‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 89 sur 158 · Hamelin, Descartes, p · texte numérisé non relu

Hamelin, Descartes, p

2. Voir l'exposé de cette conception dans notre livre : Campanella, Deuxième Partie, chapitre VI, 2.

3. Met., lib. I, cap. I, art. II, Dubitatio II, pars I, p. 7.

4. Réponses aux cinquièmes Objections, Ad. et T., VII, 380 ; — Principia Philosophiae, I, art. 58 et 59.

sontalion «K-s osbences, seule en mesure de fournir une connaissance vraiuieut rationnelle, et lorsqu'il réserve à ces seules « naturae particulares » • le privilège de la réalité objective, l'esprit qui anime sa doctrine semble bien la rapprocher de celle de (^ampanella qui, lui aussi, dans ce qu'on peut appeler sa seconde philosophie, subordonnait à rintellection des idées vues dans la lumière de l'entendement divin, aussi bien que les perceptions et les images, les concepts, affectés du même vice radical de subjectivité, d'incertitude ou de fausseté. Et c'est sans doute ce même esprit nominaliste qui dicte aux deux philosophes leur opinion sur le syllogisme et les raisons identiques qu'ils invoquent tous deux pour le condamner.

C'est un fait bien connu que le dédain avec lequel l'auteur du Discours de la Méthode s'est exprimé sur le compte du syllogisme, l'accusant, ainsi que la plupart des autres « instructions de la logique », de servir « plutôt à expliquer à autrui les choses qu'on sait, ou même, comme l'art de Lulle, à parler sans jugement de celles qu'on ignore, qu'à les apprendre ». Ce qu'on sait moins, parce qu'on n'a pas le courage d'entreprendre ou de continuer la fastidieuse lecture de la Philosophia rationalis, c'est que Campanella avait reproché au syllogisme, comme Descartes, de présupposer la vérité découverte au lieu de la découvrir, et, avant Sluart Mill, de renfermer une pétition de principe, parce que l'affirmation de la majeure y implique une adhésion préalable à la conclusion que l'on veut démontrer. Aucun langage n'est plus clair que celui-ci : « Toutes les preuves faites par des définitions aristotéliciennes et mathématiques constituées à l'aide de la seule cause formelle sont de fallacieuses pétitions de principe et non des démonstrations, sinon pour des élèves. La preuve qui va de l'universel au particulier pèche par le même défaut. Si en effet je nie que Pierre soit un animal, c'est en vain qu'on avancera que tout homme est un animal, et que par suite Pierre est un animal. Il faut donc prouver cette proposition : tout homme est un animal, par l'induction. Il n'y a donc pas une seule démonstration aristotélicienne au monde qui soit autre chose qu'une

1. Ilamclin (Descartes, p. 179) a remarqué que l'expression même de « natura particularis » se trouve chez Descartes, dans un texte adressé à Arnauld {Ad. et T., V. 221).

explication à des élèves » ^ C'est l'idée même de Descartes : le syllogisme est une méthode d'enseignement et non de découverte. S'il est vrai que « c'est le propre de notre esprit de former les propositions générales de la connaissance des particulières » 2 et qu'on doit toujours commencer par celles-ci pour en venir après à celles-là, l'opération de sens inverse par laquelle la pensée retrouve le particulier dans le général ne présente pour le philosophe qu'un intérêt très secondaire et les règles compliquées imposées par la scolastique à cette opération qui va de soi constituent un mécanisme bien inintelligent que remplacera avantageusement la comparaison attentive de la signification des trois termes. Pour Descartes comme pour Campanella, ce qui est important dans le syllogisme, c'est cette comparaison, et c'est la similitude qu'elle révèle entre le moyen et les deux extrêmes '. De toute manière, cette forme de raisonnement ne sera jamais qu'un procédé d'exposition et on ne saurait lui demander la preuve d'une vérité quelconque. — Ces raisons de contester la valeur du syllogisme, interprété du reste en extension, survivent chez les deux philosophes au doute méthodique ; a fortiori serventelles, antérieurement à ce doute, d'arguments pour le préparer et pour le justifier.

Si les philosophies de l'intuition sont caractérisées toutes jiar une défiance commune vis-à-vis des formes du discours, dans laquelle sont nécessairement englobés l'art du syllogisme et l'usage des concepts généraux, il faut reconnaître que la même attitude s'impose aussi une doctrine qui, sans voir dans la raison « un être de raison » *, s'efforce néanmoins, pour échapper au doute par lequel elle inaugure ses démar-

1. Thomae Campanellae Philosophiae rationalis partes quinque, Paripiis, apud Joannem Du Bray, 1638, Logica, p. 490-491. — Voir notre livre : Campanella, Troisième Partie, chapitre premier.

2. Réponses aux secondes objections, Ad. et T., VU, p. 140. — Cf. Réponses aux Instances de Gassendi, lettre à Clerselier, Ad. et T., IX, i, p. 20o sqq.

3. Regulae ad directionem ingeniii, reg. X et reg. XIV, Ad. et T., t. X, p. 405, 406, 439. — Cf. Campanella, Met., lib. IV, cap. I, art. III, pars I, p. 332. — Consulter Hamelin, Descartes, p. 51, 52, 88 sqq.

4. Met., pars I, p. 344, lib. V, cap. I, art. IV : Ratio non est ens rationis, sed rei.

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c'h»'s. (le découvrir iin«> liaison pn'iMi«'r<> (Jo jM'nsws, un jugement imiuédiatemonl certain qui contienne en lui-môme sa justification et qui se referme pour ainsi dire sur soi. Point de départ de toute {)ensée discursive, le Cogito doit «"'tro antérieur à tout discours, et par suite il n'est pas étonnant que, pour y parvenir, il faille commencer par frapper de suspicion toutes les formes que ce dernier est susceptible de revêtir. Si le « Je ijense, donc je suis » de Descartes est un raisonnement, ce ne peut être que dans le sens particulier de la théorie philosophique personnelle de Ilamelin : dt's qu'on admet comme lui que le jugement est un raisonnement condensé ^ et que, d'autre part, le syllogisme n'a de sens qu'interprété en compréhension et plutôt comme une liaison nécessaire d'essences que comme un passage d'une proposition générale antérieurement donnée à une proposition particulière, on peut sans se contredire soutenir que l'argument cartésien est en même temps un syllogisme et une intuition, un processus vécu, une expérience ^. Quant au Cogito de Campanella, aucun doute n'est possible sur son caractère intuitif. Nous allons voir qu'identique à la conscience de soi, à la connaissance immédiate que tout être a de lui-même, il réalise la fusion totale de l'être et du connaître, et que, dans sa simplicité irréductible, étrangère à tout rapprochement extérieur d'un sujet et d'un objet, ou même de deux notions distinctes d'une manière quelconque, il révèle au philosophe la nature essentielle de la réalité métaphysique la plus profonde : l'être individuel se connaît parce qu'il est, il est parce qu'il se connaît ; ainsi le veut sa participation à l'une des trois « Primalilés » : la Sagesse ou la Connaissance qui, comme les deux autres : la Puissance et l'Amour, se confond avec l'être de Dieu.

Ayant achevé de comparer les doctrines de Descartes et de Camjianella en ce qui concerne les démarches préparatoires au Cogito : affirmation et justification de la nécessité du doute méthodique, nous pouvons maintenant pénétrer au cœur de la question en examinant comment s'opère dans les deux systèmes le passage décisif de ce' doute à l'affirmation de l'existence.

1. 0. n.iiiiflin. Essai sur les élthnents principaux de la représentation, Paris, Féli.x .Vlcan, l'.tOT, p. 3«;7.

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