LA CONCEPTION DE LA PENSEE
DANS LA PHILOSOPHIE DE NiCOLAS DE CuSA
Les ouvrages de Mersenne et de Silhon se plaçaient au point de vue nécessairement étroit de l'apologétique, et pas plus que ceux de Bérulle, qui était un théologien plutôt qu'un philosophe et un mystique plutôt qu'un théologien, ils ne visaient à établir une métaphysique originale sur la base d'une nouvelle doctrine de la connaissance. — Suarez au contraire avait été un théologien et un métaphysicien de profession, et de plus ses Metaphysicae Disputationes comptent, suivant le mot de M. Gilson, parmi « les œuvres représentatives par excellence de l'esprit philosophique dont les professeurs du jeune Descartes se trouvaient pénétrés » ^ Quelles sont les nouveautés introduites par cet auteur dans la théorie thomiste de la connaissance ?
Sans rompre tout à fait avec celle-ci, Suarez se contente de la corriger sur quelques points. C'est ainsi qu'il refuse au « phantasma n toute part de collaboration, — à titre de cause efflciente et par une sorte d'impression ou d'influx, — à l'action par laquelle la puissance spirituelle de l'âme raisonnable forme dans l'intellect patient les espèces des choses qu'elle connaît par les sens. Il soutient donc que 1' « espèce sensible » n'est nullement élevée au rang d' « espèce intelligible » par l'illumination de l'intellect agent, et qu'elle fournit seulement à celui-ci une matière et comme un exemplaire. De plus, il s'exprime en termes plus favorables que Saint-Thomas sur l'évidence, non pas encore intellectuelle, mais au moins pratique et morale, de la croyance naturelle à l'existence de Dieu. Le rôle de son enseignement, appréciable sans doute: surtout s'il a touché Descartes dès le collège de La Flèche, s'est donc jiéanmoins borné ici à détourner le philosophe de la théorie