‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 3 sur 158 · I.MRODICTIO.N · texte numérisé non relu

I.MRODICTIO.N

Ir corjis. suiraiil Ivs jtrincijies de liené D^'scartes (Amslerdaiii, Wolfiian;.'), (UVlurc qu'il lui faudruil di's « livres entiers » pour rajiporter tous les passages de Saint-Auguslin conformes ai: sentiment tle M. Descartes, « soit au sujet de l'Ame, soit louchant la machine de son corps ». C'est Clerselier qui dans - 1 préface au « Traité de l'Homme » de Descaries, accomj.agnée des remarques de Louis de la Forge fParis, 1729) invoque maintes fois en faveur de la nouvelle philosophie l'autorité de Saint -Augustin. C'est Huet qui dans sa Censura (•liilosophiae cartcsianae ne voit dans le Cogito qu'une reprise des arguments de Saint- Augustin contre les sceptiques et les Nouveaux .Académiciens, et, dans les preuves cartésiennes de !a distinction de l'âme et du corps qu'un simple démarquage des te.xtes analogues du De Trimtatc \ .Mêmes références dans "ouvrage du Père Poisson, de l'Oratoire, intitulé : Commenloires ou Remarques svr la méthode de René Descartes ÇVendôme, 1670). Enfin le Père Malebranche, qui développe de la manière la plus originale la doctrine de la vision en Dieu, si étroitement liée à l'aspect théologique et augusfinien du Cogito, iH' manque pas, dans le premier tome de la Hecherche de la Vérité, pour préciser les origines de son propre enseignement touchant la différence de l'âme et du corps, de rappeler, en même temps que les Méditations, la doctrine contenue dans i-f même chapitre dix du livre X du De Trinitate ^.

Nulle raison de fait ni de droit ne subsistant donc plus pour

I. HuPt, Censura plùloxophiae cartesianae, e<litio quarta, Parislis, 1694, ;> 244 sq. — Voir les tf^xtos ritt''S par .Nourrisson, o. c, II, p. 214-21.*), et notamni<»nt : « ...Hoc primuin a «liihitatione sumptuni philosophandi initium caiisasque dubitandi ab .Vcadcniicis et Scepticis jam ante excogitata esse pervulgatum est... Dubitationem banc, an sumus, proponit et -•olvit .\upustinus... Fundanientum istud doctrinap suae : Ego cogito, ergo

um, aiJmonitns a Mersonno, Cartesius agnovit esse .Vugustini... Ex me jam supra audistis praocepta veri cogno-scendi projjosita ab eo in disserlalione de melhodo, communia esse rlisciplinarum omnium... Primum «luidem illorum, manifesto petitum est ex .\ugustini libris contra Acadeniicos... Quae ad demonstrandam naturani humanae mentis et cxistentiam Dei attiilit, in aliis fnndis nala reperimus, et vix quicquam super his novi proferri posse [lalain ipse déclarât : ac merito sane, exstant si

Miidcm m libro Augitstini de Trinitate probationes illae, (juibus animani

I corpore distinelam esse demonsiravit ». 2 Œuvres comjilètrs de Malebranrlic. Paris, 1837, t. I, p. 25.

nous détourner comme d'une recherche vaine et artificielle, de l'étude des sources augustiniennes du Cogito, il nous suffît, avant de l'entreprendre, d'indiquer pourquoi nous y joignons une analyse de l'argument tel qu'il se présente dans des textes fort curieux de Campanella, et un examen de l'influence que la théorie de l'âme et de la connaissance professée par ce philosophe peut avoir exercée sur l'élaboration de l'idéalisme cartésien.

