‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 78 sur 158 · E. Gilson, L'innéisme cartésien, p · texte numérisé non relu

E. Gilson, L'innéisme cartésien, p

LA I>IlILOS(>r'HlE DE NICOLAS DE CISA 157

des « espèces intentionnelles », et à lui suggérer la notion d'une connaissance de Dieu implantée dans la raison humaine comme une idé»' innée '.

Hien plus décisive aurait été l'influence d'une doctrine de la connaissance au centre de laquelle Descartes eût trouvé l'activité de l'intelligence mesurant les choses par l'application de ses catégories, et réussissant à les appréhender justement grâce à l'intime participation de sa nature à l'unité de l'intellect divin : une telle doctrine aurait servi de transition naturelle entre la philosophie augustinienne, encore trop pénétrée de l'esprit de transcendance, et qui asservissait trop la connaissance au joug de l'objet et de l'absolu ontologique, et la philosophie plus libre, plus humaine, plus favorable à l'activité autonome du sujet pensant qui débute par le « Cogito, ergo sum ». Or, il existait une métaphysique qui satisfaisait à ces conditions, et cette métaphysique. Descartes l'a sans doute connue. Voyons comment la pensée du cardinal de.Cusa, le plus profond des penseurs de la Renaissance, a pu l'aider à dégager de la doctrine augustinienne une théorie de 'a connaissance déjà presque idéaliste.

Le fait du doute avait servi à Saint-Augustin non seulement pour établir l'existence d'une âme spirituelle, mais encore pour prouver que cette âme était en possession de la vérité : (( Oinnis qui se dubitantein intelligit, verum intelligil, et de hâc re quam inteUigit certus est : de vero igitur certus est. Ovmis igitur qui utrum sit veritas dubitnt, in se ipso habet unde non dubitet ; nec uUum vei'um nisi veritate verum est. A'o/i itaque oportet eum de veritate dubitare qui potuit undecumqur dubitare » ^. — Dans le De Trinitate Saint -Augustin soutenait de la même manière ffiie le désir ardent de savoir dont l'âme est possédée, surtout quand elle cherche à connaître sa propre nature, suffit à lui révéler la connaissance cachée qu'à son insu elle possède d'elle-même '. — Cette idée d'une vérité incluse dans le doute et dans la

1. Nous empruntons ces renseignements sur la théorie tle Suarez à M. Gilson, article cité, [t. 478-480.

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