Ad. et T., VII
rations, sinon que pour Descartes le passage immédiat de l'idée à l'être, interdit ici par le Cogita même, ne devient légitime qu'une fois démontrée l'existence de Dieu, et avec elle la véracité divine, seule garantie pour la raison humaine d'une exacte correspondance entre ses connaissances claires et distinctes et la nature de choses réellement existantes ?
Une remarque dont la signification est la même s'applique au problème de l'existence du monde extérieur. Sans doute, comme l'a justement noté Hamelin, « Descartes n'a pas été idéaliste d'intention. Quelle que soit la conclusion à laquelle il aurait dû logiquement aboutir, toujours est-il que, en fait, il a conclu à l'existence de réalités hors de l'esprit. L'idéalisme ne lui a jamais apparu comme une vérité, mais seulement comme une possibilité ». Mais il n'en a pas moins profondément compris « que cette possibilité s'imposait inéluctablement à l'examen du philosophe » ^'. Or, à le comprendre clairement, il était le premier. Le doute de Campanella portait seulement sur le contenu de la science empirique du monde extérieur mais non pas, du moins explicitement, sur son existence, et le doute de Saint-Augustin, limité dans le De Tnnitate aux diverses représentations hypothétiques de la nature de l'àme, se présentait dans le De Civitate Dei comme une contestation non pas de la réalité des choses corporelles, mais plutôt de la valeur de toutes les connaissances médiates acquises par le moyen des sens, conservées par la mémoire et évoquées par l'imagination ^. Le doute cartésien au contraire, nous entendons le doute qui survit quelque temps au Cogito, atteint toute existence qui n'est pas donnée immédiatement à la pensée et dans la pensée.
Ainsi, grâce à la puissance de la réflexion qui s'est appliquée à la comprendre et à la repenser, la preuve de l'être par la conscience est sortie des Méditations de Descartes renouvelée et approfondie à un tel point qu'on peut la considérer, dans sa signification la plus proche de l'idéalisme, comme son invention personnelle. Ce n'est pas le « si dubitat, invit, si dubitat, cogitât » ou le « si enim faïlor sum » de Saint-