‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 41 sur 158 · Réponses aux Secondes Objections, Ad. et T., IX, i · texte numérisé non relu

Réponses aux Secondes Objections, Ad. et T., IX, i

3 Lettre à Mersenne du 25 novembre 1630, Ad. et T., I, 181-182. DescArtes y promet de réfuter les libertins et de prouver Dieu avec <( plus de certitude même que la géométrie ». II écrira auparavant la Dioptrique, mais seulement pour <( éprouver sa propre faculté d'expliquer ses conceptions et de persuader aux autres une vérité ».

4. Expressions employées plus tard par Descartes dans une lettre au Père Mesland (1645 ou 1646), Ad. et T., IV, 345-46.

MOBH.es de la vocation METAPHYSIQUE DE DESCARTES / (

l'Eglise, mais il ne doute pas non plus de ses raisons '. II croit à sa physiqu»^, mais i! n'y croirait plus peut-(^tre si elle se révélait inconciliable avec l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. De ses réflexions sur le fondement de la certitude, il ne pourra sortir qu'une justification des dogmes contestés par les libertins, bien plus, une justification telle, que l'apologie même de la physique en dépende, par sa liaison avec les deux notions essentielles de la véracité divine et de l'opposition absolue de la matière à l'esprit. — Ainsi, lorsqu'il songe à élaborer la doctrine du Cogito, l'esprit profondément religieux de Descartes ne se sentira satisfait qu'à condition non seulement de découvrir entre la science et la religion les bases d'un accord suffisant pour rassurer sa propre conscience sur la \é°i limité de ses efforts de savant, mais encore d'établir une subordination de la première vis-à-vis de la seconde, dont la constatation puisse ruiner définitivement les prétentions des libertins à représenter la raison et le progrès. I^ géométrie nouvelle est vraie ; vraie aussi la physique de l'étendue et du mouvement. Mais combien plus vrais les dogmes de la religion naturelle : l'existence de Dieu, l'immortalité de l'àme 1 L'ordre dans lequel les deux ordres de vérités devront être promus définitivement par le nouveau principe au rang de certitudes, est tenu de respecter cette primauté : la métaphysiffue de la véracité divine et de la distinction de l'àme et du corps, déduit* immédiatement du Cogito, précédera la physique mécaniste.

Que Descartes ait éprouvé des scrupules religieux à dresser contre l'enseignement de l'Ecole sa propre conception des méthodes et du savoir scientifique, c'est ce que prouve d'une

1. Cette déclaration se trouve dans une lettre écrite par Descartes à Mersenne en rlécembre 1640, et dont le but est de faire sonder par Gabriel .Naudé le cardinal << de Bai(mé » (Guidi di Bagno ou di Bagni, nonce du Pape en France) sur l'opportunité de la publication de la physique de Descartes, liée à l'hypothèse condamnée du mouvement de la terre. Les sentiments du philosophe entre 1610 et 1628 étaient certainement tout semblables, et il aurait pu écrire alors ce qu'il allait écrire en 1640 : t( Croyant très fermement à l'infaillibilité de l'Eglise, et ne doutant point aussi de mes rai-sons, je ne puis craindre qu'une vérité soit contraire à l'autre ». (Ad. et T., III, 250).

manière pressante l'ingénieuse et convaincante analyse donnée par M. Milhaud de la fameuse crise mystique de 1619 '. Le songe envoyé par Dieu le 10" novembre 1619, à un moment où Descartes, plein d'enthousiasme, découvrait « les principes de la science admirable » aurait eu pour effet de redoubler sa confiance dans ses propres lumières personnelles, dans ces « semences de science » qui sont en nous « comme des étincelles dans le silex » ^, et de le rassurer, par l'approbation d'en haut, sur la légitimité de son opposition à la raison raisonnante des scolastiques, bien inférieure à l'intuition spontanée des poètes et des philosophes. Ce n'était pas un mauvaiesprit d'orgueil {malus spiritus) qui le poussait contre l'Ecole (le temple) ; c'était l'inspiration du Ciel, l'esprit de vérité (la foudre, suivie de l'apparition d'étincelles de feu) ^, — et ainsi, la garantie de Dieu étant fournie d'une manière surnaturelle à l'effort personnel du philosophe vers la certitude, toute crainte devait disparaître en lui de manquer le but tant désiré d'un accord entre sa foi religieuse et ses convictions scientifiques. A l'appui de l'interprétation de M. Milhaud, rappelons ici un fait important. Au début de celte même année 1619, le 9 février, avait été brûlé à Toulouse un philosophe hostile comme Descartes à l'enseignement de l'Ecole et préoccupé comme lui d'approfondir les « arcana naturae » *. Quoi que l'on pense du sérieux des recherches et des spéculations de Giulio Cesare Vanini, on doit admettre que le danger, nous entendons le dan ger moral et spirituel, couru par les physiciens dissidents de

1. G. Milhaud, L'?ie crise mystique chez Descartes en 1619, Revue de Métaphysique et de Morale, juillet 1916, p. C07-G21. — Abréviation employée pour désigner l'article : Milhaud : Une crise.

2. Cogitationes privatae, Olympica {Ad. et T., p. ilO et 216) : « X novembris 1619, cuim plenus forera enthusiasmo et scientiae mirabilis fundamenta reperirem, etc.. » — Ibidem, p. 217 : « Sunt in nobis semina scientiae, ut in scilice, quae per rationem a philosophis educuntur, per iraaginationem a poetis excutiuntur, magisque elucent ».

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