PROLOGUE
à se dégager en de brusques voltes, en des torsions insidieuses. Inutilement. Chat ou anguille, on le tient; les deux pattes râpeuses incrustées dans sa chair ne le lâcheront plus.
Après la brusquerie de la première attaque, la lutte un moment s'immobilise, les deux corps appuyés l'un à l'autre d'une poussée égale, les pieds griffant le sol. L'effort se trahit A peine dans la saillie des mâchoires, dans la soufflée douloureuse des poumons opprimés qui se dégorgent.
Cependant, l'ex-cuirassier se fatigue; Antibel, plus épais, résiste par sa masse et son adversaire s'épuise à lui faire perdre pied. A chaque coup de reins, à chaque secousse, le veuf répond en aggravant son étreinte. S'il ne change pas de tactique, le Cadet est perdu. Il le sent, et ses tentatives pour se dégager ne sont que des spasmes d'agonie.
Désespéré, en une suprême révolte, il essaie d'entraîner Antibel, de l'aire oii ils piétinent, vers le bord de la falaise rocheuse. Plutôt que de rouler au fond, si acharné qu'il soit, bien sûr l'homme le lâchera. Mais l'autre a vu le coup. Inflexiblement, il ramène le Cadet dan&
le cercle tracé par la luzerne; et là, sûr de lui, maître de choisir son moment, il achève d'éreinter le pauvre diable; il écrase ses poumons, triture ses lombes, jusqu'à ce que, vidé de ses dernières énergies, fléchissant des jarrets, ahanant et geignant, il l'envoie rouler en paquet sur le sol.
Sous la lune, alors, parmi les têtes curieuses qui l'entourent, il cherche en se redressant, il trouve le regard fixé sur lui, le regard soumis et orgueilleux de la Jane.
ANTIBEL
triomphe, et la main tendue vers le Cadet :
Sans rancune, l'ami. Dans dix ans, si nous y revenons, c'est loi qui seras dessus et moi dessous.
Pâle d'angoisse, défaillant de honte,