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ici sou itléo de la « )iotilia abdita », celle connaissance cachée que loule unie a d'elle-même •.
Les historiens de Descaries, et en particulier M. Espinas et M Adam, onl tous t^té frappés de l'abondance de la lilléralure apologétique publiée en France pendant le règne de Louis XIIL Les progrès de l'incrédulité, la vogue du libertinage qui est devenu le bon ton mondain et jouit parmi les courtisans do la faveur atlachée à la mode, la propagation parmi les esprits éclairés soit de l'idée de religion naturelle, puisée dans Bodin et dans Charron, soit des doctrines panthéistiques de Giordano Bruno, Vanini, Campanella, suscitent, non seulement de la part de l'Eglise, mais aussi de la part d'une société éprise d'ordre et de discipline religieuse et monarchique, une vigoureuse réaction qui gagne à la cause du catholicisme, tant parmi les laïques que dans le clergé, de nombreux défenseurs, inté ressés ou bénévoles. En même temps les conditions historiques particulières de l'époque concourent à donner à ces tentatives un caractère qui les distingue profondément des disputes théologiques antérieures. L'impuissance de la philosophie officielle à défendre par les méthodes et les arguments de la scolaslique, contre les disciples d'un Télésio, d'un Cardan, d'un Bruno, d'un Campanella, des dogmes vieillis dont elle lie maladroitement le sort à celui d'une physique périmée, et d'une théorie de la connaissance depuis longtemps dépassée, — l'inquiétante révélation, continuée depuis Pomj)onace, et enrichie par Crenionini, des impiétés d'un Aristole païen, que les libertins opposent triomphalement à l'Aristote chrétien du Docteur angélique, — la crainte éprouvée par bien des chrétiens sincères do l'élite inlt'ilecluelle de voir le monde savant, attristé ou révolté par la condamnation de Copernic et de Galilée, tourner le dos à l'Eglise et se détacher peu à peu du catholicisme, — enfin la largeur de vues d'un grand ministre, catholique, et
1. Campanella sVst insiiiré aussi d'une idée d'Agostino Donio. Sur ce point voir notre livre : Campanella, Quatrième Partie, chapitre premier, I. — L'ordre chronologique exigerait ici une étude de la conception du Cogito dans les œuvres de Campanella. Nous avons préféré, à cause de son importance, en faire un exposé distinct, auquel nous coosacrons toute la seconde partie du présent livre.
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allié des protestants de Suède et d'Allemagne, cardinal, et ennemi des extravagances et des subtilités théologiques, prenant en main les intérêts de la foi, mais les envisageant moins souvent du point de vue de l'orthodoxie dogmatique que du point de vue de l'ordre et du ralliement autour de la religion de l'Etat ^ ; — voilà autant de causes qui déterminent l'apparition d'une apologétique plus libre, plus mondaine, moins esclave de la lettre du dogme que soucieuse de le présenter, au prix de quelques remaniements, sous une forme accessible au sens commun, et d'en assurer le succès en le plaçant sous l'égide de la raison laïque.
En même temps que Descartes, qui renouvelle les bases sur lesquelles la philosophie officielle de l'Eglise avait cru depuis le moyeu-âge fonder pour toujours l'accord de la théologie et du savoir profane, apparaissent ainsi plusieurs écrivains, visant au même but, mais par des moyens différents. Les uns, plus dévoués aux vues politiques de Richelieu, et indépendants de toute école métaphysique, soupçonnés même d'incliner, sinon au libertinage, du moins à la conception d'une religion naturelle, estimée suffisante pour le salut de l'individu, et pour le bien de l'Etat, défendent le christianisme, comme Silhon, par des arguments rationnels, empruntés de toutes mains, et choi-
1. Cf. Fortunat Strowski, Pascal et son temps, t. III, p. 282 : « Richelieu aimait à s'entourer de gens intelligents et sans préjugés, honnêtes d'ailleurs, dévoués, actifs : c'étaient ses défenseurs devant l'opinion publique, c'étaient ses publicistes : Gabriel Naudé, l'auteur d'un traité des coups d'Etat ; Machon, l'auteur d'une apologie de Machiavel ; Silhon enûn. Ils ont tous un peu senti le fagot : ils détestaient les moines, ils avaient de l'éloignement pour Rome ; ils lisaient Lucrèce ; ils se rangeaient en physique et en métaphysique, — non en morale, — à la suite d'Epicure ; mais au demeurant ils étaient libres plutôt que libertins. En 1634 Silhon composa un livre sur V Immortalité de l'âme : il y a peu de libertins notoires qui n'aient écrit alors leur traité de l'immortalité de l'âme, de la moi'talité, disaient les mauvais plaisants. Celui de Silhon est composé de discours assez vagues ; apparemment aux yeux de l'auteur et du public la partie essentiellle du livre était la préface, belle page d'histoire, — une page qui contient bien des pages et qui est longue : c'est une apologie circonstanciée, précise, habile, de la politique de Richelieu. Et si l'on prétendait que Silhon y a seulement mis en œuvre des notes de Richelieu, ou même qu'il a seulement signé de son nom la prose de son maître, on n'avancerait rien que de vraisemblable )).
