PROLOGUE
Sans rancune, Antibel!
C'est dit de côté, sans desserrer les dents; et, tête basse, aussitôt, Thonime se coule dans l'ombre.
ANTIBEL.
Maintenant, ceux qui ont soif, attention ! On va faire sauter la bonde et ouvrir le robinet.
C'est dans le chai, sous l'escalier. Des barriques s'alignent, symétriques. Une odeur ancienne de vinasse émane des pierres et des vaisseaux de bois.
Les gens du charivari, musiciens et chanteurs, défilent, sérieux comme pour une communion, devant la barrique en perce.
Leurs figures jaillissent de l'obscurité, brusquement frappées par la iclarté de la lanterne, et, aussitôt que le vin leur parle, toutes s'illuminent, les jeunes et les vieilles, toutes reçoivent leur coup de soleil.
Le coude horizontal, les yeux chavirés, le
buveur vide son verre, essuie ses lèvres congrument du revers de la main, fait : merci I salue d'un geste. Et, à l'autre!
Antibel s'amuse à les dévisager, à mesure qu'ils se présentent déharnachés de leurs déguisements, désempêtrés de leurs postiches. Amicalement, il les plaisante :
Avec ce vin-là, tu dirais la messe toute la journée, pas vrai, Guré.î^
LE RUMAt
finit de boire tranquillement, et, posant le verre :
Toute la nuit aussi. Essaie pour voiri
Le Rumat s'en va. C'est le tour de Raslibel,. un mendiant de profession et un mendiant du causse, un pauvre de pays pauvre. Avec quelle componction, quelle béatitude attendrie, il lampe, celui-là!
ANTIBEL.
11 se laisse boire, eh, l'ami. ^ Dommage