Op. cit., lib. X, cap
48 LA COxMPARAISON DES TEXTES
humain sont en effet indiqués comme essentiellement sujets à l'erreur et dans le texte du De Civitate Bel et dans les passages bien connus du Discours de la Méthode et des Méditations. Pareillement, lorsque Descartes soustrait au doute les idéej qui n'impliquent ni affirmation ni négation ^ il ne fait que revêtir d'une forme plus précise une idée déjà exprimée par Saint-Augustin dans le Contra Academicos : l'erreur ne commence qu'avec le jugement ; pris en tant que tel et non rapporté à quelque réalité extérieure, le fait de conscience est l'objet d'une affirmation impossible à contester 2.
Gardons-nous pourtant de nier la portée supérieure conférée au doute cartésien tant dans le Discours de la Méthode, par la constatation des paralogismes des géomètres, que dans les Méditations, par l'hypothèse du malin génie et par l'idée d'un recours nécessaire à la garantie de la véracité divine : dépassant ainsi les limites étroites de la connaissance sensible, le doute méthodique pénètre dans le domaine du savoir rationnel lui-même, et finit par englober toute affirmation et toute négation, de quelque nature qu'elles soient. Mais, une fois ces réserves faites pour mettre en lumière l'originalité et la profondeur supérieure de Descartes, reconnaissons que, pour lui comme pour Saint-Augustin, la source principale de l'erreur se trouve dans « les idées ou les fantômes des corps » {phantasiae, phantasmata) . — Dans les Réponses aux secondes objections, il déclare que c'est « principalement des choses corporelles » qu'il faut « s'accoutumer à douter », si l'on veut « parvenir à une ferme et assurée connaissance des choses » '. De même, dans Vlnquisitio veritatis, c'est surtout sur les connaissances obtenues par le secours des sens qu'Eudoxe demande à son interlocuteur de faire porter son doute. « Eudo-
i. Réponse aux Instances de Gassendi, Ad. et T., IX, i, 206. — Cf. Troisième Méditation, Ad. et T., IX, i, 29 : « ...Car certainement si je considérais seulement les idées comme de certains modes ou façons de ma pensée, sans les vouloir rapporter à quelque autre chose d'extérieur, à peine me pourraient-elles donner occasion de faillir ». — Consulter Hamelin, Descartes, p. 110 et 111.
2. Contra Academicos, lib. III, cap. XI. Consulter Nourrisson, Saint- Augustin, I, p. 98-99.