Ibidem
188 l'interprétation de l'argument de st-augustin
l'amour la fausseté des objets de notre attachement ? Qu'ils soient vrais ou faux, l'amour qui nous porte vers eux n'en est pas moins véritable. C'est le bonheur que nous recherchons en nous y attachant ; nous voulons être heureux parce que d'abord nous voulons être ; et du reste, si notre amour pour l'être n'était pas réel, encore que détourné de ses fins normales par la séduction des faux objets, comment serait-il possible de le corriger, en le détachant de ces faux objets pour le reporter sur les véritables ^ ?
Voilà donc la réalité de notre être prouvée par l'existence de l'amour et du pouvoir. Elle se démontre également sans doute par la connaissance, mais la preuve est la même et ne contient aucune certitude particulière et privilégiée : je connais que je suis et par là même je suis, parce que si je me trompais lorsque je connais que je suis, le fait de me tromper impliquerait tout aussi bien mon existence, et il en serait de même si je me trompais en connaisssant que je connais ^. Faut-il en conclure que Campanella est aussi loin d'avoir compris la véritable signification du « Je pense, donc je suis » que Silhon ou que les correspondants de Descartes pour qui l'évidence des propositions : « Je respire, donc je suis » ou : « Je me promène, donc je suis », était aussi grande que celle du Cogito ?
Nous croyons que l'on se montrerait injuste à l'égard de notre philosophe si, pour comprendre sa pensée sur la question, on se bornait à l'extraire des textes où il se préoccupe surtout de résoudre des difficultés ou de rechercher des justifications purement théologiques. Le parallélisme des trois preuves de l'être s'imposait ici en vertu de la distinction des personnes de la Sainte Trinité qui avait inspiré déjà à Saint Augustin la distinction des trois principes certains : Pouvoir. Savoir, et Amour. — Pareillement, dans la métaphysique de5 Primalités, quelle que soit, en vertu même du Cogito, la prééminence ontologique de la Pensée, l'idée chrétienne de la procession et celle de la primauté du Père exi-