Met., lib. I, cap. I, Dubitatio IX, pars I, p
il on effet sur lui-mènip. el comment pAtirait-il de ?on propre fait ' ?
Ce qui est vrai de l'esprit vital est vrai de l'âme. Incapable de se communiquer à elle-même des impressions qui la renseignent sur sa pro])ri' nature, l'âme reste à ce sujet plongée dans un état d'ignorance profonde. C'est elle qui répartit les aliments à travers les canaux du corps, qui les digère, qui fait circuler le sang dans les veines, qui veille, dort, songe, et cependant elle ne soupçonne même pas la manière dont elle réussit à conduire ces opérations. La preuve, c'est que, faute d'une science interne de celles-ci, nous nous servons de nos yeux corporels pour les observer et pour reconstruire péniblement, par de longues éludes, la physiologie de fonctions qui s'accomplissent d'elles-mêmes. Tout se passe en vérité comme si l'âme, emprisonnée dans l'épaisseur de l'organisme, ressemblait à un ouvrier qui, travaillant dans une maison obscure, sans se voir lui-même non plus que son propre ouvrage, serait obligé de se mettre à la fenêtre pour demander aux passants s'il travaille bien ou mal, s'il est à l'intérieur d'une prison ou dehors, quelle est sa nature et qui l'a placé où il est. Ou bien encore l'âme est comparable à un homme ivre qui, se réveillant de son lourd sommeil, pose aux personnes qui l'entourent des questions sur lui-même, sur ce qu'il a fait pendant son étal d'ivresse, sur les circonstances à la suite desquelles il se trouve dans une chambre à coucher. — Du reste, ce qui est vrai des fonctions végétatives est vrai aussi des fonctions sensitives et intellectuelles. Si nous ignorons en effet comment l'âme meut le corps et le nourrit, nous ne savons pas davantage comment nous sentons, percevons, comprenons, et, sur ces problèmes, il y a autant de théories et d'opinions qu'il y a de philosophes. En fin de compte, sommes-nous vivants ou sommes-nous morts ? Veillons-nous ou rêvons-nous ? Qui pourrait s'en assurer ^ ?
1. Met., lib. YI, cap. VIII. art. III, pars II, p. 61 ; — Met., pars II, p. 6.'i, lib. VI, cap. VIII, art. VI ; — Prodromus philosophiae instaurandae, id est Disserlalionh de Satura rcrum Compendium, Francofurti, 1617, Excudchat Joannes Bringerus, p. 7", 83.