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sis de manioiv h siiuvt>j.'aitlt'i' moins l'espril chrélien (jue !•• respect pratique des grandes vérités religieuses, — ou encore, coinnie La Mothe le Va ver, par la méthode sceptique que Montaigne et Charron avaient inaugurée, et qui s'accorde tri^'s bien chez eux avec la prédominance des préoccupations politiques. D'autres, passionnés de science, comme Mersenne, cherchent, en présence des nouvelles doctrines physiques et métaphysiques, soit ù faire la part du feu en abandonnant quelques théories scolastiques ruinées par les objections de Télésio, Gior dano Hruno, (]anij)anella, ou de la nouvelle astronomie, soit même à faire accepter par l'Eglise les hypothèses qui, comme celles de Galilée, sont imposées par l'observation et par l'analyse mathématique et mécanique des phénomènes, et ils demandent aux Pères de l'Eglise, notamment à Saint-Augustin, et à une interprétation plus large et plus libre des Ecritures, une justification de ces innovations théologiques, du reste timides et prudentes ^ D'autres enfin, surtout parmi les Jésuites, s'efforcent, comme le Père Antoine Sirmond, de démontrer à la fois contre les libertins et contre les chrétiens devenus plus tièdes à l'égard de !a scolastique thomiste, l'accord, sinon de lo lettre, au moins de l'esprit de la philosophie d'Aristote. avec les enseignements de la raison naturelle relatifs aux grandes vérités fondamentales du spiritualisme.
Or, on constate un fait remarquable : c'est qu'en dépit d'une grande diversité de ton et d'inspiration, on rencontre dans toutes ces apologies des arguments qui se rapprochent de la conception augustinienne de la connaissance de l'âme par ellemême. Le Père Garasse, dans sa Doctrine curieuse des beaux esprits, Mersenne 'hms ses quatre ouvrages déjà cités, le car-
1. Voir la préface des Quaestiones celeberrimae in Genesim, et dans notre li\TC la Première Partie, chapitre III, 3, et la Deuxième Partie, chapitre II. — Mersenne eut un instant l'idée, après la condamnation de Galilée, d'écrire un livre pour sa défense, mais il y renonça (Ad. et T., I, o78-o79, note de M. .\dani). En revanche il inséra un éloge de Galilée dans les Cogilala metaphysica et il traduisit en I63i, un an jour pour jour après la condamnation du savant, les " Méchaniques n, un de ses livres les plus importants (.Vdam, Descaries, p. 172- 174). Remarquons en outre que la préface des Quaestiones celeberriviae (1623) est postérieure (de sept années) au décret du Saint-Office interdisant la propagation de la doctrine astronomique de Copernic.
