‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 132 sur 158 · Op. cit., lib. II, cap. XIX, p · texte numérisé non relu

Op. cit., lib. II, cap. XIX, p

282 l'influence négative :

existence séparée : intellect agent, sens agent, intellect passif, intellect théorique, intellect pratique, âme sensitive, âme végétative, âme intellective. Pourquoi, une fois qu'on s'est engagé dans cette voie, ne pas admettre autant d'âmes qu'il y a de facultés et d'opérations distinctes ? On irait assurément jusqu'à mille ^

Parmi tous ces pouvoirs, un des plus inintelligibles pourtant est sans contredit l'intellect agent. L'hypothèse de son existence se heurte, même dans la théorie des « espèces intentionnelles », à d'insurmontables objections. S'il est unique pour tous les hommes, comme le soutient Averroës, toute distinction disparaît entre les consciences individuelles : je dois connaître par conséquent les idées de Pierre au moment même où elles se présentent à son esprit. Si au contraire il est multiple, il est, dans chaque homme, à cause de son indivisibilité, aussi incapable que la faculté de sentir d'être informé par plusieurs choses à la fois. De plus, étant un intellect en acte et possédant en lui tous les intelligibles, comment ne confère-t-il pas à chacun de nous l'infaillibilité absolue ? Comment ne nous garantit-il pas contre l'oubli ? Et pourquoi les enfants, qui pensent eux aussi avec le secours de cet intellect, ne comprennent-ils pas toutes choses du premier coup ^ ? — Renonçons donc à cette hypothèse, en même temps qu'à toute la théorie scolastique, et tâchons de concevoir mieux que celle-ci la solidarité profonde de toutes les fonctions de la connaissance.

Quelle impression devaient laisser dans l'esprit de Descartes des critiques aussi incisives d'une doctrine qui lui avait été enseignée par ses maîtres de La Flèche ? Tout d'abord, en lisant le De sensu rerum, il découvrait, s'ajoutant à ses raisons de physicien et de physiologiste, des motifs philosophiques de renoncer définitivement à leur explication de la perception sensible et il se rendait mieux compte de la nécessité, pour résoudre le problème, de considérer cette opération, à l'exemple de Télésio et de Campanella, comme un processus naturel et psycho-physiologique. Mais l'influence des idées de ce dernier philosophe n'a-t-elle pas été alors plus positive i^

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