‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 80 sur 158 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

i. Complemenlum theologicum, caput II.

bles, où on ne peut se donner aucun carré qui ne soit inégal à tout cercle matériel assignable. Cette égalité, qu'ils ont présupposée, c'est donc par les yeux de l'âme, et non par leurs yeux charnels, qu'ils l'ont vue. La question que l'on se pos/; et sur la solution de laquelle plane encore le doute nous Révèle déjà en effet l'existence de tout ce que ce doute implique' de très certain : elle constitue ainsi en elle-même un principe de certitude ^ C'est la position du problème de l'égalité au cercle du polygone régulier inscrit qui engendre les approximations successives par lesquelles le géomètre avance indéfiniment vers la solution, c'est-à-dire vers l'égalité, inaccessible à la rigueur, des deux figures. L'infini impliqué dans l'hypothèse devient, encore que transcendant par rapport à notre représentation sensible, la mesure du fini.

Mais en dernière analyse la présupposition première, la présupposition absolue, c'est la science infinie, c'est Dieu. Son existence se conclut du doute même que nous élevons sur sa réalité et sur sa nature. Est-il ou n'est-il pas ? Qu'est-il ? Pourquoi et par quoi est-il ? Nous ne pourrions définir et poser aucun de ces problèmes, si nous ne savions pas ce que c'est que l'être, l'essence, la cause, la fin, bien plus si nous ne supposions pas que l'être des êtres, l'essence des essences, la cause des causes, la fin des fins, existe nécessairement ^. « Omnis

1. Op. cit., cap. IV, p. 1110 : Et si acute considéras, id quod in omni inquisitione praesupponitur est ipsum lumen, quod etiam ducit ad inquisitum. Qui enim circuli quaesiverunt quadraturam, coïncidentiam circuli et quadrati in aequalitate praesupposuerunt, quae certe in sensibilibus non est possibilis. Non enim dabile est quadratum, quod non sit inaequale omni dabili circulo in materia. Hanc igitur aequalitatem quam praesupposuerunt non viderunt oculis carneis, sed mentalibus... Ex quo elicitur quicquam non esse eo modo actu scibile, quo sciri potest, nisi medio intellectus infiniti qui est infmita aequalitas, omne diversum et differens, et alterum, et inaequale et oppositum, et quicquid inaequalitatem nominal antecedens, in quo et per quem solum intellectum omne intelligibile mensuratur... Qui igitur quaerit scire. investigatur ab illa arte, seu scientia infinita. Et si in lumine illius artis sibi iramissae in praesupposito ambulaverit, ducetur ad quaesitum.

2. De conjecturis, lib. I, cap. VII, p. 97 : De prima unitate. Omnis mens inquisitiva atque investigativa non nisi in ejus lumine requirit, nullaque esse potest quaestio quae eam non supponat. Quaestio an sit

quaestio de Uco praesupponit qitaesitum, et id est respondendum quod in omtii quaestione de Deo quaestio praesupponit... Cum ergo a te quaesitum fuerit ai\ sit Deus, ïioc quod praesupponitur dicito. seilicet eum esse, quia est entitos. in quaestione praesupposita... Neque in hoc cadit haesitatio, nam Deus est ipsa absoluta praesuppositio » '.

Ainsi le pouvoir qui se révèle à l'esprit de l'homme lorsque, par la détermination précise de ses doutes et de ses raisons d'incertitude, il découvre toutes les virtualités de vérité contenues dans son ignorance instruite, ce n'est pas la capacité passive de recevoir en lui, par une illumination divine, la connaissance des essences finies et, par une incessante progression effectuée de terme en terme, celle de l'essence divine ; c'est une puissance active, interne, immanente à sa pensée ; c'est un pouvoir inné de juger, et de former, par la spontanéité productrice qui lui appartient en propre, ces idées premières dont parlait FMaton -, et qu'on supposerait à tort toutes faites dans l'âme dès la naissance^. Ce sont précisément ces idées d'essence, de cause, de fin, d'égalité, d'infini surtout, toujours impliquées dans la position des problèmes du savoir, et qui fixent un but infini aux recherches de l'intelligence.

Il s'ensuit que dans son s^-'stème Nicoléf^ de Cusa attribue à l'activité de la pensée une place bien plus importante que Saint-Augustin. — Créée à l'image de Dieu, l'àme humaine constitue de ce fait un monde intermédiaire entre le Créateur et l'univers des créatures. Les êtres qui viennent après l'âme, c'est-à-dire tous les êtres autres que l'âme, ne sont l'image

noaae entitatem. quid sit quidditatem, quare causain, propter quid fineiu, praesupponit. Id igitur quod in omni dubio supponitur certissimwn, esse necesse est. L'nitas igitur absoluta quia est ontitas omnium entium. quidditas omnium quidditatum. causa omnium causarum, flnis omnium finium. in dubium trahi nequit. sod post ipsam dubiorum est pluralitas. — Cf. De Apice theoriae Dialoyus, p. 334 et 335.

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