvent réellement le sens, et Aristote avoue lui-même que la sensation est le résultat d'une altération : cela est manifeste pour le tact, l'ouïe, l'odorat et le goiit et, à étudier de près la vision, on remarque vite aussi que l'image aperçue dans la pupille importe beaucoup moins que le mouvement imprimé à l'organe et à l'esprit par l'influence physique de l'objet *. Toute sensation est donc la suite, la conséquence d'un mouvement réel. Dans sa nature essentielle, et quelle que soit la catégorie dans laquelle elle se classe, elle se ramène, comme l'avait bien vu Télésio, à une sensation de tact.