Pascal, o. c, p
2. Los textes du chapiitre 10 doivent 4lre et seront eomplétf^s et éclairi^s par des rapprochements avec les textes des chapitres 1, 3, 4 et surtout 7 <t 0 du même livTe X du De Trinilate.
(( La Raison. — Toi qui veux te connaître, sais-tu que tu es? — Augustin. — Je le sais. — La Raison. — D'où le sais-tu ? — Augustin. — Je l'ignore. — La Raison. — Te sais-tu simple ou composé ? — Augustin. — Je l'ignore. — La Raison. — Sais-tu que tu es en mouvement ? — Augustin. — Je l'ignore. — La Raison. — Sais-tu que tu penses ? — Augustin. — Je le sais. — La Raison. — Il est donc vrai que tu penses ? — Augustin. — Cela est vrai... — La Raison. — Tu veux être, vivre et comprendre. Tu sais donc que tu es, tu sais que tu vis, tu sais que tu comprends » ^ Les Soliloquia sont un des premiers ouvrages d'Augustin, écrit probablement, en 387. L'auteur vient seulement d'être baptisé à Milan par Saint- Ambroise en même temps qu'Alypius. Ses écrits ne présentent pas encore ime tournure théologique très accentuée. Ils répondent à une préoccupation, bien naturelle chez le néophyte, de justifier par les arguments de la philosophie son détachement des écoles païennes et sa conversion à la religion du Christ, et d'expliquer comment, grâce au platonisme, il a pu échapper au double danger du scepticisme académique et du matérialisme des Manichéens, doctrines dont il avait d'abord subi la séduction.
Dans le De libero arhitrio, Alypius, qui veut prouver à Evodius l'existence de Dieu, lui demande de prendre pour point de départ de la démonstration le fait de sa propre existence, comme étant la vérité la mieux établie : « Premièrement je vous demande, afin que nous commencions par les choses les plus manifestes, si vous êtes, ou si peut-être vous ne craignez point de vous méprendre en répondant à ma demande, combien qu'à vrai dire, si vous n'étiez point, vous ne pourriez jamais être trompé ». Evodius répond qu'il ne veut pas s'arrêter à mettre ce point en discussion : « Perge potius ad cetera » ^. Arnauld rapprochait de ce texte les paroles suivantes de Descartes dans la seconde Méditation : « Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé qui met toute son industrie à me tromper toujours. Il est donc sans
1. Soliloquia, lib. II, cap. I. — Cf. Nourrisson, St-Augustin, t. I, p. 97.
2. De libero arbitrio, lib. II, cap. III. — Cf. Nourrisson, Saint-Augustin, I, 97.
LA COMI'AUAISO.N DES TEXTES '2'J
(Joiitp que je suis, s'il me l rompe » '. Notons soulenienl pour l'inslant que comme dans les Méditations la preuve de noire propre existence résulte ici de l'hypothèse même du doute professé sur cette existence, et qu'elle y sert aussi de point de départ et de fondement à la preuve de l'existence de Dieu. Si Saint-Augustin est prôtre lorsqu'il compose le De libcro arbitrio (entre 388 et 395), il écrit le De Civitate Dei r413-42G) lorsqu'il est évèque, responsable de la propagation de la foi parmi les infidèles et de sa défense contre les hérétiques. Bien plus cet ouvrage célèbre n'est sans doute terminé que dans les dernières années de sa vie, et l'on sait combien alors la préoccupation de la théologie a en lui pris le pas, progressivement, sur celle de la pure spéculation philosophique. C'est pour découvrir une image frappante de la Trinité que Saint-Augustin a recours ici au Cogito. Dans ses écrits fourmillent les analogies employées pour faire admettre ce mystère et même, à certains égards, pour le justifier, par une sorte de symbolisme pythagoricien qui est familier à l'auteur 2. Il les emprunte par exemple à l'amour qui implique un amant : le Père, un être aimé : le Fils, et l'amour : le Saint-Esprit ' ; à la vision qui implique le corps vu, l'action de voir, et r « intentio » de la vision, c'est-à-dire l'effort pour appliquer la vision au corps vu * ; à la division des sciences en Physique, élude de l'être, en Logique, élude du vrai, et en Ethique, élude du bien ; aux propriétés des corps, qui toutes se ramènent à l'unité de leur être, à leur forme et à leur ordre ^. Mais la trilogie qu'il préfère manifestement est celle des trois caractères fondamentaux de l'être humain : Etre, Connaître, Vouloir, ou de ses trois facultés : Puissance, Sagesse, Amour. Sans doute dans son esprit n'est-ce pas là seulement une image : dans les propriétés de notre être, fait par le Créateur à sa res-
1. Quatrièmes objections, Ad. et T., I.X, i, loi. — Cf. Hamelin, Descartes, p. 122. —
2. Sur ce symbolisme, voir le De Musica et le De Ordine, et Nourrisson, St-Aufjustin, I, p. 116-132.