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Nous ne {Huivons pussor sous sileuce les Ifxlt's, — (♦Ttainomenl inconnus do Descarles, — que H. Ilauréau, \o bon historien de la scolastique, avait découverts dans Scot Erigène. «■I dans HtMric d'Auxerre, philosoi)lie français de neuvième siècle, et que cite aussi M. Picavel dans ses Essais. Voici ce qu'écrivait Heiric d'Auxerre en marge d'un poème sur la vie de Saint-Germain : k In onnii niititm rutiounli, inlcllecluali, tna haec z-jzix. sjvay.'.;. ivep^sia itiseparabiliter, semperque inanentia considcrautur. Ilonnn exemplum. Nulla natura ship rotionalis sive intellectualis est quop ignorât se esse, quamvis nesciat quid sit. Duin ergo dieo : inteUiyo me esse, nonne /loc rerbo quod est intelligo tria signifiée a se inseparabilia ? Nain et me esse, et posse, et intelligere me esse demonstro. Noîi enitn intelligerem si non essem, neque intelligerem si virtutc intelligentiae earerem ; nec illu virtus in me silet, sed in operationem inteîligendi prorumpit ». Et voici le texte de Scot Eriliène, à peu près copié par le moine d'Auxerre : « Haee enim tria in omni creatura sive corporea, sive ineorporea, ut ipse ' certissimis argumentationibus docet, incorruptibUia sunt, et inseparabilia, cùjCa. ut saepe diximus, 5jva;j.'.ç. IvÉpYSia. boc est essentia, virtus, operatio nnturalis. — Diseipidus. — Horum trium exemplum posco. — Magister. — Dum ergo dico : inteîitgo me esse, nonne in hoc iino verbo quod est intelligo tria significo a se inseparabilia ? JSam et me esse, et posse intelligere me esse, et intelligere me esse demonstro. ISonne vides verbo uno meam cj^iav, meamque virtutem et actionem significari ? Non enim intelligerem si non essem, neque intelligerem, si virtute intelligentiae careretn ; nec illa virtus in me silet, sed in operationem inteîligendi prorumpit » -. liien qu'il y soit question moins de la spiritualité de l'âme que de la preuve de l'existence par la pensée, ces passages sont intéressants parce qu'ils nous révèlent l'intérêt que l'argument de Saint-Augustin avait toujours éveillé au moyen-âge dans les esprits préoccupés de philosophie religieuse.
!. Ipse Ari8tot«les.
2. Textes cités par B. Hauré.iu, De la philosophie scolastique, Paris, Pagnerre, t. I, ch. VI, p. 132 sijii. — Voir le commentaire de M. Picavet, Essais, cb. XVII, i>. 33i.
122 l'élaboration historique du (( COGITO »
Beaucoup plus caractéristique est la thèse du premier Pic de la Miraudole, que nous remarquons parmi les 900 fameuses thèses proposées à Rome « de omnibus rébus » en 1487. Elle constitue en effet une affirmation très nette de la primauté de la connaissance de l'âme par elle-même sur les autres espèces de savoir qui toutes en dériveraient : c'est en se connaissant que l'âme connaît d'une certaine manière tous les autres êtres : « Anima seipsam semper intelligit et se intelligendo quodatn modo omnia etiam intelligit. Nihil intelligit actu et distincte anima nisi seipsam » ^ Singulièrement instructive aussi, nous le verrons, est la répugnance des scolastiques de l'époque à admettre une thèse qui consolidait d'une manière si heureuse la doctrine chrétienne relative à la souveraineté de l'esprit sur le corps ainsi qu'à la spiritualité et à l'immortalité de l'âme, mais qui était contraire à l'enseignement d'Aristote et de Saint-Thomas. La thèse fut en effet comprise parmi les treize conclusions que les rivaux de Pic de la Mirandole dénoncèrent au Saint-Office comme audacieuses ou suspectes d'hérésie. Le philosophe de l'Académie florentine qui, à l'exemple de Marsile Ficin, se proposait de faire servir à la défense du christianisme le prestige dont jouissait la pensée antique, et notamment le platonisme, même au prix d'un assouplissement • du dogme, et de canaliser ainsi les progrès de l'humanisme païen, si dangereux pour la foi, protesta énergiquement dans son Apologie, en se référant au De Trinitate de Saint-Augustin. Sa défense indique qu'il concevait nettement l'existence d'un mode d'intellection indépendant des sens et de l'imagination, secret, direct et permanent : « Anima nihil actu et distincte intelligit, nisi seipsam. Hanc declarando, dixi quod intelligebam de intelligere abdito, cujus meminerat Augustinus in libro de Trinitate... Secundo dico quod intelligo de illo intelligere abdito quod est sine phantasmate, vel adminiculo sensus aut phantasiae, et non adhuc de Cj[uocunque tali, sed intelligere abdito directo et permanenti » ^. Campanella a peut-être puisé
1. Joannis Pici Mirandulae Comitis Opéra quae extant omnia, Basileae, Per Sebastianum Henricpetri, Anno Christi 1601, tome II, p. 62. — L'ouvrage, en deux tomes, contient les œuvres des deux Pic de la Mirandole.