II. — Le « Coyito » de Sai.nt-Algistin et sa thÈ'iuie
HF LA connaissance AUTORISENT LE PASSAGE DE L'iLLIMINATION
divine a j.a doctrine des idées innées.
L'origine algi stinienne de l'innéisme cartésien
.\u début (lu XViP siècle, bien avant la tentative philosophique de Descartes, la conception platonicienne des idées innées semble gagner dans l'esprit des théologiens la faveur perdue par la doctrine thomiste de la connaissance. Dans son excellent article sur l'innéisme cartésien et la théologie, M. Gilson a déterminé avec précision les causes de ce regain de faveur'. D'abord les eritiques incisives de Télésio, de Campanella surtout, inspirées par un sentiment très vif et très pénétrant de l'unité de l'àme pensante, et par suite de l'identité foncière des diverses facultés et opérations de rintelligencc dans la connaissance, ont rendu impossible le maintien d'une fidélité rigoureuse à la dodrine des « ]>lantaf>inata », des « espèces intentionnelles », et y interdis«'nl même imi un .sens des corrections et des j-etouches de détail, qui ne feraient qu'ajouter aux complications déjîi ruineuses de rinlellcct agent.
1. E. OitiJon, L'innéisme cartésien et la théoloyic, p. 4.'iG-M0 (Revue de Métaphysirjue et de Morale, juillf^l 1014).
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de rintellect patient, et du « sensus agens » ^ — En même temps les objections de Silhon, fondées sur la notion de l'irréductible dualité de nature de l'esprit et de la matière, incitent les théologiens soucieux de maintenir la vérité spiritualiste contre les libertins à abandonner cette idée d'une transmutation des « espèces sensibles » en « espèces intelligibles », qui « n'est pas si aisée à digérer ni si facile à comprendre » ^, et qui présente l'inconvénient certain de rapprocher et de confondre, au profit du matérialisme athée, ces frontières entre l'âme et le corps si malaisées déjà à délimiter. L'innéisme bénéficie ainsi « des critiques sous lesquelles succombe la thèse contraire. Il trouve naturellement place dans le vide que le départ des espèces intentionnelles vient de déterminer » ^.
D'autre part, le l^esoin de défendre l'existence de Dieu contre les objections d'adversaires qui niaient toute vérité révélée exigeait de la part des apologistes un appel à la notion innée que possède naturellement de l'Etre infini et parfait tout homme raisonnable. « Contre les libertins qui niaient la nécessité des principes de la religion et de la morale, on était heureux de pouvoir invoquer le témoignage irrécusable d'une conscience qui portait ces principes profondément gravés en elle. Favorable au mysticisme d^un Bérulle qui s'ouvrait par lui un itinéraire intérieur de l'âme vers Dieu, l'innéisme fournissait donc également aux apologistes une arme contre les incrédules » *. — Dans des ouvrages de métaphysiciens et d'apologistes bien connus de Descartes, la doctrine des idées innées se substitue donc peu à peu, bien avant 1629, à la conception scolastique de la connaissance. Mersenne n'est pas seul à la soutenir dans ■ .^-c Oiiacstiones celeherrimae in Genesim. « Silhon, cet autre ami de Descartes, Gibieuf et Bérulle, dont l'un s'entretenait volontiers avec lui sur les matières de philosophie et dont l'autre était son directeur de conscience ; Suarez, ce métaphysicien dont la pensée pouvait avoir atteint le jeune Des-
1. Voir ci-après : Deuxième Partie, Chapitre quatrième, I : L'influence négative, etc.
2. Sillion, De l'Immortalité de l'Ame, éd. citée, livre III, discours second, p. 599.