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et de persuader aux autres une vérité » ; et s'il « trouvait par expérience que cela fust », alors il achèverait ce « petit traité de Métaphysique » commencé en Frise, dont il s'était entretenu antérieurement avec le Père Gibieuf ^
L'opposition est manifeste entre ces déclarations et l'attitude adoptée ultérieurement par Descartes. On sait assez que dans les dernières années de sa vie il se posera en physicien de profession et affectera de l'éloignement et même de l'indifférence pour la métaphysique, matière qu'il considérait en 1630 comme celle qu'il avait « le plus étudiée de toutes » et « en laquelle, grâce à Dieu », il s'était « aucunement satisfait ». — Mais entre ses sentiments de 1630 et ceux de 1641, — dates séparées cette fois seulement par un intervalle de onze années, — il y a un contraste plus intéressant parce qu'il porte sur un point plus précis. En 1641, dans une lettre sur laquelle M. Gilson a insisté. Descartes dévoile à Mersenne, sur le ton de la confidence, les véritables raisons pour lesquelles il se présente dans les Méditations comme le défenseur de « la cause de Dieu et de la religion » : c'est, dit-il, pour obtenir l'appui de la Sorbonne, indispensable au succès de sa physique ; celle-ci sera reçue, et officiellement approuvée, si sa métaphysique, qui en contient les fondements, est d'abord acceptée 2.
Ainsi, en 1630, Descartes voit dans sa physique un premier essai de sa méthode, destiné à préparer les voies à la métaphysique. En 1641 les rôles sont renversés : c'est la métaphysique qui doit précéder, pour faire accepter ensuite la physique, et pour lui « fonder le gué ». En 1630, le but suprême est d'établir la certitude des vérités de la religion, et la physique n'est conçue que comme un exercice, une épreuve préparatoire, un moyen en vue de cette fin plus haute. En 1641 la destination du système est l'instauration et la propagation de la nouvelle physique, tandis que la métaphysique et l'apologétique même ne sont présentées que comme des préfaces et des garanties, des m'oyens de prudence en vue d'une
1. Ad. et T., I, p. 181-182. — Voir p. 144 la note b de M. Ch. Adam.
2. Lettre de Descartes à Mersenne du 28 janvier 1641, Ad. et T., III, p. 297-298. — Cf. E. Gilson, La liberté chez Descartes, p. 437.
fin qui «'st W' succès du savant cl de son œuvre. Enregistrons ce revirement d'altitude, et ce changement de point de vue, et rappelons-nous, pour nous les expliquer, la profonde et bien compréhensible émotion que la nouvelle de la condamnation de Galilée avait causée à l'auteur du Traité du Moude^ comme à tout le publie savant ^, mais n'oublions pas, comme on le fait trop souvent, que la première attitude du philosophe, contemporaine de la [iremière élaboration de sa métaphysique, — dont les Méditations conservent malgré tout le contenu essentiel, — nous révèle mieux que la seconde la pensée initiale qui avait dû y présider.
Guidés par cette pensée, dont nous avons expliqué plus haut la signification essentielle, nous pouvons mieux comprendre, au moins du point de vue de sa reconstitution psychologique, la suite de pensées qui conduit Descartes à la théorie de la véracité divine, et celle-ci à un cercle vicieux apparent '. — En étudiant la « crise mystique » de 1619, M. Milhaud a justement noté « le besoin que sentait déjà Descaries de la garantie de Dieu, même quand jaillissent de nous, comme du silex, les étincelles de vérité ». Sur la vérité de sa
1. Cette émotion est visible notamment dans la lettre bien connue adressée à Mersenne fin novembre 1633 {Ad. et T., I, 271). Mais Descartes exprimera avec plus de vivacité, dans une lettre au même correspondant, le 31 mars 1641, son courroux contre « ceux qui veulent abuser de l'autorité de l'Eglise pour exercer leurs passions, j'entends de ceux [dit-il] qui ont fait condamner Galilée, et qui feraient bien condamner aussi mes opinions, s'ils pouvaient, en même sorte ». {Ad. e' T., 111, 3i9-3o0).
2. La stujicur fut grande dans le milieu d'érudits et de savants qui étaient les correspondants de Claude Fabry de Peiresc : les frères Dupuy, les deux Bourdelot, Mersenne, Gassendi, La Mothe Le Yayer, Elie Diodati, Gabriel Naudé. etc. — Peiresc écrit à Holstenius le 2 juin 1033, au sujet du procès de Galilée, qu'en France « on trouve étrange sa persécution ; ...cela éclate partout ». Il ajoutait : « Je pense que ces pères peuvent aller à bonne foy ; ...ils auront de la peine à le persuader au monde ». {Leltreg de Peiresc, publiées par Philippe Tamizcy de Larroque, t. V, Paris, 18'.»4, Imprimerie Nationale, p. 406-407). On sait que Peiresc tenta d'intervenir auprès du cardinal Franceseo Rarberini, secrétaire d Etat du pape l'rhain VIII, en faveur de Galilée, mais que de ses bons offices le savant n'attendait pas grand effet (Lettre de Peiresc à Gassendi du 26 mai 163;j. vième p?v/y/icanon, t. IV, Paris, 1803, p. r)02).