I.E DIT ET I,'r?.\r,F Dl U COGITP » AIGUSTIMEN G
maluro théorique el logique nécessaire à la fois pour lui assurer sur le paganisme un triomphe qui au IV' si^^le n'était encore ni définitif ni surtout avoué, et pour le défemlre rontre lie dangereuses hérésies dont l'extension et le succès menaçaient de détruire en même temps la pureté de la foi, l'autorité et l'unité de l'Eglise.
Or, la doctrine qui avant sa conversion a le plus séduit Saint - Augustin et l'a détourné longtemps de la véritable sagesse, c'est l'enseignement de la Nouvelle Académie, contre lequel il dirige ensuite son premier ouvrage '. D'autre part, la profession religieuse vers laquelle à la même époque il inclinait aux moments où, las et dégoûté de la molle indifférence et du stérile nihilisme des sceptiques, il aspirait à apaiser sa soif de certitude, c'est l'hérésie manichéenne, qui justement exigea jikis tard du prêtre et de l'évêque les plus vigoureux efforts de polémique et de répression 2. Enfin, contre les retours offensifs du paganisme, le premier dogme h défendre était sans contredit celui du Dieu unique, pur esprit, Créateur et Providence de l'univers.
Les sceptiques, les'Manichéens, les adversaires de la doctrine
niciens, s'ils avaient vécu au temps du christianisme, n'auraient eu que peu de chose à changer dans leurs expressions et leurs doctrines pour devenir chrétiens, à condition toutefois de renoncer à l'orgueil.
1. St-Augustin, Contra Academicos, lib. III, cap. XX, trad. Nourrisson [St-Auguslin, I, o5) : « Parvenu à la trente-troisième année de mon âge, je ne dois point désespérer de posséder un jour la sagesse. Méprisant donc tout le reste de ce que les mortels appellent des biens, c'est à la recherche de ce bien unique que j'ai résolu de consacrer tous mes soins. Les maximes des Académiciens m'ont d'abord fortement détourné d'un tel dessein ; mais je crois avoir reconnu combien sont vaines leur? objections. Il n'est pas douteux en effet que nous soyons inclinés à la science par un double poids, par le poids de l'autorité et par le poids de la raison. Or je suis très déciilé à ne me séparer en aucun cas de l'autorité du Christ, car je n'en trouve pas de plus puissante. Mais je n'en veux pas moins pénétrer ses enseignements comme par la pointe de la raison. Car tel est, présentement, mu disposition d'âme, que je rlésire impatiemment arriver au vrai, non seulement par la croyance, mais aussi par la science. Cependant 'j'ai confiance que je rencontrerai chez les Platoniciens des doctrines conformes à celles de nos livres saints ».
2. Sur le manichéisme de St-Augustin, voir les Confessions, livre V, chap. X ; et Nourrisson, St-Augustin, I, 10, 29.
66 LE BUT ET l'usage DU « COGITO )) AUGUSTINIEN
de la Création, tels étaient donc les ennemis à combattre par les armes de la raison platonicienne. — Contre les premiers Saint- Augustin établissait qu'il y a une certitude et une vérité, contre les derniers que le monde est une création de Dieu. Mais quel dogme avait-il à défendre contre le manichéisme ?
Cette hérésie, à dire vrai, s'attaquait à tous les points importants et déjà plus ou moins bien définis de la doctrine chrétienne : problèmes du mal, de la liberté, de l'unité de Dieu, de la distinction de Dieu et du monde, etc., mais nous n'en retiendrons qu'un seul, en raison de sa liaison étroite avec le Cogito : la thèse de la spiritualité de l'âme. — Les succès du Manichéisme rendaient plus particulièrement dangereux le doute que laissaient subsister sur cette question les déclarations discordantes ou les hésitations des docteurs de l'Eglise, inclinant du reste pour la plupart, avec Tertullien et Arnobe, à professer la matérialité de l'âme, condition à leur avis des peines et des récompenses d'outre-tombe, marque certaine aussi de l'infériorité de l'homme vis-à-vis de Dieu ^ Imbu d'idées néo-platoniciennes, Augustin devait s'attacher à définir nettement sur ce point l'enseignement de l'Eglise, en l'opposant à celui des Manichéens, de manière à éviter le oéril d'un insensible glissement vers le matérialisme d'Epicure ou le panthéisme du Portique. A une solution du problème de la vérité, aux preuves de la Création, il devait joindre une démonstration de l'immatérialité de l'âme.
Nous reconnaissons ici les trois utilisations du Cogito. Dans les Soliloquia, et dans les textes du Contra Academicos où il se trouve déjà en germe, l'argument fonde la certitude sur la base inébranlable de l'existence de la pensée ; dans le De lihero arhitrio, en prouvant la réalité de notre être, il fournit immédiatement un point de départ à la démonstration du Dieu Créateur ; dans le De Tiinitate, il permet de déduire la spiritualité de l'âme de la connaissance qu'elle a d'elle-même 2. Des-