‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 133 sur 158 · I.A rRITIOl'F. DKS TQF.ORIF.S SCOLASTIQl ES · texte numérisé non relu

I.A rRITIOl'F. DKS TQF.ORIF.S SCOLASTIQl ES

\a' jtîiand iiu'ritt' df l'aiileur du Dr setisu rrruin «'•lait de compit'iidiv, après TéU-sio, comhien il était devenu impossible de construire une théorie satisfaisante de la connaissance sans abandonner fntièrement les principes sur lesquels la s<'olasti- (pie avait fondé la sienne. De là ce rapprofh»*inenl opéré, jusqu'à la fusion totale, entre le sensible et l'intelligible, la sensation et le concept. De là cette condamnation prononcée contre toute distinction de pouvoirs séparés au sein de la faculté de connaître. De là surtout cette renonciation délibérée au dualisme des substances matérielle et spirituelle, d'où provenaient les principales difficultés et, pour dire le mot, les plus manifestes absurdités de la doctrine des « espèces intentionnelles ». Or, sans doute, Descartes n'allait pas viser à rétablir l'unité de la pensée au profit du sensible et des fonctions inférieures de l'intelligence, ni celle de la substance au profit de la matière en attribuant, à l'imitation de Télésio et de Campanella, une nature corporelle à l'àme pensante ; et il était très éloigné aussi de vouloir sacrifier les universaux sur l'autel de la sensation ^ Toutefois l'auteur du De sensu rerum lui indiquait au moins avec une netteté suffisante la direction générale dans laquelle il devait s'engager, une fois abandonnée la route suivie jusqu'alors en compagnie de ses maîtres de philosophie scolastique : produite par l'action des choses ou créée par l'esprit, manifestation d'une activité spirituelle ou d'une activité matérielle, de toute façon la connaissance devait être conçue de manière à présenter ces caractères d'unité et d'homogénéité dont on la privait quand on essayait de la faire sortir progressivement, par l'action de diverses facultés mentales, d'une communication initiale obscure entre deux substances hétérogènes. Or l'innéisme, aussi bien et mieux que l'empirisme, s'adaptait à celte exigence, par l'intériorité absolue qu'il attribuait à l'acte de connaître.

Ainsi, en aidïTnt Descartes à prendre clairement conscience du but inlelleetuel à atteindn* par le développement de sa phi-

1. Il p.st possible pourtant ijue la lecture du De sensu rerum et. magià ait influé sur la formation «le ses idées touchant la nature ef le rôle des concepts abstraits et généraux. On sait combien la doctrine de Descartes diffère sur ce point important de l'enseignement de la scolastique.

284 l'influence positive : l'innéisme et le « cogito »

losophie du savoir et des exigences les plus générales auxquelles ses solutions devaient répondre, la critique des « espèces intentionnelles » et des théories de la perception et de la connaissance contenue dans les livres de Campanella a pu exercer sur la formation de sa pensée une influence, non pas certes décisive, mais très importante à une date où son esprit cherchait à s'ouvrir un chemin nouveau en dehors des voies frayées par l'Ecole. Est-ce là pourtant le seul profit, négatif d'abord, puis positif, en un sens, mais encore très général, que le philosophe a pu retirer de son initiation aux doctrines de son prédécesseur ? Nous ne le pensons pas. En serrant la question de plus près, nous allons découvrir en effet dans la Realis Philosophia epilogistica et surtout dans le De sensu rerum et magiâ une conception des rapports entre la perception et l'objet perçu, puis une notion de la pensée et de la conscience qui, en 1623, pouvaient paraître nouvelles et dont, en fait. Descartes a parfaitement su tirer parti pour orienter sa doctrine vers le Cogito et vers l'innéisme.

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