‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 97 sur 158 · IV. — I,A fKRTITUDE DE f.\ f.dNSi IF.NCF T)F >OI · texte numérisé non relu

IV. — I,A fKRTITUDE DE f.\ f.dNSi IF.NCF T)F >OI

Les plus importantes des quatorze raisons par lesquelles Campanella justifie son doute méthodique sont assurément la neuvième et la dixième qui toutes deux sont fondées non sur une constatation superficielle de la variété des opinions et de la multitude des erreurs humaines, mais sur l'obscurité inhérente à la notion même de connaissance, considérée comme la notion d'un rapport, d'une communication établie entre l-'sprit et les choses.

Comment acquérons-nous par la sensation une science emp rique des objets extérieurs ? Une seule réponse est possible. La sensation est une passion, c'est-à-dire la réception passive d'une action exercée sur nous par ces objets. Cette action a pour effet une modification de notre être propre et sa transformîition partielle et momentanée en un être semblable à l'objet perr-u. Je ne sens la fhaleur que si je suis réchauffé par l'oDJet chaud, la couleur que si ma pupille et mon esprit vital (.çp.nVu.s) sont colorés par elle. Toute sensation consiste donc en une assimilation ; et dans cette assimilation c'est à l'objet qu'appartient le rôle d'agent : l'esprit, qui joue le rôle de patient, y perd son être propre pour revêtir un être étran-

ger et se transforme en cet être, comme l'homme mordu par un chien enragé reçoit de cette morsure les propriétés et la nature du chien et ne peut s'empêcher d'aboyer. La perception sensible est ainsi l'aliénation de soi. Etant l'aliénation, elle est la folie ^ Comment attendre d'une telle opération une science objective des choses ? Il n'y a plus ici de réelle connaissance, si la connaissance est vraiment la mise en relation de deux termes : le sujet connaissant et l'objet connu ; de ces deux termes en effet le premier a disparu, du moins partiellement et momentanément, en se transformant dans la nature du second.

L'objection qui constitue la dixième raison de douter se relie directement aux observations précédentes. Elle a trait à l'inexistence dans notre pensée d'une connaissance de notre propre esprit. Cette lacune grave dans notre science est loin d'être fortuite, et Campanella, dans le cours de son grand ouvrage de métaphysique, explique maintes fois pourquoi, dans une théorie du savoir rigoureusement empiriste, la réalité d'une connaissance de l'âme par elle-même est logiquement inadmissible.

Sentir, c'est pâtir ; connaître empiriquement une chose, c'est, pour nous, recevoir de cette chose une action qui nous transforme partiellement en elle, parce que toute action consiste en une communication au patient de la nature de l'agent. Or il est manifeste qu'aucun objet ne peut se transformer en lui-même ni agir sur lui-même ; à peine pouvons-nous concevoir une action exercée par une chose sur une autre chose qui lui ressemble beaucoup, à cause de l'absence de cette contrariété initiale qui est la condition de la communication au patient des propriétés de l'agent et qui disparaît par l'assimilation du second au premier. Dès lors, si déjà "la sensation manque lorsque la continuité de l'impression reçue a établi entre l'objet et l'organe un équilibre qualitatif parfait, si l'esprit vital, trop semblable à l'air, ne peut à cause de cette ressemblance percevoir l'air, à plus forte raison doit-on admettre qu'il est imposible à l'esprit vital de connaître un autre esprit vital et de se connaître également lui-même. Comment agirait-

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