‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 42 sur 158 · Milhaud, Une crise, p. 614 à · texte numérisé non relu

Milhaud, Une crise, p. 614 à

4. Voir l'ouvrage de Vanini : Julii Caesaris Vanini De admirandis naturae reginae Deaeque mortalium arcanis libri quatuor, Lutetiae, MDCXVI, Apud Adrianum Périer. — Sur Vanini, consulter : Francesco Fiorentino, Studi e Rittratti délia Rinascenza, Bari, Gius. Laterza e Figli, 19H, p. 423-471 ; — et Strowski, Pascal, t. I, p. 143 sqq.

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vail, à lu siiitt' <lii scandalo (•au^é pai- lontc ravfnliirt', frapjx'r vivement l'esprit de Descai'tes, couper court à toutes ses « velléités panthéistiques » ', et, à moins d'un encouragement direct de Dieu à persister dans la voie ouverte par lui aux sciences, le détourner des nouveautés subversives qu'il y rencontrait. — Mais cet encouragement, dont la réalité ne reposait que sur une confiance présomptueuse dans les faveurs du Cifl, allait-il suffire toujours au chrétien, en présence de nouveaux faits patents, où éclatait le désaccord entre les doctrines de l'Eglise et la nouvelle physique ?

Descartes découvre sa méthode à partir de l'hiver KJiO, lorsqu'il s'enferme dans son poêle près de la frontière de Bavière, et il est vraisemblable qu'en 1620 l'idée « d'ajuster les secrets de la nature aux règles de la mathématique », s'ajoutant par une généralisation d'un degré supérieur à la réforme de l'algèbre, à l'idée de représenter toutes les quantités par des lignes, et à celle d'appliquer à la géométrie la notation algébrique, le conduisait déjà pas à pas à la conception de la réduction de la matière à l'étendue et du mécanisme universel 2. Ainsi, à mesure qu'il avançait dans ses recherches de I)hysique, la rupture avec l'Eoole s'accentuait. Une réflexion

1. M. Espinas (Descartes, p. 392) lui attribue de telles velléités en se fondant sur certaines réflexions des Cogitationes priratae et sur les lectnres de Descartes à cette époque. De même (ibidem, p. 35.1) il écrit encore à ce sujet : « Il [Descartes] croyait inventer en écrivant dans ses jiremières Pensées en 1619 : » Il y a en nous des se^nences de savoir comme il y a du (eu caché dans le caillou. Les philosophes les en tirent par la raison. Les poètes les en font jaillir par V imagination, et celles-ci brillent davantage ». Qu'était cela ? C'était la doctrine que Descartes avait recueillie de ses lectures des Platoniciens du siècle précédent, Bruno et Carapanella, et qu'il pouvait lire dans le De Arcanis de Vanini, si bien que sa théorie de la fécondité native de l'esprit était elle-même un emprunt ».

2. E-spinas, L'idée initiale, ]>. 2o9 : « Il est bien difficile de fixer à quelles dates précises se placent ces généralisations succe8.«ives qui vont de la réforme de l'algèbre à la géométrie analytique, de celle-ci à la niathéniati.sation de la niécani(|ue et de la physique et enfin à la mathématique universelle. Ce qui est certain, c'est qu'elles se placent entre 1610 et 1028, l'année jtrobable de la rédaction des Regulae ad directionem ingenii, et que plus elles se développent, plus elles mettent en lumière la nécessité d'une refonte totale de la métaphysique ».

approfondie devenait nécessaire pour découvrir, par une refonte totale de la métaphysique, le point d'accord entre les vérités de la religion et les exigences de la science. Est-ce la raison pour laquelle, comme il devait le déclarer plus tard à Mersenne dans une lettre du 7 septembre 1638, il commença en 1623 à délaisser les problèmes particuliers de géométrie qu'à partir de cette date il n'aborda plus que de temps en temps à la prière de quelque ami ^ ?

De l'avis de tous les historiens de Descaries, c'est son séjour à Paris pendant les années 1626, 1627 et 1628, qui est décisif pour la formation de sa métaphysique. Mais tout indique que le besoin s'en est révélé plus tôt à l'esprit du philosophe. — La condamnation par la Sorbonne en 1624 des anti-péripatéticiens Villon, Bitault et de Claves, et l'arrêt par lequel, la même année, le Parlement de Paris proscrivait sous peine de mort les nouveautés philosophiques, devaient inspirer à Descartes, alors en voyage en Italie, de nouvelles craintes de dissidence, insuffisamment dissipées par le souvenir du songe de 1619, et cela au moment même où éclatait le scandale du procès de Théophile de Yiau, un des princes des libertins ^. Mais l'année 1623, qui avait été celle de l'arrestation de Théophile ^,

1. Espinas, L'idée initiale, p. 2o4. — Cf. Baillet, La vie de M. Descartes, t. I, livre II, ch. VI, p. 111. — Voir la lettre dont nous parlons dans Ad. et T., t. II.

2. Nous avons peine à nous figurer la gravité des responsabilités que l'on encourait en attaquant la physique de l'Ecole, et l'émotion que causait parmi les contemporains tout conflit- entre la nouvelle science et la théologie régnante. « L'idée d'une attaque possible, imminente peutêtre, contre cette physique surannée devenue gênante pour le dogme qu'elle était toujours chargée de soutenir, inspirait une sorte d'effroi... Il [Descartes] est lui-même encore tout troublé de l'aventure quand il la raconte dix-huit ans après dans le Discours de la Méthode... Pour les contemporains, la résolution de remplacer la physique scolastique par une autre avec l 'arrière-pensée de larges applications à la théologie, constituait un événement capital et peut-être ne se trompaient-ils pas. Aucun débat n'était plus redoutable. « A quel danger vous exposez la chose du monde la plus sacrée ! » s'écriait encore Arnauld en 1648 ». (Espinas, L'idée initiale, p. 256, 237, 2.o8).