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(linal De Bérulle et le Père Gibieiif, semblent, il est vrai, faire exception. TNIafs l'ouvrage du Père Garasse est un médiocre pamphlet où l'anathème et l'injure tiennent souvent lieu ds réfutation ; les écrits des Oratoriens ont pour objet moins la défense de la religion que l'élévation des âmes à la vie mystique (Discours de l'Etat et des Grandeurs de Jésus) ou bien, (c'est le cas pour le De libertate de Gibieuf) ^ la solution de l'épineuse question, purement théologique, de la grâce. Enfin, si Mersenne et le Père Gibieuf ne s'inspirent pas littéralement de l'idée de Saint-Augustin sur l'âme, ils ont du moins fréquemment recours, pour prouver, le premier l'existence de Dieu, le second la liberté humaine, à une notion très voisine du Cogito, celle des idées innées, en faveur de laquelle ils invoquent le témoignage du philosophe de l'illumination divine '^. Quelle est la cause de cette faveur accordée à la conception augustinienne ^
L'initiateur de tout le mouvement libertin du XVP siècle, c'est, vers 1516, Pierre Pomponace, dont les doctrines se perpétuent au sein de l'école de Padoue, notamment avec Simone Porzio et Cremonini, son dernier représentant, jusqu'au XVIP siècle, après avoir suscité, en dehors même du péripatétisme païen des alexandristes, la formation d'une doctrine de l'âme et de Dieu encore plus radicale et plus subversive : celle de Télésio et de Campanella. Avant Pomponace, jamais machine de guerre aussi redoutable n'avait été lancée contre l'édifice séculaire du spiritualisme chrétien. Suivant le mot de Silhon, ce n'est déjà plus aux murailles, c'est aux fondations qu'elle s'attaque ^ Et bien que la prudence du philosophe padouan lui ait suggéré une distinction préalable entre les vérités de raison, proportionnées à notre pouvoir de connaître, et les vérités mises à l'abri du doute sinon de la critique par l'autorité de la révélation, la contradiction constante
1. Gibieuf, De libertate Dei et creaturae libri duo, Parisiis, 1630.
2. Sur ce point, voir E. Gilson, L'innéisme cartésien, p. 483, p. 490 sqq.
3. « Jamais on n'a péché plus dangereusement contre la religion. Ce n'est plus le toit ni les défenses qu'on bat ; on attaque le pied de la muraille, on mine les fondements, on veut faire sauter tout l'édifice. » (De l'Immortalité de l'âme, par Silhon, p. 66, Paris, Billaine, 1634).
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qu'il rt'lèvo cjitr»' lo> premières et les seoondfs sur les problè int^s religieux les plus graves comme l'immorfalité de l'àme ', la possibilité du miracle, l'efficacité de la prière', ses déclarations sur l'utilité purement sociale et politicpip de la croyance aux peines et aux ré^'ompenses de l'autre vie, le l>esoin qu'il éprouve de fonder uno éthique naturelle indépendante de la morale révélée '. les textes enfin où il avoue exprimer des opinions personnelles plutôt que l'avis d'Aristote, démontrent d'une manière éclatante, en dépit de quelques survivances du reste purement paû^nnes, de transcendance métaphysique, le caractère foncièrement naturaliste de sa doctrine.
Or sur quels principes s'efforce-t-il en général d'étayer ses réfutations du dogme chrétien de l'immortalité ? D'abord sur la définition classique de l'Ame, consacrée par l'adhésion officielle de la scolastique : l'âme est la forme, l'acte du corps naturel organisé, ensuite sur la non moins fameuse formule de psychologie aristotélicienne : on ne pense pas sans images. Toutes deux en effet, si l'on veut être conséquent avec soimême, interdisent de concevoir une existence séparée de l'àme, la première directement, à cause de l'indissoluble liaison de la forme à la matière et de l'acte à la puissance ^ la seconde indirectement parce 'pie l'image dépend étroitement de la sensation et des fonctions corporelles, et parce que l'opération, qui est une suite de l'être (operari sequitur esse) nous en révèle les propriétés '. L'observation psychologique du reste con-
1. Dans le Tractatus de immortalitate animae Magistri Pétri Pomponatii Mantuani, Anno salntis MCCCCCXVI, Impressum Bononiae per Magistrum Justinianuni Leonardi Ruberiensem.
2. Dans le De iiaturalium effectuum admirandorum causis seu De hirantationihus Liber, Basileae, ex officina Ilenricpetrina, MDLXVII. — L'omTage est de lo20. — Voir l'exposé de'la théorie dn miracle de Pomponace dans notre livre : Campanella, Troisième Partie, chapitre III, 1 : La magie naturelle et l'idée de miracle chez les prédécesseurs de Campanella.
3. Voir le Tractatus de immortalitate animae, caput quartumdecimum, et le De Incantationibus, cap. XII, p. 249 sqtj. — Nous exposons la morale de Pomponace dans notre li\Te : Campanella, Cinquième Partie, chapitre III, 2.