PROLOGUE. i
Et presque en même temps se troublent les idées de
MARTRIL,
une vieille qui, penchée sur l'âtre, nourrit la flamme avec une poignée de bois mort.
La pensée de Martril hésite. Très claire pendant le jour, appliquée uniquement à calculer le gain ou l'épargne, elle flotte maintenant, docile au rêve, soumise à la peur.
La chambre est hantée; le passé y revient; le souvenir sort des angles.
Inutilement, l'ancienne s'oblige à suivre le mouvement de son bras qui écume la marmite, charrie des sarments au foyer. Les morts l'attirent. Des images surgissent devant elle, incohérentes; une, plus nette, persiste; écartée, elle reparaît, se fixe peu à peu.
C'est la figure de la Fabiane, de sa bru,, morte depuis sept mois.
L'image est là, multiple; couchée dans le lit, debout devant l'évier, assise sur le coffre au sel.
La pensée de Martril se débat, obsédée.
lli LES ANTIBEL.
La sonnerie d'un angélus la distrait : un tintement lointain, puis un autre et un autre encore, à de longs intervalles.
Le dernier coup a fini de vibrer, et Martril écoute encore.
Sa pensée est maintenant au charivari que la jeunesse du pays donne, depuis huit jours ou neuf, à son fils Antibel, à cause de son second mariage.
Elle s'étonne :
Que font-ils .î^ Hier à pareille heure les chaudrons et les cornes avaient commencé leur musique. Ce soir, rien. Est-ce qu'ils en auraient assez .^^
Martril songe à la noce déjà prochaine.
Sept mois de deuil seulement, et en avant les violons! La morte ne sera pas contente 1
Evoquée, l'image de Fahianc revient; plus navrée.