Espinas, L'idée initiale, p. 2j
rhoniens ^ Le but du philosophe est le même que celui de son ami le théologien, car il écrit : « ...Encore que j'eusse vu il y a longtemps plusieurs livres écrits par les Sceptiques et Académiciens, ...et que ce ne fût pas sans quelque dégoût que je remâchais une viande si commune, je n'ai pu toutefois me dispenser de lui donner une Méditation tout entière » -. — Mais surtout il lui faut « maintenir la Divinité contre les injures des athées » * et, puisque ces derniers « se piquent de bon esprit et ne veulent se rendre qu'à l'évidence de la raison » *, il importe de rattacher les preuves de Dieu et de l'immortalité de l'âme à une affirmation première dont l'évidence soit telle, que la vérité de la religion s'impose avec « plus de certitude même que la géométrie ».
Î./Mais ces buts sont encore trop particuliers. Le problème général que le Cogito est destiné à résoudre se pose surtout parce qu'avant les années 1628-1629, dates de ses premiers travaux de métaphysique, les progrès réalisés par Descartes en physique et l'idée qu'il conçoit déjà sans doute de sa méthode, considérée comme une extension universelle de la méthode mathématique généralisée, lui ont fait prendre peu à peu une conscience très nette de l'attitude d'opposant où sa science mé-
Icaniste le place vis-à-vis de l'enseignement officiel de l'Eglise, et par conséquent de la nécessité de refondre tout le système de vérités sur lequel la scolastique établit l'accord de la science et de la théologie et la dépendance de la première vis-à-vis de la seconde. — Mais en même temps la nature des deux premiers buts réagit sur la manière dont le dernier est compris. La solution du problème est préjugée. Les sceptiques se trompent, et les athées sont dans l'erreur ; et comme le vrai ne peut contredire le vrai. Descartes croit à l'infaillibilité de