Ibidem
6. Dioptrique, discours quatrième, Ad. et 7'., VI, p. 112-113.
288 l'influence positive : l'innéisme et le (( cogito »
n'est pas cette image qui est vue et qu'elle agit sur notre âme seulement par les mouvements dont elle est composée. « Or, encore que cette peinture, en passant ainsi jusques audedans de notre tête, retienne toujours quelque chose de la ressemblance des objets dont elle procède, il ne se faut point toutefois persuader, ainsi que je vous ai déjà tantôt assez fait entendre, que ce soit par le moyen de cette ressemblance qu'elle fasse que nous les sentons, comme s'il y avait de rechef d'autres yeux en notre cerveau, avec lesquels nous la pussions apercevoir ; mais plutôt que ce sont les mouvements par lesquels elle est composée qui, agissant immédiatement contre notre âme, d'autant qu'elle est unie à notre corps, sont institués de la Nature pour lui faire avoir de tels sentiments » ^ — Or, c'était aussi l'opinion de Campanella : il avait soutenu que ce que l'esprit vital conserve, ce n'est pas l'image, mais les mouvements qui lui ont été communiqués, et qui produisent par la suite les représentations des songes et de l'imagination, précisément parce qu'ils ont pénétré en lui avec les images. « Nec rémanent imagines in spiritu, licet ipse quia subtilis est, lucidusque, possit eas' recipere, sed motus tantum qui, quoniam eum imaginibus subierant, efficiunt imaginari ac somniare » ^. — L'analogie est donc si sensible entre les idées des deux philosophes qu'il est difficile de supposer que Descartes, en écrivant la Dioptrique, ne se soit pas souvenu de la théorie exposée dans le De sensu rerum et magiâ.
Ici pourtant se présente une très sérieuse objection. Dans VUniversalis Philosophia l'explication de la perception, à laquelle l'auteur consacre d'importants développements, est nettement rattachée à une doctrine innéiste du savoir qui, par ses traits essentiels, annonce déjà la théorie des « Notae in programma quoddam ». Le principe d'où elle part est le suivant : puisque rien de semblable aux objets ne pénètre réellement dans l'esprit, ceux-ci ne peuvent pas être les causes, mais seulement les occasions de la connaissance. Or, est-ce bien l'idée qui se dégage aussi des chapitres du De sensu rerum et magiâ ?