‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 2 sur 158 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

de cette conformité de pensée avec l'illustre docteur : (( Quae de mentis a corpore distinctione disseruisti, certe clara, perspicua, divina mihi indentur, atque ut veritate nihil antiquius, eadem fere a S. Augustino, toto pêne lihro 10 de Trinitate, sed maxime capite 10, luculenter esse disputata non sine magna voïuptate percepi » ^

Dès lors, dans leurs tentatives de rapprochement entre la pensée de Descaries et celle de Saint- Augustin, l'erreur d'interprétation des contemporains du philosophe était loin d'être complète et totale : ils avaient pour eux, sans le savoir du reste, l'aveu involontaire et indirect du maître lui-même. Il n'est donc pas possible de faire fi de leur opinion, encore que quelques-uns, en relations directes avec Descartes, aient enregistré, sans plus insister sur ce fait, la déclaration de ce dernier niant tout emprunt et toute influence, et alléguant une heureuse rencontre d'idées sur « une chose qui est de soi si simple et si naturelle à inférer » ". — Or cette opinion est bien nette et bien ferme : comme l'a déjà noté Nourrisson, les partisans comme les adversaires du cartésianisme, pour combattre ou pour défendre la doctrine, se placent toujours, au XVIP siècle, sur le terrain de la philosophie augustinienne '.

La plupart précisent de la même manière qu'Arnauld le point d'accord des deux philosophies : leur commune distinction, fondée sur le Cogito, entre l'âme, substance pensante, et la matière, substance étendue, et les plus érudits, comme Arnauld encore, renvoient le lecteur aux mêmes textes du De Trinitate. C'est Rohault qui dans ses Entretiens sxir la Philosophie (Paris, 1671) imprégnés d'esprit rartésien, déclare (p. 17) qu'il conçoit « la matière des choses naturelles comme une substance étendue en longueur, largeur et profondeur, ainsi que St-Augustin la définit en plusieurs endroits ». — C'est De la Forge qui, dans sa préface au Traité de l'esprit de l'homme, de ses facvltés et fonctions, et de son union avec

1. Lettre d'Arnauld à Descartes du 3 juin 1648, Ad. et T., V, 186.

2. La remarque est de Descartes : Ad.^et T., III, p. 247-248.

3. Nous mettons ici largement à profit les observations de Nourrisson : pages 200-239 du second volume de son ouvrage : La philosophie de Saint- Augustin, Paris, Didier et Cie, 1865. — Nous désignerons désormais ce livre par l'abréviation : Nourrisson, Saint-Augustin.

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