Quaestiones celeberrimae, loc. cit., en marge
3. Op. cit., loc. cit. : Sciunt etiam [Theologi] locos Scripturae sacrae pluribus sensibus faecundissimos esse, et liberrine quolibet sensu utuntur... dummodo sensus ille veritatr minime repugnet... Quis in dubium revocavit scientiani rerum coelestium nonduni perfectam esse ? Christum Dominuui non venisse ut nos Astrologiam doceret ? Moysen philosophicas difficultates non attigisse, sed rem prout apparet explicavisse : philosophiam Christianis nec ullam aliam veram scientiam prohibendam esse concedimus... Mundus codex est Dei in quo jugiter légère deberaus.
— On croirait lire un résumé de VApologia pro Galilaeo de Campanella.
— Cf. Apologia, p. 14. 21, 22, 24, 25, et passim.
MOBILES IiE LA VOCATION MÉTAPHYSIQl E DE DEPCARTES 83
lation aux nouvelles disciplines scientifiques ; dans le fatras d'(^ru<lition désordonnée et le pôle-inèle d'arguments pris de toutes mains qui caractérisent le plus souvent sa manière, on discerne jjarfois quelques indications sur des modifications ytrécises à introduire dans la métaphysique, et toujours l'idée très nette de retourner contre les libertins les vérités de cette science dont ils se servent comme d'une arme contre la religion, Mersenne, pour prouver l'existence de Dieu, esquisse la théorie lies idées innées, la fait suivre de l'argument ontologique ' : f[, avec plus de bonne volonté et d'abondance prolixe que de pénétration ou d'habileté dialectique, il prouve encore Dieu par la géométrie, la musique, l'astronomie, la mécanique, la ratoplrique, l'hydrostatique, la sphénostafique, la poliorcélique, la pyrotechnie, etc. — Or, à la même date, Descartes lit des ouvrages de Campanella : peut-être VApologia pro Galilaeo, -ùrement le De sensu rerum et uiayiâ, et en outre le Prodroinus Philosophine instaurandae et sans doute la Realis Philofiophia epilogistica ^, et son attention est attirée par ces livres non seulement sur une théorie de la perception qui bannit les <( espèces intentionnelles » comme des inventions arbitraires et chimériques, mais encore sur le problème difficile et central de la connaissance de l'àme par elle-même, et sur une doctrine curieuse de l'identité de l'être avec la conscience de soi *. — Ainsi, en même temps qu'un exemple qui sert de stimulant à -a volonté de préparer entre la science et la foi une réconciliation dont les libertins et les scolastiques paieront en commun les frais, il reçoit de nombreuses suggestions sur les moyens ■1 mettre en œuvre, les idées à réorganiser, les rapports de notions à remanier dans son système.
Et n'oublions pas que Mersenne récidive : ses deux volumes de 1624 contre L'Impiété drs Déistes, athées et libertins*
i. Op. cit.. cap. I, vprsic. 1, art. 3 et 4, col. 231. 232, 233 : — cap. I. vor». I. art. i, obj. 1, col. 2.S8, 26i-2f;2, 272, 278.
2. Tous CCS points seront établis plus loin : Deuxième Partie, cbapi- Ire III : La (/uention de fait.
3. Voir ci-nprès Deuxième Partie, chaiiilre IV, 2 L'Ivfïuence positive : l'innéistne et le Cogito.
4. Le premier, dont la d^^dicacc.à Richelieu est datée du 8 juin 1624, ••st intitulé : L'Impiété dex Déistes, athées et libertins de ce temps,
contiennent, exposés sous une forme moins aride et moins rebutante, des développements identiques à ceux du gros infolio des Quaestiones celeherrhnae ; de plus en 1625, devançant encore dans cette entreprise l'auteur du Discours de la Méthode, il dirige ses coups contre les sceptiques et les pyrrhoniens en publiant cet ouvrage sur la Vérité des Sciences^ qui, selon le mot de M. Espinas, est (( une sorte d'encyclopédiemanuel, pour voir ce qu'il y avait dans la tête d'un homme médiocre, mais incontestablement fort instruit, le condiscip'° et le meilleur ami de Descartes, qui puisse répondre aux ques tions que va se poser notre philosophe sur l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la certitude » ^. — Cependant Descartes, dont les idées sur la méthode devaient approcher df leur point de maturité, puisqu'il y réfléchissait depuis 1619, et qu'elles allaient trouver en 1628 leur expression précise dans les Regulae ad directionem ingenii, arrivait à Paris pour y passer les années 1626, 1627 et 1628, et dès la première de ces trois années nouait des relations avec le cardinal de Bérulle, fondateur de la Congrégation de l'Oratoire, son disciple le Père Guillaume Gibieuf, et d'autres religieux du même ordre ' : le Père de la Borde, le Père de Sancy et le Père de Condren.
Pour mesurer la profondeur de l'influence exercée sur les sentiments et les pensées du philosophe par le cardinal de Bérulle, il suffît de se souvenir que celui-ci devint son directeur de conscience *, et que d'après Baillet, Descartes plus tard « le considérait après Dieu comme le principal auteur de ses desseins et de sa retraite hors de son pays » ^. Si à la fin de l'année 1628 il médite un traité sur la divinité, si en 1629 il prend la décision d'écrire ses pensées métaphysiques et
combattue et renversée, etc., in-8o, Paris, Billaine, 1624. — Le second, dont la dédicace est datée du 9 juillet 1624, a pour titre : L'Impiété des Déistes, et des plus subtils Libertins démontrée et réfutée, etc., petit in-80, Paris, Billaine, 1624.