‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 75 sur 158 · K. (lilsiiii, art. cite, |). 48i, iioti · texte numérisé non relu

K. (lilsiiii, art. cite, |). 48i, iioti

4. Le problème du reste ne se reliait qu'indirectement à l'objet précis de son étude. M. (lilson (art. cité, p. 4%, note 2 de la pape 48'j; ne fait en outre qu'une rapide allusion à la critique des c espèces intentionnelles » telle qu'elle se présente dans les œuvres de Téléslo et de Campanella, et il s'abstient de trait*-r la question de l'influence qu'elle a pu exercer sur 11» pensée de Descartes.

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Suivant Saint-Thomas, nous ne possédons de notre âme qu'une connaissance indirecte, réflexe ' ; suivant Saint-Augustin, au contraire, la conscience de soi, qui révèle à l'âme sa propre spiritualité, est pour elle en même temps le type originel de la connaissance certaine, parce qu'elle est immédiate et directe, indépendante de toute impression corporelle et de toute action exercée par un objet extérieur. Il suffisait donc à Descartes, pour s'acheminer peu à peu à la doctrine des idées innées, d'étendre les caractères originaux de la conscience de soi même à des connaissances d'objets extérieurs et matériels, et la question est maintenant de savoir s'il pouvait, dans cette généralisation hardie, s'autoriser soit de l'enseignement authentique de Saint-Augustin, soit de l'interprétation donnée de cet enseignement par des philosophes et des théologiens postérieurs.

A vrai dire, entre l'intuition intellectuelle obtenue par illumination et les représentations sensibles ou Imaginatives, la place de l'opération par laquelle l'âme se connaît elle-même n'est nulle part déterminée avec précision par l'auteur du De Genesi ad Utteram. Devant le caractère paradoxal de cette nouvelle forme de la connaissance, dont il vient d'établir luimême l'incontestable réalité, mais où il ne découvre aucun exemplaire extérieur à la pensée du sujet connaissant, ni matériel comme dans la perception, ni spirituel et divin comme dans l'intellection, il reste vraisemblablement déconcerté, et il ne la fait pas entrer dans sa classification des divers modes du savoir. — Ceux-ci se ramènent à trois sortes de vhions ^, l'une corporelle, l'autre spirituelle, la troisième intellectuelle. La première, c'est la sensation, qui exige une action exercée sur nos organes par un objet extérieur. La seconde comprend

1. Saint-Thomas fl'Aquin, Summa theologica, I, 87, 3 ad Resp : Est autem alius intellectus, scilicet liumanus, qui nec est suum intelligere, nec sui intelligere est objectum primum ipsa ejus essentia, sed aliquid extrinsecum, scilicet natura materialis rei. Et ideo id quod primo cognoscitur ab intellectu humano est hujusmodi objectum ; et secundario cognoscitur ipse actus quo cognoscitur objectum ; et per actum cogriOscitui ipse intellectus cujus est perfectio ipsum intelligere.

2. Saint-Augustin, De Genesi ad Utteram, lib. XII, cap. 24, 30, 31.

l'oRIGLXE ALGl 8T1MENNE DE l'iNNÉIPME CARTÉSIEN 1 "»3

le souvenir ou vision d'un objel absent, et toutes les formes de l'imagination. La troisième correspond à la vision en Dieu ou illumination : c'est l'intellertion des essences j>ar « la partie principale » de notre âme ', éclairée par la lumière de l'entendement divin. Aucun de ces trois pouvoirs de la connaissance ne comiirend la conscience de soi parmi ses manifestations.

