PROLOGUE. 3l
la figure que ta mère t'a donnée, il y en a assez pour ôter l'envie de se marier aux filles, ou pour faire avorter les femmes enceintes I
Le veuf plaisante, et la procession continue d'entrer. La chambre est pleine et une rumeur qui vient du dehors atteste que tout le monde r.'a pas pu se caser.
Antibel s'est adossé au pilier de la icheminée :
Mes amis, je vous ai promis du vin et vous en tâterez; je n'ai qu'une parole; mais avant, nous avons une petite affaire à régler ensemble...
La harangueur s'arrête. Ils sont là quatre ou <;inq dans un coin, qui ont l'air de le narguer! de solides gaillards, larges d'épaules, bien calés sur leurs quilles. Un de la bande dépasse ses camarades de toute la tête; c'est le Cadet de Testons, un cuirassier revenu depuis peu du service. Il s'est approché de Jane et faraude
avec elle, le poing sur la hanche, comme un dégourdi de caserne.
Antibel l'aperçoit et sa colère monte :
Je vous ai entendus tantôt. Vous êtes venus chanter sous mes fenêtres que je suis un maie sans énergie. Quelle farce I Je grisonne, c'est vrai; mais la couleur n'y fait rien; il n'est pas né, celui qui doit me faire le poil. Vous qui riez là-bas, frottezvous-y un peu et vous verrez I Allons! qui veut s'aligner avec moi.^^
Bras croisés, le regard ferme, Antibel attend.
Silence encore et musique de courtilières, très douce.
Les jeunes gens se concertent à voix basse. Qui va se présenter?