‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 81 sur 158 · Idiotae lib. III · texte numérisé non relu

Idiotae lib. III

3. En revanche le pouvoir de former ces idées, qui est le pouvoir de juger, est véritablement inné. « Haec vis judiciaria est menti naluraliter concreata... quam vim si Plato notionem nominavit concreatam, non penitus erravit ». (Idiotae lib. III).

de Dieu que dans la mesure où celle-ci resplendit en eux ^ Parce qu'il est avant tout une âme, l'homme est une sorte de Dieu humain, un microcosme dans lequel se retrouvent, d'une certaine manière, toutes les propriétés de Dieu ^, reproduites aussi dans le troisième monde, celui des objets matériels, sous l'aspect sensible de la multitude, de la variété et de l'inégalité. Mais qu'est-ce qui rend l'Ame capable de jouer ce rôle P — C'est justement le pouvoir de sa pensée, qui lui est conféré par sa participation à l'intelligence divine. Si Dieu est dans l'ordre de l'être le principe de la multitude, de l'inégalité, et de la division des choses, qui par l'acte de la création découlent, la première de l'unité, la seconde de l'égalité, la troisième de la connexion absolue, l'âme à son tour, dans l'ordre qui lui est propre, celui de la connaissance, imite l'action de ce principe suprême : son unité enveloppe en elle toute la multitude des choses, son égalité toute grandeur, sa connexion toute composition. Dieu est le principe, mais seule, par sa raison, elle est la mesure de la multitude, de la grandeur et de la composition ; si on la supprimait, rien ne subsisterait plus de cette mesure et de cette unification, de même qu'en niant la Réalité Infinie, on nierait du même coup l'être de toutes les créature*'. — Mesure. des choses, l'âme leur confère en même temps leur valeur, dont elles eussent été privées,

1. Idiot ae lib. III, cap. IV, p. 133 : Omnia quae post mentem sunt non .sunt Dei imago, nisi quantum in ipsis mens ipsa relucet. — Cf. cap. III, p. 132 : Unde quantum omnes res, post simplicem mentem, de mente participant, tantum et de Dei imagine, ut mens sit per se Dei imago, et omnia post mentem non nisi per mentem. — L'idée réapparaît chez Agrippa de Nettesheim et chez tous les penseurs de la Renaissance, familiers avec les notions de microcosme et de macrocosme. — Voir sur ce point notre ouvrage ; Campanella, Troisième Partie, chapitre II, 1.

2. De Conjecturis, lib. II, cap. XIV, p. 109. — Voir notre livre : Campanella : Deuxième Partie, chapitre premier.

3. De Conjecturis, lib. I, cap. III, et notamment p. 76 et 77 : Sola enim ratio multitudinis, magnitudinis ac compositionis mensura est [mens], ita ut ipsa sublata, nihil horum subsistât ; sicut entitate infmita negata, omnium rerum entitates pariter constat esse negatas. Quapropter unitas mentis, omnem in se complicat multitudinem, ejusque aequalitas omnem magnitudinem, sicut et connexio, compositionem. Mens igitur unitrinum principium primo ex vi complicativae unitatis multitudinem explicat, multitude vero inaequalitatis atque magnitudinis

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si Dieu n'avait créé, pour l'apprécier, le pouvoir d'estimalioil •le noire inlellif^ence '.

Ces deux pouvoirs, dont l'action consiste à unifier, à égaliser et à lier les objets multiples, inégaux et disjoints du monde sensible, et à les rapprocher ainsi de leur exemplaire suprême, se manifestent dans la connaissance par la mise en œuvre et l'application d'idées premières, dont la principale, à laquelle toutes se ramènent, est le nombre. « L'àme peut être conçue sur le type d'un nombre dix vivant, possédant en lui le nombre qui nombre toutes choses, et tout ce qui réalise dans toutes choses la proportion, c'est-à-dire l'harmonie, c'est-à-dire la beauté » ^. La science ainsi acquise est une conjecture. Mais la conjecture est une assertion positive qui, dans le monde de r M altérité », c'est-à-dire dans le monde étranger à l'unité et à l'indivisibilité du savoir absolu, participe néanmoins à la vérité en soi'. C'est ainsi par exemple que les théorèmes mathématiques appliqués aux figures de ce monde sont vrais encore que dans l'absolu les contraires coïncident*, et qu'une ligne infinie y devienne identique à un triangle infini, et un triangle infini à un cercle ^. Bien plus, 'cette coïncidence des contraires, l'âme en pressent déjà la possibilité dans l'étude même des mathématiques positives lorsque, pour se donner une représentation claire et distincte du mouvement et de la ligne, elle considère le premier comme une série développée et ordonnée de repos, comme une « explicatio quietis », et la seconde comme une « explicatio puncti », obtenue par le mouvement du point suivant une certaine loi ®.

Veut-on maintenant distinguer mieux de l'action de l'âme

ponerativa f'sf. Est igitur mens nostra, Jistinctivum, proportionatum attjue compositivuni y^rinripium. — Nicolas do Cusa attribue aux deux moU* : mens, et inensura, la même origine étymologique.

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