PROLOGUE
Je n'étais pas si laide ni si décrépite quand ton père est mort et les prétendants ne manquaient pas. C'est pour l'amour de toi, de peur qu'un parâtre ne te fît souffrir, que je les ai remerciés. Et toi, tu n'hésites pas à donner une marâtre à ton fils!
ANTIBEL
s'impatiente.
Inutile d'en dire plus long, mère. Tout ça ne sert qu'à vous monter la tête. J'ai donné ma parole à Jane; nous nous marierons au jour dit.
MARTRIL.
Attends au moins que l'année de deuil soit finie; attends qu'on ait célébré le service d'anniversaire. Quand elle aura reçu la dernière absoute, l'encens et l'eau bé~
54 I-ES ANTIBEL.
nite du prêtre, Fabiane te pardonnera.
Attends, nrion ami, ne badine pas avec les morts. Tu sais ce qui arriva l'an dernier au Trapadou et comment les âmes ont arrangé le petit Griffoul. Prends garde qu'il ne t'en arrive autant!
ANTIBEL.
Elle est bien tranquille là où elle est, la Fabiane; trois mois de plus ou de moins, que voulez-vous que ça lui fasse?
MARTRIL
s'encolère de nouveau :
Marie-toi donc tout de suite, si tu es si pressé. Va-t'en la trouver à la grange. Val D'autres que toi sans doute connaissent le chemin.
Elle sort.