‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 143 sur 158 · Op. cit., lib. II, cap. XXX, p. 17fi sqq · texte numérisé non relu

Op. cit., lib. II, cap. XXX, p. 17fi sqq

294 l'influence positive : l'innéisme et le « cogito »

est plus rapide, comme les calculs des commerçants, rompus au maniement des nombres ^ C'est donc l'habitude, par laquelle le savoir s'incorpore à l'être, qui imite le mieux la perfection du savoir originel. « On peut voir par là que tout être se connaît lui-même, mais non par le moyen du discours, et que les opérations qu'il accomplit, il les accomplit par luimême sans discours. C'est ainsi que l'âme organise, meut et dirige le corps, et que la plante aussi est formée par l'âme qui lui est propre, sans connaissance discursive et par le seul sentiment de son être propre et de son propre bien. Mille syllogismes ne sauraient réaliser maintenant ce que le sentiment de leur propre conservation a pu seul réaliser dans tous les êtres » ^.

Toutes les objections élevées contre l'existence d'une connaissance directe de l'âme peuvent maintenant être réfutées. La solution des difficultés est dans la considération des opérations que l'âme exécute dans l'intérêt de sa vie propre. Cellesci en effet fournissent la preuve de l'amour que l'âme ressent pour elle-même : « Or l'amour naît de la connaissance. Et l'âme ne se connaît pas par discours. Car le discours est relatif à une chose douteuse, et Vàme se connaît elle-même par nature et par essence. Les autres choses au contraire elle les connaît toutes par le moyen du discours, en tant qu'elle a conscience d'être eUe-mêvie modifiée par celles-ci et de devenir celles-ci. C'est pourquoi toutes ces questions par lesquelles on demande ce que c'est que l'âme et comment elle meut le corps sont les questions du sens externe, — dont le regard est tourné vers les autres choses et qui s'instruit par l'entremise des impressions passives, — et non pas du sens interne qui est essentiel. De même que le cithariste habile sait, en pinçant la cithare, en tirer des sons musicaux sans réfléchir s'il doit toucher telle ou telle corde et de telle ou telle manière, tandis que l'élève doit y réfléchir et y veiller, de même l'âme, sans délibération, se connaît et accomplit ses propres opérations, conduite par un art inné qui lui est propre et qui dépend de l'art de l'Etre Premier. Elle semble cependant l'avoir oublié,

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