‹ Les antibelChapitre 3 sur 27 · PROLOGUE. l · texte numérisé non relu

PROLOGUE. l

Et des idées de malheur raccompagnent.

Martril voit le troupeau ensorcelé, les volailles malades, la vache se délivrant d'un fruit mort. Elle se dépite contre son fils.

Tout ça, parce que la folie le tient de frotter sa vieille peau à la fraîcheur d'un tendron I Est-ce triste I Si Jan avait été là, peut-être il n'aurait pas osé 1

Martril soupire et plus doucement, à voix tremblante :

Mais il est loin, le cher petit; très loinl Il fait son temps comme soldat de mer dans les pays étrangers. Il reviendra, quand ? Et, s'il revient. Dieu sait comment les choses se passeront entre son père et luil

Inquiète, la ménagère brutalise à coups de cuiller les pommes de terre en train de bouillir dans la marmite de fonte. Les pommes de terre s'écrasent; assez cuites.

C'est l'heure de souper. Mais le maître se retarde. Et Martril grogne :

Une demi-heure qu'on n'y voit plus; que peuvent-ils faire dehors?

Elle pousse la porte extérieure de la chambre.

La nuit arrive.

Sur la douceur du ciel crépusculaire, le rue d'Anglar se profile, très haut, vertical presque, et si distinct dans la limpidité de l'air, qu'il semble qu'on va le toucher avec la main. La pente seule s'atténue un peu dans la tombée de l'ombre; mais la ligne de faîte garde encore la raideur du plein jour. Elle est droite inflexiblement et prolongée en terrasse ainsi que de l'architecture. Quelques chênes, deux ou trois érables s'érigent au-dessus, espacés; et sur la nudité de la pierre, autour d'une église courte et massive, les croix d'un petit cimetière se penchent, mutilées.

Plus près, devant la maison, dans la cour, des charrues gisent, le soc allumé d'un reflet.

Le bétail rentre.

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