De senfu. 1020. lib. II, cap. XII. p. 87 sq
286 l'influence positive : l'innéisme et le « cogito »
de cette orientation nouvelle de la philosophie, dès le jour où il renonça aux « espèces intentionnelles », c'est ce dont on peut se rendre facilement compte en rapprochant de sa théorie des idées innées l'explication de la perception visuelle ébauchée dans la Dioptrique. N'est-il pas intéressant dès lors de constater qu'au moment où il affranchit la connaissance sensible de la condition de présenter avec l'objet une similitude quasi matérielle, il reproduit dans leur signification générale et parfois dans leur expression des idées empruntées à Campanella ?
Dans le discours premier de cet ouvrage, l'exemple de l'aveugle qui perçoit à l'aide de son bâton les différences des choses, comme l'homme doué du sens de la vue remarque celles des couleurs, sert à l'auteur à expliquer comment des contacts, des résistances et des mouvements suffisent à nous procurer la perception des corps, sans le secours d'images qui, détachées de ceux-ci, les représenteraient réellement en nous, et comment par suite ils rendent inutile l'hypothèse d'une ressemblance entre nos idées et les réalités extérieures. « En suite de quoi, écrit-il, vous aurez occasion de juger qu'il n'est pas besoin de supposer qu'il passe quelque chose de matériel depuis les objets jusqu'à nos yeux, pour nous faire voir les couleurs et la lumière, ni même qu'il y ait rien en ces objets qui soit semblable aux idées et aux sentiments que nous en avons ; tout de même qu'il ne sort rien des corps que sent un aveugle qui doive passer le long de son bâton jusques à sa main, et que la résistance ou le mouvement de ces corps, qui est la seule cause des sentiments qu'il en a, n'est rien de semblable aux idés qu'il en conçoit. Et par ce moyen votre esprit sera délivré de toutes ces petites images voltigeantes par l'air, nommées des espèces intentionnelles, qui travaillent tant l'imagination des philosophes » ^ Dans le discours quatrième et le discours cinquième, il précise encore sa pensée : « Il faut, outre cela, prendre garde à ne pas supposer que, pour sentir, l'âme ait besoin de contempler quelques images qui soient envoyées par les objets jusques au cerveau, ainsi que font communément nos philosophes ; ou du moins il faut concevoir la nature de ces images tout autrement qu'ils ne font. Car, d'autant qu'ils