Pourtant, si l'on suif de près le développement de la théorie, on y reconnaît le même courant de pensée, déjà idéaliste en un sens, qui a conduit le philosophe à son opinion sur la primauté de la connaissance de l'àme par elle-même. Dans la vision corporelle, le rôle du corps se réduit à celui d'excitant et pour ainsi dire de messager. Sous l'impression reçue de l'objet extérieur, l'esprit vital ^spiritus) forme en lui une image qui n'est pas quelque chose de l'objet, mais quelque chose de semblable à l'objet. C'est dans la formation de cette image intérieure que consiste la sensation 2. Or l'esprit (spiritus), s'il n'est pas tout à fait immatériel, n'est pas non plus une nature corporelle à la rigueur. Il n'est pas le corps, mais il est semblable au corps : c'est ainsi qu'il tient le milieu entre les deux autres natures : celle qui est vraiment le corps et celle qui n'est ni le corps, ni quelque chose de semblable au corps, c'est-à-dire l'âme proprement spirituelle à qui appartient le privilège de l'intellection '. C'est .sans doute ce feu subtil et

1. De diversis quaestionibus octoginta tribus liber unus, cap. XLVI.

2. De Genesi ad Utteram, lib. XII, cap. 24 : Praestanlior est enim Visio spiritalis quam corporalis, et rursus praestantior intellectualis quam spiritalis. Corporalis enim sine spiritali esse non potest, quandoquidem momento eodem quo corpus sensu corporis tangitur, fit etiam in animo taie aliquid : non quod sit, sed quo<l eimile sit ; quod si non fieret, nec sensus iile esset. quo ea quae extrinsecus adjacent spntiuntur. Neque enim corpus sentit, sed anima per corpus, quo velut muncio utitur ad formandum in seipsa quod extrinsecus nunciatur.

3. Ibidem : Quapropter non absurde neque inconvenienter arbitror spiritalem visionem inter intelbctualem et corporalem tanqnam medietateoi quamdam obtinere. Futo enim non incongruenter médium dici quod corpus quidem non est, sed simile est corpori. inter illud qnod vere corpus est, et illud quod nec corpus est, nec simile corpori. — Cf. cap. VIII. —

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invisible qui pour les stoïciens constituait l'essence de l'âme (spiritus) .

Dès lors, différent du corps, et affranchi des propriétés matérielles qui l'alourdiraient et retarderaient ses mouvements, l'esprit vital peut former en lui-même les images des objets avec une surprenante rapidité. Il s'ensuit qu'au moment de la sensation ce n'est pas le corps qui sent, mais l'âme grâce au corps ; dans l'opération de la vision corporelle, où l'action est donc exercée non pas par le corps sur l'esprit, mais par l'esprit (spiritus) sur lui-même, celui-ci ne joue nullement vis-à-vis du corps le rôle de matière ; la vision spirituelle (visio spiritalis) n'est nullement subordonnée à la vision corporelle : c'est le contraire qui est vrai ^ Sans doute l'évocation des objets absents par la mémoire et par l'imagination, dans laquelle consiste cette vision spirituelle, suppose antérieurement à elle une j>erception directe de ces objets par l'entremise des organes des sens. Mais les images évoquées dans la conscience ont été, lors de cette perception, quand les objets étaient vus pour la première fois, formées dans l'esprit par l'esprit lui-même ^, en sorte que l'impression reçue par l'organe n'a fait qu'imprimer le branle à une activité spontanée et indépendante de l'âme, qui fonctionne ensuite pour elle-même dans les opérations de rappel des souvenirs et dans les libres combinaisons cle la fantaisie Imaginative.

La même prééminence de l'âme sur le corps apparaît dans les rapports de la vision spirituelle et de la vision intellectuelle ^ Pour juger, il ue suffit pas de se souvenir ; il faut encore contempler les essences des choses dans la lumière de

1. De Genesi ad litteram, lib. XII, cap. XVI : Nec sane putandum est facere aliquid corpus in spiritu tanquam spiritus corpori facienti materiae vice subdatur. Omni enii» modo praestantior est qui facit, ea re de quâ aliquid facit ; neque ullo modo spiritu praestantius est corpus, immo perspicuo modo spiritus corpore ; quamvis ergo prius videamus aliquod corpus quod antea non videramus, atque inde incipiat imago ejus esse in spiritu nostro, quo illud cum absens fuerit recordemur, tamen eamdem ejus imaginem non corpus in spiritu, sed ipse spiritus in seipso facit celeritate mirabili, quae ineffabiliter longe est a corporis tarditate.

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