3. Voir Frédéric Lachèvre, Le procès du poète Théophile de Viau {ii juillet 1623 — i^r septembre 1625), Paris, Honoré Champion, 1909, 2 vol. in-80. — Cf. Ch. Adam, Descartes, Ad. et T., t. XII, p. 78, note a de la page 92.

avait été marquée aussi par la publication de La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps ou jjrétendus tels ' du P5re Garasse, et surtout du gros in-folio de Mersenne : Quaestiones ceîeberrimae i/i Genesiui -. Enfin c'était pendant celte même année que Descartes avait pris connaissance des écrits de Campanella '. Tous les événements concouraient donc à faire éclater pour lui l'urgence d'une solution du problème de l'accord entre la science nouvelle et la foi.

Bien plus, le problème venait d'ôlre posé par un théologien de profession, qui allait être le plus actif et le plus dévoué des correspondants de Descartes, et il avait été posé en des termes tels qu'ils constituaient presque un aveu public de la nécessité d'un remaniement ou mieux d'une refonte totale de la métaphysique de l'Ecole. Mersenne en effet, parlant au nom des théologiens dans la préface de ses Quaestiones ceîeberrimae^ est tout prêt à rejeter le joug d'Aristote et à adopter une nouvelle doctrine de la matière si elle est prouvée par l'expérience et la raison. Malgré le décret de 1616, par lequel le Pape et le Saint-Office ont interdit la propagation de la doctrine de Copernic, il admettra l'immobilité du ciel et la révolution terrestre, s'il est démontré qu'on ne peut rendre compte autrement des mouvements des astres *. En des termes qui indiquent

1. In vol. in-4o, Parii!. 1023, chez Sebastien Chappelet. Cf. Strowski, Pascal, t. I, p. 129 sqq.

2. F. Marini Mersenni ordinis rniniifiorum S. Francisci de Paiihi Quaestiones ceîeberrimae in Genesim, cum accnrata textus explicatione, in-fôl., Lutetiae Parisiorum, MDCXXIII, Sumptibus Sébastian! Craraoisy. — Abréviation employée désormais : Quaestioires ceîeberrimae. — Le ehapitre de ce livTe qui fut supprimé avant la mise en vente et où Mersenne. exposant la situation religieuse de la France en 1622, dénonçait

Texistence de 30.000 athées, a été publié, traduit du latin, par M. F. Lachè\Te, dans la préface de son ouvrage : Les Recueils collectifs de poésies libres et satiriques, Paris, Champion, 1914.

3. Voir la lettre de Descartes à Constantin Iluygens de mars 1638, Ad. el T., Il, 4". — Nous analysons plus loin cette lettre : voir ci-apr^s : Deuxième Partie, chapitre III : La question de fait.

4. Quaestiones ceîeberrimae, Praefatio et prolegomena ad lectorem : ... Enimvero Theologi nunquam ulli authori assenliuntur, si ratione careat, quippe qui soli Deo, ut supremo veritatis authori firmiter adhaerent, et omnibus credunt, quae Deus per se, vel per Ecclesiam revelaf, ntque eredenda proponit, parati verbi gratia terrae motum, coeli quietem, ...adiiiittere, vel substantias, materiam, formam, etc. quae ab

une lecture récente de VApologia pro Galilaeo, publiée à Francfort l'année précédente ^ il repousse les reproches des « campanellistes » {injusta CamponeUistariun querimonia) ^, qui s'indignent de vori' la religion compromise dans la défense d'une astronomie contraire aux faits et au raisonnement. Mais en même temps il n'hésite pas à se rallier sans réserve ni restriction aux vues de Campanella sur la nécessité d'une interprétation très large et très libre des textes bibliques, afin d'en établir contre les infidèles et les hérétiques la conformité aux données de la science. Parlant au peuple, Moïse lui a expliqué les phénomènes de la nature en se servant d'iin langage conforme aux apparences sensibles et non pas à la réalité de.' choses. Le monde est un grand livre où nous devons déchiffrer nous-mêmes les caractères écrits par la main de Dieu ^.

Un tel langage, couvrant d'une autorité théologique pour le présent et pour l'avenir les nouveautés de la physique, constituait pour Descartes un précieux encouragement. Mais Mersenne ne se contentait pas de tracer un vaste programme d'assouplissement des dogmes scolastiques en vue de leur adap-

Aristolcle docentur, A-el ab aliis recentioribns afferuntur, tollere, si illud scripturae sacrae veritati, ob quam orania condita fuisse videntur, in quantum ad ipsuni Deum veritatis patrem refertur, magis convenire judicaverint. — Sur cette préface, voir F. Strowski, Pascal, t. I, p. 220-227.

1. Apologia pro Galilaeo, nifithematico fJorentino, Francofurti, Typis Erasmi Kempfferi, 1G22. — Abréviation désormais employée: Apologia.

— Sur la doctrine de Campa(iella relative aux rapports entre la science et les vérités de foi, voir ci-après : Deuxième Partie, Chapitre II : La comparaison des buts. — Se reporter aussi à notre livre : Campanella, Cinquième Partie, chapitre premier, I : Théologie et Philosophie, Le libre examen.

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