C'est l'expression employée par M. Gilson, o. c, p
la meilleure préparation à la foi est justement In défiance à l'épard de notre raison et en général de notre pouvoir de connaître. Bref elle ne porte pas contre les sceptiques, qu'ils appartiennent au parti de l'irréligion, ou à cette curieuse école née de l'enseignement de Montaigne et du second Pic de la Mirandoh', et qu'on a désigné du nom de « sceptique clirétienne » ^ — Mais justement, lorsqn 'entre 1623 et 1630, et plus particulit''rement pendant son séjour à Paris de 1623 à 1628, Descartes travaille à l'organisation systématique de ses idées scientifiques et de ses croyances religieuses, à quel principe la demande-t-il ? Au principe même de la certitude rationnelle, à la seule vérité qui subsiste, invulnérable aux attaques fies pyrrhoniens quand, reprenant leur argumentation, on a poussé avec eux jusqu'à ses plus extrêmes limites le doute universel. Ici encore nous pourrions donc découvrir l'influence des conditions historiques de l'époque et des préoccupations dominantes du milieu. La solidarité étroite entre les vérités de la science et celles de la religion, démontrée au sortir du doute par leur commune dépendance vis-à-vis du Cogito et du principe des idées claires et distinctes, se présente comme une réfutation vigoureuse, aussi bien du scepticisme, athée, déiste, ou chrétien, que de l'athéisme naturaliste et du matérialisme épicurien.
Avant d'examiner si les textes justifient notre interprétation, il importe de la préciser encore. Nous n'entendons nullement assimiler l'entreprise philosophique de Descartes aux tentatives d'apologétique, d'intérêt purement historique, qu'a suscitées au XVII^ siècle l'urgente nécessité de réorganiser sur de nouvelles bases tout le système des rapports entre le savoir scientifique et les idées religieuses fondamentales. Précisément parce qu'il est un grand philosophe, Descartes, au-dessus des problèmes métaphysiques et scientifiques particuliers pour lesquels les attaques pressantes des libertins et l'aveuglement d'une philosophie hostile au progrès exigeaient des solutions nouvelles, se pose If^ problème infiniment plus général de la
1. Les représentants rie cette tendance sont des disciples de Montaipne et de Charron : La Mothe Le Vayer, Huet. Nous étudions plus loin (Première Partie, Chapitre IV, 3), un ouvrage de La Mothe Le Vayer.
certitude. Malgré le titre de la première édition des Méditations (1641) : Meditationes de Prium Philosophia, in qui Dei existentia , et Animae Immortalitas demonstratur, la métaphysique qu'elles contiennent « n'est pas purement ni même peut être proprement une théorie de l'âme, de Dieu et du monde » ^ Comme l'a bien vu Hamelin, « elle est encore, elle est peutêtre surtout autre chose, à savoir une préparation à la connaissance, à la connaissance scientifique spécialement. Dans tout le cours des Méditations, c'est toujours à cette question qu'on revient : comment pouvons-nous sortir du doute, et en général, puis sur tel point, pui^s sur tel autre ^ ? ». Les solutions données à une si haute question présentent donc pour nous un intérêt bien supérieur à celui d'un simple essai d'apologétique, ou d'une réadaptation mutuelle tentée au XVIP siècle entre les méthodes ou les données de la science naissante et les vérités de la foi. Pour résumer d'un mot cet intérêt, il suffît de rappeler que la doctrine de Descartes est la première ébauche d'une philosophie idéaliste. Néanmoins, si entière que soit la sincérité de ce penseur, et si puissant que soit l'effort de spn intelligence, cherchant dans un approfondissement de la notion de pensée les fondements inébranlables d'une solidarité entre la science et la religion, cet effort n'est pas pour cela soustrait le moins du monde à l'influence des conditions historiques et psychologiques dans lesquelles il se produit, et ce sont ces conditions qui déterminent d'abord la position du problème de la certitude, ensuite la manière dont il est posé, et, dans une certaine mesure seulement, la nature de la solution adoptée.
m. — Les mobiles qui déterminent la vocation
MÉTAPHYSIQUE DE DeSCARTES.
Le PROBLÈME DES RAPPORTS ENTRE LA SCIENCE ET LÈS VÉRITÉS RELIGIEUSES FONDAMENTALES
Nous n'avons pas à insister longtemps sur l'erreur que l'on commettrait à assimiler Descartes à un philosophe du XIX^
1'. Hamelin, Descartes, p. 94-95.