A vrai dire, les considérations que nous avons développées plus haut sur la nécessité de replacer Descartes dans le milieu historique où son esprit s'est formé, suffiraient amplement pour justifier notre dessein. Si l'auteur des Méditations s'était nourri au collège de La Flèche de théologie et de métaphysique scolastique, pouvait-il ignorer 'd'autre part la philosophie italienne de la Renaissance qui au temps de son adolescence et de sa jeunesse triomphait chez les libertins de Paris et de province, et qui, depuis un siècle au moins, avec une hardiesse tantôt généreuse et inspirée d'un ardent amour de la science, tantôt désordonnée et bouffonne, et toujours mêlée de bizarres imaginations, tentait de saper par la base aussi bien les dogmes fondamentaux de la théologie chrétienne que les enseignements de la physique du moyen-âge ? — Nous verrons qu'en fait il en connaissait les grandes lignes et les tendances dominantes. Dès lors, si l'évolution de cette philosophie l'a conduite, chez Campanella, à admettre la primauté de la pensée, tant dans l'ordre de l'être, comme source primitive de la vie et de l'action, que dans l'ordre de la connaissance, à cause de l'antériorité sur les autres notions de la notion que l'âme a d'elle-même, pouvons-nous demander une connaissance exacte de la signification du Cogito à la seule étude des emprunts faits par Descartes, sous l'influence de la scolastique, ou plutôt encore de l'Oratoire, à un docteur de l'Eglise du IV® siècle, alors que tout près de lui une idée semblable est défendue par une philosophie vivante, remuante, bruyante même, applaudie par beaucoup de ses contemporains et combattue aussi par plusieurs de ses amis, mais présentant dans sa partie négative plusieurs points d'accord avec les tendances essentielles du cartésianisme ?

Avant donc tout examen de la question de fait, une saine

méthode historique exige que nous recherchions dans les écrits (le Descartes les traces que peut y avoir laissées la pensée de CanipaneUa, contemporaine de la sienne. Mais la connaissance des textes de cet auteur et la lecture de la correspondance de Descartes rendent plus pressante encore la nécessité de joindre t-nsemble les éludes des deux sources possibles du Cogito : l'étude de Saint-Augustin et celle de Campanella. D'abord une lettre du philosophe français nous apprend qu'il a lu les I uvrages de son contemporain italien quatorze ans avant la |iublication du Discours de la Méthode ^ Ensuite, lorsque «lampanella, dans sa Métaphysique, réfute par une preuve semblable au Cogito les doutes sceptiques élevés tant contre l'existence que contre la connaissance des choses, et plus particulièrement contre la connaissance de l'âme par elle-même, au lieu de cacher son emprunt, comme Descartes semble le faire, il cite en entier le passage du De Civitate Dei de Saint- Augustin dont il déclare s'inspirer'. Ces faits entraînent ainsi la position «l'ime nouvelle question : Descartes a-t-il lu ces textes de la Métaphysique de Campanella ? Connaît-il par cette lecture, ou directement, ou des deux manières, l'argument de Saint-Augustin ? Duquel des deux philosophes s'inspire-t-il le plus ? Et s'il a puisé à ces deux sources, comment imprimel-il la marque de son génie propre sur une preuve qui, loin l'èlre nouvelle, a pu être avant lui, d'abord une des armes 'le l'intuitionnisme mystique, à la fois platonicien et chrétien, contre le scepticisme et surtout contre le matérialisme, ensuite un argument puissant pour défendre contre les mêmes ennemis, en les ajustant à une sorte de panpsychisme magique, les idées fondamentales de la métaphysique animiste et spiritiiaiiste ?

La réponse à ces questions ne sera pas, nous l'espérons, sans intérêt. Si le passage de la scolastique au cartésianisme

1. Lettre de Descartes à Constantin Iluypens, mars 1638, Ad. et T., II, 47.

2. Met., pars I, p. 32, lib. I. Nous désignerons désormais par cette abréviation : Met. (Métaphysique) ou par les termes : i'niversalis Philosophia. l'ouvrage de Campanella intitulé : Thomae Campanellae IJniversatis Philosophiae seu Metaphy.iicarum rerum juxta propria dogrnata partes très, libri XVIII. Parisiis, 1638.

ne se fait pas par un saut brusque, par une installation décidée et sans retour en arrière, dans l'idéalisme qui caractérise la philosophie moderne, c'est à la fois parce que le Cogito, qui commande toutes les avenues de cette philosophie, est un emprunt à l'ontologie platonicienne et mystique de Saint- Augustin, dont il conserve des traits essentiels, et parce que la philosophie italienne de la Renaissance, que Descartes rencontre sur sa route, ménage pour lui la transition entre le réalisme dogmatique du moyen-âge et sa propre doctrine du })rimat absolu de la pensée.

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