‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 46 sur 158 · Voir Ilamelin, Descartes, p. 138 sqq · texte numérisé non relu

Voir Ilamelin, Descartes, p. 138 sqq

doctrine, puisée aux sources de l'intuition et de la lumière naturelle, le philosophe à cette date ne se sentait pleinement rassuré qu'à la suite des songes où il avait cru discerner une approbation d'en haut. Quoi d'étonnant à ce que plus tard la garantie du Cogito lui paraisse insuffisante pour fonder la valeur objective des idées claires et distinctes, encore que les preuves de l'existence de Dieu, qui vont lui fournir une nouvelle garantie, impliquent déjà précisément, en même temps que la certitude du Cogito sur laquelle elles reposent, la confiance dans la vérité de ces idées ? Il n'en faut pas douter ; dans cette suite de pensées, le principe fondamental et premier, c'est Dieu ; cette conclusion qui, avec quelques réserves de forme, semble être celle de la pénétrante analyse de M. Milhaud \ se dégage aussi de toutes nos inductions antérieures.

Réfléchissons en effet au caractère nouveau de l'apologétique méditée par Descartes sous la direction religieuse du cardinal de Bérulle. Cette apologétique, pour établir entre les grandes vérités de la foi et les principes de la physique nouvelle une indissoluble liaison, ne visait pas seulement à dégager la science, suivant l'exemple donné par Mersenne, de ses compromissions avec les fausses doctrines telles que le panthéisme, mais encore à faire voir en elle un fruit naturel de la conception chrétienne de Dieu et de l'immortalité de l'âme. Par suite elle devait présenter la solidarité entre les principes de la religion et ceux du savoir positif sous la forme d'une dépendance étroite des seconds vis-à-vis des premiers. Or c'est bien sous cette forme que Descartes la présente, non seulement dans sa doctrine générale de la certitude, lorsqu'il pose pour condition de la vérité de toute science « la seule

1. Milhaud, Une crise, p. 621 : (( Quand on rencontrera plus tard le cercle cartésien, et qu'on se demandera quel est celui des deux principes qui est premier de la lumière naturelle qui prouve Dieu ou de Dieu qui en garantit la valeur, les Olympica nous aideront peut-être à sortir de la difficulté, puisque nous y voyons Descartes découvrir les germes des sciences qui sont en lui, non pas du jour oîi il tentait déjà de s'en fier à eux spontanément, — ou peut-être sous la poussée du malus spiritus dont il parle, — mais seulement du jour où à travers ses songes, il a entendu Dieu lui dire qu'ils le conduiraient à la Science universelle ».

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connaissant'»' ilu vrai Dieu » ', ou rallache l'hyjjollièst' du mécanisniv à la preuve de la distinction absolue et substantielle de rûnie et du corj)s, mais encore dans des tbéories plus particulières, lorsque par exemple il déduit de l'imniulabililé divine les règles du mouvement des corps, et nofaninienl la loi de l'inertie 2. C'est en ce sens qu'il faut vraisemblablement interpréter le renseignement qu'il donne h Mersenne en 1030 sur la subordination logique de ses travaux de physique à ses études de métaphysique, ou la promesse qu'il fait au lecteur (les Principes de PJiilosophie ', ouvrage de physique, de déduire toute sa philosophie de la connaissance de Dieu. C'est par là en effet qu'il a « tâché de commencer ses études », et il n'aurait (( su trouver les fondements de la Physique », s'il ne les eût « cherchés par cette voie » *. Tout se passe donc en fait comme si la certitude initiale était pour lui beaucoup moins celle du Cogito que celle de l'existence d'un Dieu véridique, ou comme si dans le « Je pense, donc je suis », il ne fallait voir qu'une première démarche inaugurant le processus psychologique par lequel la pensée échappe à l'étreinte du

1. Voir notamment la conclusion de la Cinquième Méditation (Ad. et T., IX, I, 5î)-uli, surtout le dernier paragraphe) : « Et ainsi je reconnais très clairement que la certitude et la vérité de toute science dépend de la seule connaissance du vrai Dieu, en sorte qu'avant que je le connusse, je ne pouvais savoir aucune autre chose. Et à présent que je le connais, j'ai le moyen d'acquérir une science parfaite touchant une infinité de choses, non seulement de celles qui sont en lui, mais aussi de celles (\n'i appartiennent à la nature corporelle, en tant qu'elle peut servir d'objet aux démonstrations des géomètres, lesquels n'ont point d'égard à son existence ». Cf. Principes de Philosophie, I, 13.

2. Principia Philosophiae, lib. II, art. 37 {Ad. et T., VIII, i, 62 ; — voir aussi art. 38). — Cf., même ouvrage, lib. IV, art. 203 et Traité du Monde, ch. lY, Ad. et T., XI, p. 35. — Consulter Hamelin, Descartes, p. îli et 26.

3. Principes de Philosophie, I, 2i : « Après avoir ainsi connu que Dieu existe et qu'il est l'auteur de tout ce qui est ou peut être, nous suivrons sans doute la meilleure méthode dont on puisse se servir pour découvrir la vérité, si de la connaissance que nous avons de sa nature, nous passons h l'explication des choses qu'il a créées, et si nous e.<«sayons de la déduire en telle sorte des notions qui sont naturellement en nos âmes, que nous ayons une science parfaite, c'est-à-dire que nous connaissions les effets par leurs causes ».

4. Lettre de Descaries h Mersenne du l.'J avril 1630, Ad. et T., I, 143-144.

100 l'utilisation cartésienne du « COGITO » AUGUSTINIEN

doute, et non pas l'idée claire et distincte, par elle-même absolument certaine, qui constitue, pour la systématisation logique et objective des notions une fois acquises, le premier anneau de la chaîne à former. — Sans présenter cette observation comme un principe d'interprétation philosophique du système, n'avons-nous pas le droit d'expliquer le fait par la formation historique et par la destination pratique de la métaphysique cartésienne ? Celle-ci prétend convaincre les sceptiques et les incrédules ; par suite, si incontestable que soit dans l'ordre objectif des notions la primauté de l'idée du Dieu véridique, le Cogito qui y conduit doit avoir le pas sur elle dans l'ordre subjectif d'acquisition des connaissances .

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