‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 59 sur 158 · Voir p. 18 de VAnticampanella in Compendium redactus · texte numérisé non relu

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r<*prenclre dans l'ouvraj:»' du Pèif Siniiond '. Do là ces prédications ^'l ces aj»ologies où l'autour lios Penséen, à la suite dos jansénistes, cherchera on vain l 'expression des sentiments spécifiquement chrétiens et l'indispensable aveu de la nécessité, jiour croire, d'un secours surnalurt-l.

Mais d'autre part, par une contradiction qu'expliquent le souci de sauvegarder le dogme eueharislique indissolublement lié h la doctrine péripatéticienne de la substance et de la mnlière. la crainte de tomber en défaveur auprès d'Urbain VIII 'jt d'Innocent X. et surtout la ferme volonté de maintenir dans le monde chrétien la subordination de la science laïque à l'enseignement des théologiens, les Jésuites, si soucieux dans leur morale et dans leur syst«>me d'éducation de concilier pour les gens du monde les tendances modeines de l'humanisme, surtout littéraire, avec les traditions catholiques, manifestent au contraire dès le début une violente opposition à toutes les innovations de la Reiiaissani^e seientifique. Ils s'instituent, et ils restent pendant tout le XYIF siècle, les défenseurs intransigeants et obstinés de la physique, et en général de la science scolastique.

Aussi voyons-nous sans étonnement le Père Sirmond, qui tient Aristote pour le représentant le plus autorisé de la raison naturelle, s'efforcer d'établir dans les deux appendices de son livre la fausseté de l'interprétation donnée par Pompoiiace de la pensée du Stagirite, et d'instituer, sans s'écarter de celle-ci, une démonstration rationnelle de l'immortalité. Mais en même temps nous ne sommes pas surpris de la liberté avec laquelle à son tour il l'interprète, ainsi que la doctrine scolastique <le la ronnaissance, ne se faisant pas scrupule d'y introduire une forme de la pensée : la conscience de soi, qu'il déflare, par exception à la règle d'Aristote, indépendante do toute image. Nulle part on ne voit mieux que dans les passages où il expose cette théorie, (en citant ses sources : Saint- Augustin, Pic de la Mirandole). combien le Cogito, tel qu'il est compris dans lo De Trinitate, abstraction faite du doute

1. Sur c«tte attitufle des Jésuites, voir noire article : L'altitude religieuse des Jésuites et les sources du pari de Pascal, Hertie de Métaphiisique et de Morale, Juillet 1919.

134 l'élaboration historique du « COGITO ))

initial, était merveilleusement adapté à la réfutation de Pomponace, si difficile à mener à bien si on ne relâchait un peu de la rigueur des principes de l'Ecole. Nulle part non plus on ne saisit mieux la filiation aristotélicienne, plotinienne, augustinienne, du Cogito cartésien, envisagé sous un de ses aspects.

« Notre âme peut se connaître elle-même sans l'impression d'aucune espèce ^ « Les « espèces intentionnelles » sont nécessaires pour la perception des autres objets « faute de quelque chose de mieux » ^. Mais puisque dans la connaissance de l'âme par elle-même l'intellect et l'intelligible Sont « conjoints », il n'est nul besoin ici de quelque intermédiaire semblable à l'objet intelligible. En effet, « les approches des objets intelligibles ne se font pas en les distinguant de la faculté intelligente, mais bien plutôt les rendant une même chose avec elle. Aussi est-ce cette identité que l'acte de l'entendement a pour but » ^. Et cette identité, dans la conscience de soi, est bien supérieure à la ressemblance des objets aux espèces. « Qu'est il de plus présent, ie mieux uni et dont la ressemblance soit plus expresse en l'entendement que l'entendement même ? Pourquoi donc le déterminerons-nous par une substance ou qualité étrangère à ce que la nature lui a gravé au fond de son essence ? Que si le papier sur lequel nous écrivons était vivant, ne serait-il pas mieux disposé à nous parler de sa blancheur par elle-même que par aucune écriture * ? » On reconnaît ici l'idée et parfois les termes de Saint-Augustin. Mais poursuivons. Il « s'ensuit que c'est en vain qu'on veut que notre entendement ne soit pas suffisamment semblable à son objet, par son identité, pour parvenir à la connaissance de soi-même et qu'il doive s'y disposer à l'aide de quelque intentionalité. La nature n'a eu garde de l'obliger à ce moyen, lui en ayant procuré un meilleur et qui est plus selon son intention » ^.

1. Démonstration de l'Immortalité de l'Ame | Tirée des Principes de la ^'ature | Fortifiée de ceux de l'Aristote | Où plusieurs beaux secrtts de la Philosophie sont mis en leur jour | Par le P. Antoine Sirmond de la Compagnie de Jésus. A Paris chez Michel Soly, MDCXXXVII, p. 169.

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